Critique de film

The Assassin

"Nie yin niang"
affiche du film
  • Genre : Drame, Action
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Taïwan
  • Durée : 1h45
  • Budget : 15 millions de dollars
  • Musique : Giong Lim
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Chine, IX siècle. Nie Yinniang revient dans sa famille après de longues années d’exil. Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d'éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo, mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Ji’an. Fragilisé par les rebellions, l'Empereur a tenté de reprendre le contrôle en s'organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Ji'an décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau jade. Elle va devoir choisir : sacrifier l'homme qu’elle aime ou rompre pour toujours avec "l'ordre des Assassins".

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Assassin - L’oiseau bleu
Par : Seb Lecocq




En 2011, Drive de Nicolas Winding Refn remportait le Prix de la mise en scène au festival de Cannes. En 2015, cet honneur est revenu à The Assassin de Hou Hsiao-Hsien. Tout semble séparer ces deux œuvres, pourtant il y a un peu de Drive dans le dernier film du père de Millenium Mambo. Dans la sur-stylisation des cadres, dans le personnage de Shu Qi, aussi impavide que son homologue masculin Refnien, dans l’histoire d’amour retenue, dans la porosité de l’intrigue, la façon d’investir un genre et d’y infuser son style ou dans cette manière de monter, de découper, d’enchaîner les séquences. Outre ces points communs, le plus évident est que les deux films ont clairement mérité leur prix cannois. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir la scène d’ouverture de The Assassin. Un noir et blanc rugueux, une scène d’assassinat simplement rythmée par le bruitage : vent, feuille, métal qui déchire les chairs. Grâce à la précision du mixage sonore, l’effet est incroyable et d’une puissance rare, accentuant la côté fantomatique du personnage. Une séquence, en apparence simple, mais d’une beauté et d’une force picturale et sonore à couper le souffle.

Hou Hsiao-Hsien se lance pour la première fois dans le genre historique mâtiné de wu xia pian mais ne change pas vraiment ses habitudes pour autant. On retrouve son rythme et sa patte habituelle mais placée dans un milieu plus naturel et plus sauvage qu’à l’accoutumée. La trame se place dans la grande et tourmentée Histoire de l’Empire du Milieu. The Assassin est une œuvre placée sous le signe de la dualité et ce, dans tous les secteurs. Ce n’est pas un hasard si son héroïne se nomme Yinniang. Le moteur de la pellicule est une incessante hésitation entre le clair et l’obscur. La force sauvage de la nature contre les intérieurs feutrés et luxueux. La violence des actes de Yinniang contre l’élégance et la douceur de son visage, de ses gestes. Le cinéaste réussit à rendre crédible cette dichotomie par la mise en scène et la dramatisation des scènes de combats, toutes très courtes mais d’une rare efficacité. Les gestes, comme les plans, sont calculés, à l’économie, rien n’est superflu, tout est dirigé vers l’efficience. La préparation de l’attaque est d’ailleurs plus importante que l’assaut lui-même. Shu Qi est une féline qui fonce sur sa proie en quelque secondes après l’avoir longuement observée et choisit le bon moment. Apparition. Exécution. Disparition.

Shu Qi, actrice fétiche du metteur en scène, que personne n’aura mieux filmée que lui. Plus qu’un personnage elle est une ombre, un spectre, un coup de vent. Elle semble glisser davantage qu’elle ne marche. D’une beauté mystérieuse et rayonnante, elle hypnotise le spectateur, grâce à son impassibilité, son détachement et sa froideur qui, là encore, contrastent avec le bouillonnement intérieur de ses sentiments et la chaleur de ses traits. On sent tout l’amour du metteur en scène pour sa muse qu’il place, cette fois, au centre du canevas classique des intrigues de cour et des secrets d’alcôve des palais impériaux. Une histoire dont nous n’aurons que quelques bribes, qui arrive morcelée, le spectateur est placé dans la position de Yinniang, il ne possède qu’une partie des pièces du puzzle et pas une vision globale. On retrouve encore la dualité au centre de tout le film car si le scénario semble limpide et simpliste, la trame globale et contextuelle du métrage est très riche, ce qui peut parfois provoquer la perte chez le spectateur qui ne va pas forcément comprendre tous les tenants et aboutissants de l’histoire.

Mais le script n’est pas la seule réussite de l’œuvre. Que ce soit la chaleur des intérieurs ou la rudesse de la nature, le même soin est apporté à la représentation des décors. Chaque photogramme est un ravissement pour les yeux. La précision de la photographie atteint un niveau incroyable. Par exemple, jamais la flamme d’une torche n’aura semblé si vive, si nette, si brûlante, animée de sa propre vie, de sa propre conscience. Et tout cela n’est que le détail d’un plan plus vaste. Les extérieurs flirtent avec le fantastique, il faut voir cette brume surgir de nulle part pour englober la nature puissante d’une onde de mystère. Le choix du 1.33 peut déstabiliser quand la plupart des réalisateur filment en Scope pour tout et n’importe quoi, sans réelle réflexion sur ce choix. Hou Hsiao-Hsien n’a pas choisi ce format par hasard ou par caprice. Mais pour accentuer la verticalité des décors naturels, des falaises notamment qui semblent plus hautes que jamais. Une manière aussi d’isoler les personnages, de les montrer seuls à l’image, comme enfermés dans leurs secrets et leurs actions. Dans The Assassin, tout passe par l’image, par la mise en scène et très peu par le dialogue.

Hou Hsiao-Hsien, grâce à des panos incessants et des légers travellings, apporte énormément de dynamisme au statisme de ces plans. Comme des images qui défilent avec un effet de lanterne magique. Le 1.33 n’est en rien un handicap, au contraire, la mise en scène hyper précise et surdécoupée permet de continuels mouvements d’appareils, parfois très discrets mais qui font toute la différence. The Assassin est plus qu’un bel écrin mais souffre toutefois d’un défaut inhérent au cinéma de Hou Hsiao-Hsien. L’ennui, parfois, vient poindre, car le réalisateur, lors du montage s’est laissé prendre par les sentiments et a conservé des plans d’une beauté plastique incroyable mais pas indispensables à l’histoire. Des plans qui freinent la marche en avant du film et c’est un peu dommage car pour le reste, The Assassin, à l’image de Shu Qi est une œuvre aussi belle et fragile que dure et puissante.


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