Critique de film

Tag

"Riaru onigokko"
affiche du film
  • Genre : Fantastique, Horreur
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 1h25
  • Musique : Susumu Akizuki, Hiroaki Kanai
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Sur une verdoyante route de montagne, un bus transporte un groupe de lycéennes en voyage scolaire. Alors qu'elles bavardent joyeusement, une attaque surnaturelle frappe le bus et le coupe en deux. Seule Mitsuko en réchappe. Sa course pour échapper au danger se transforme en marathon contre l'absurde.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Tag - Vent féministe
Par : Samuel Tubez




Avec pas moins de six films destinés au cinéma rien qu’en 2015 (dont Love & Peace, prix du public à Fantasia), Sion Sono entretient son esprit fécond en nous livrant pourtant ce qui s’avère être un film de commande adapté du roman The chasing World (Riaru onigokko) de Yusuke Yamada, déjà porté à maintes reprises à l’écran.

Vu la liberté de ton affichée, on n’aurait pas pu deviner que Tag répondait à une nouvelle demande d’adaptation de l’œuvre citée plus haut, qui plus est financée par une série de majors (la Shochiku et NBCUniversal Entertainment, notamment). Dès les premières minutes, on est subjugué : une jeune lycéenne assiste au massacre de ses comparses littéralement coupées en deux par un puissant vent qui semble la poursuivre. S’ensuit une vision dantesque où des semi-corps jonchent la route ainsi qu’une rivière…puis, notre collégienne revient presque « à la normale » dans son bahut pour y suivre les cours auprès de ses copines…avant que ce soit de nouveau le carnage intégral ! Imprévisible de bout en bout, ces nouvelles représentations chaotiques issue du cerveau derrière Why Don’t You Play in Hell ? sont issues d’univers parallèles que l’héroïne parcoure, un peu comme dans un épisode sous amphétamine de l’illustre Twilight Zone. Le noir et blanc classieux de la série de Rod Serling laisse d’ailleurs ici place au rouge carmin des envolées gores et grotesques exécutées par l’expert en maquillages déglingués Yoshihiro Nishimura (Tokyo Gore Police), à l’œuvre sur quasi tous les films du cinéaste punk japonais.

Mais s’il débute effectivement de manière très violente, le film n’est pas qu’un divertissement déviant haut en couleurs pour autant, non, il s’agit de surcroît du portrait d’une émancipation féminine. Et c’est là que le cinéaste frappe fort : même si c’est parfois foutraque et que l’on ne comprend pas toujours où il veut exactement en venir, il livre là une œuvre sensorielle et viscérale à la dimension méta indéniable où le message féministe est clair mais où il en profite également pour s’attaquer à la misogynie galopante au Japon et à ces pervers d’otakus qui y pullulent, planqués derrière leurs écrans. Ce qui justifie d’ailleurs au passage la profusion de « plans petites culottes » présents à l’image. Dans Tag, les hommes, dont les apparitions sont minoritaires, s’avèrent être littéralement des porcs ou des espèces de vieux geeks accro aux jeux vidéo et fans d’idoles sexy. Ce n’est donc pas un hasard si le réalisateur de Suicide Club (autre film sur le mal-être adolescent) a choisi de faire tourner l’ex-star de la J-pop Mariko Shinoda qui endosse l’une des incarnations de Mitsuko, héroïne qu’endossent également les actrices Reina Triendl (vue dans le dernier Ju-on aka The Grudge, datant de 2014) et Erina Mano (The Next Generation : Patlabor de Mamoru Oshii). Un joli et efficace trio de comédiennes qui traversent au pas de course cette fable où Sono court lui aussi peut-être un peu trop vite (la fin est un peu nébuleuse et on ne le sent pas hyper impliqué), ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’une certaine virtuosité (jolis plans aériens de drone), malgré des moyens limités. Vite fait peut-être, mais très bien fait, le réalisateur n’étant pas du genre à bâcler le travail.

« La vie est surréelle, ne la laisse pas t’emporter », entend-on fréquemment au cours du métrage. Un crédo que le metteur en scène tient et exploite jusqu’au final de ce film court (1h25), rapide et fulgurant que l’on reçoit comme une balle de fusil en pleine tronche.


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