Critique de film

Surveillance

"Surveillance"
affiche du film
  • Genre : Thriller - Policier
  • Année de production : 2008
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Jennifer Chambers Lynch
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h38
  • Budget : 3.500.000 dollars
  • Scénariste : Jennifer Chambers Lynch, Kent Harper
  • Musique : Todd Bryanton
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Pell James, Bill Pullman, Julia Ormond, Ryan Simpkins, French Stewart,…
  • Récompenses : aucune

Deux agents du FBI arrivent dans une petite ville perdue pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier à la gâchette facile, une junkie complètement déconnectée et une petite fille de huit ans encore sous le choc. Au cours des interrogatoires, les agents découvrent rapidement que les témoins donnent chacun une version différente des faits, dissimulant manifestement une partie de la vérité.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Surveillance - La vérité si je mens...
Par : Seb Lecocq


En l’an de grâce 1950, le grand Akira Kurosawa adaptait Roshomon, une nouvelle du non moins immense écrivain japonais Ryunosuke Akutagawa, L’histoire est en apparence très simple mais permet à Kurosawa de travailler sur le point de vue, la subjectivité et le mensonge en filmant un même fait raconté par trois personnes différentes. Bien vite, grâce à la maîtrise filmique du réalisateur, on se rend compte que les trois histoires sont différentes en tous points. Dans Surveillance, le principe est à peu près similaire. Jennifer Lynch, fille de David, use de cette technique afin de mettre à nu ses témoins et faire de ce fait éclater une vérité bouleversante.

Le début du film est plutôt réussi : une scène de meurtre assez violente perpétuée par un homme au visage brulé et défiguré nous est montrée dans un ralenti esthétisant entrecoupé de fondus au noir. L’ambiance est d’entrée posée et manifestement Jennifer Lynch a tiré les leçons de ses erreurs et ne réitérera pas celles commises sur Boxing Helena, qui reste à ce jour un très mauvais souvenir. Plus question cette fois de marcher sur les plates-bandes de papa, Jennifer entend bien se forger un prénom dans le milieu impitoyable d’Hollywood.

Le début du film démarre sur un rythme assez lent, voire lancinant. Décors et personnages écrasés par la chaleur, désert à perte de vue. Seul une bande de bitume, un commissariat et quelques caravanes attestent de l’existence d’une forme de vie dans ce no man’s land étouffant. C’est dans ce lieu désolé que sont envoyés deux agents du F.B.I afin d’enquêter sur un meurtre perpétré par un serial killer. Les deux agents, ersatz de Mulder et Scully du désert, se heurtent à l’autorité des flicaillons du coin. En quelques scènes d’apparence anodine, Jennifer Lynch pose les bases de cette histoire : la vérité ne sera pas simple à faire éclater tant les témoins semblent peu fiables.

Outre Rashomon cité plus haut, Surveillance nous rappelle au bon souvenir d’œuvres tel que le savoureux Basic de John Mc Tiernan ou un petit film méconnu, le Suspect Ideal des frères Pate. Dans ces films déjà, il était question d’enquête, d’interrogatoire et de manipulations. La comparaison s’achève là car l’investigation de Surveillance ne porte pas a priori sur le meurtre montré en début de métrage mais sur un accident de la route qui a mal tourné. Jennifer nous entrainerait-elle vers des sentiers escarpés et louvoyants afin de mieux endormir notre vigilance ? Par cette ruse subtile, la réalisatrice transfère le spectateur dans la position de ses protagonistes, le laissant découvrir la vérité dans le flot d’informations données par les différents témoins.

Passé une première demi-heure durant laquelle un léger ennui commence à poindre, le film prend son rythme de croisière. L’angoisse et le malaise pointent le bout de leur nez au détour de quelques scènes assez intenses et fortes en émotions. Comme son père, Jennifer Lynch parvient à instaurer une ambiance poisseuse avec trois fois rien comme le prouve ce simple contrôle d’identité qui tourne à la séance d’humiliation. A ce stade du film, la vérité est encore loin d’éclater mais le spectateur s’implique de plus en plus et joue lui aussi un rôle au sein de l’enquête. Collectant les versions, démontant les plaidoyers, suspectant le moindre badaud, le témoin que nous sommes tente de trouver une faille dans le système, aidé par une photographie léchée signée Peter Wunstorf qui utilise une trichromie afin d’appuyer la distinction entre chaque version de l’histoire et une photo plus neutre pour éclairer le commissariat. La force de ce film tient dans l’équipe mise sur pied par la production. Pour épauler une réalisatrice encore débutante (son premier film date de plus de douze ans), on retrouve une brochette d’acteurs confirmés garantissant une interprétation solide qui donnera du corps à l’histoire. Julia Ormond, Bill Pullman et Michael Ironside, tous excellents dans leurs rôles respectifs.

Petit à petit, la botte de paille diminue et l’aiguille apparaît. Les intentions de la réalisatrice paraissent plus claires et on voit enfin des liens se tisser entre le double meurtre d’entrée et cette sombre histoire d’accident. Tout semble s’éclairer, l’intrigue devient limpide …mais la vérité est parfois ailleurs. Le film se termine en nous bousculant un peu dans nos convictions et en nous faisant réfléchir sur le pouvoir des apparences qui constituent le fondement de nos croyances perpétuelles.

Porté par une magnifique photo, des comédiens solides, une ambiance parfois malsaine proche de La Colline a des Yeux ou du Twin Peaks de papa, le métrage tient toutes ses promesses. Entretenant de véritables liens avec le cinéma de son paternel, le film de Jennifer s’en démarque également pour se métamorphoser en une oeuvre personnelle et singulière.


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