Critique de film

Snowpiercer, Le Transperceneige

"Snowpiercer"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction, drame
  • Année de production : 2013
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Bong Joon-ho
  • Pays d'origine : USA, France
  • Durée : 2h05
  • Budget : 39 millions de dollars
  • Scénariste : Jacques Lob, Jean-Marc Rochette, Bong Joon-ho
  • Musique : Marco Beltrami
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  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

2031. Une nouvelle ère glaciaire. Les derniers survivants ont pris place à bord du Snowpiercer, un train gigantesque condamné à tourner autour de la Terre sans jamais s’arrêter. Dans ce microcosme futuriste de métal fendant la glace, s’est recréée une hiérarchie des classes contre laquelle une poignée d’hommes entraînés par l’un d’eux tente de lutter. Car l’être humain ne changera jamais…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Snowpiercer, Le Transperceneige - Orient-Express
Par : Samuel Tubez




Se disant obsédé par les trains, il est tout à fait logique que le coréen Bong Joon-ho soit tombé amoureux de la bande dessinée des francophones Jacques Lob et Jean-Marc Rochette (1982), allant jusqu’à l’obtention de sa transposition cinématographique. Un défi de taille doublé d’une autre difficulté pour le réalisateur de The Host puisqu’il signe là son premier film international. Mais le talent du cinéaste est sans bornes…

L’action prend place en 2031, au cœur d’un monde dévasté par une nouvelle ère glaciaire. Pour survivre dans cet univers apocalyptique, un fou (ou un génie) a créé un immense train circulant autour de la Terre, son parcours formant ainsi une incessante boucle. Dans ce convoi, les derniers survivants ont pris place, organisant un microcosme parfaitement hiérarchisé avec les pauvres en queue du train, et littéralement traité comme des rebus, et les plus riches en première classe. Mais une révolution est en marche : un homme va mener ses troupes et se battre pour remonter jusqu’à la locomotive de tête, découvrant au fur et à mesure la réelle nature du terrible engin…

Rendant grâce au matériau d’origine, le coréen jongle parfaitement entre le spectaculaire science-fictionnel et la dimension apocalypto-pessimiste du récit. Tendu dès ses premières minutes où l’on reste cloîtré dans le wagon de queue, Bong Joon-ho remonte sa locomotive infernale en passant de l’angoisse à l’action et de la réflexion à l’horreur (certaines rixes sont très brutales) en n’oubliant jamais d’éparpiller sur son chemin une bonne dose de burlesque. Si l’anti-héros du film, interprété par Chris Evans, manque clairement d’intensité (l’acteur faisant le boulot correctement, sans plus), on retiendra surtout la présence de Song Kang-Ho et Ko Ah-sung, déjà ensemble dans The Host, interprétant des personnages détachés et attachants typiques du cinéma du coréen. Bien sûr, Tilda Swinton méconnaissable et sacrément déjantée se fait plus que remarquer dans le rôle frappadingue de Mason et la présence d’Ed Harris en fin de métrage fait sacrément plaisir, mais ce sont littéralement ces deux personnages-là qui expriment la petite touche d’espoir et d’optimisme de ce Transperceneige. Evidemment, il y a cette ode à la résistance qui compose la colonne vertébrale du film (et de la BD), mais celle-ci prend véritablement deux formes sous la direction du réalisateur : l’une, radicale et violente (l’opposition, la lutte), et donc parfaitement américaine et puis l’autre, plus spirituelle mais pas pour autant moins aventureuse (la fuite vers l’extérieur), typiquement coréenne. Le plus gros tour de force de Bong Joon-ho est donc bien là : son adaptation est doublement politique ! Pour le reste, la direction artistique est parfaitement inventive (dingue tout ce que l’on peut aménager dans un « simple » wagon !) et surprendra à n’en point douter les néophytes qui n’auraient jamais ouvert la bande dessinée, tout comme la facilité avec laquelle les caméras se meuvent dans ces espaces exigus. Une vraie leçon de cinéma à bien des niveaux, qu’il aurait été dommage de louper en salles. Cette sortie tardive dans le parterre de salles belges nous permet enfin de nous rattraper. Mieux vaut tard que jamais !

A partir de l’excellent récit d’anticipation sorti initialement de l’imagination de Jacques Lob et dessiné par Jean-Marc Rochette, Bong Joon-ho parvient à une certaine forme de transfiguration, y apportant un niveau de lecture supplémentaire, tout en conservant pleinement son cinéma, son identité propre. Snowpiercer, Le Transperceneige est ainsi une œuvre pleine de vitalité et imprévisible, passant du burlesque au drame et de dialogues philosophiques à de l’action prenante, le tout dans une très belle homogénéité. La (première) classe !


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