Critique de film

Short Peace

"Short Peace"
affiche du film
  • Genre : Animation
  • Année de production : 2013
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 1h08
  • Musique : Minilogue
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  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

De l'ère Edo à l'hypertechnologie robotique du futur, quatre films-portraits d'un Japon disputé entre folklore ancestral et avenir cybernétique.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Short Peace - Univers parallèles
Par : Quentin Meignant


Découvrir sur grand écran une oeuvre réalisée et produit par le grand maître nippon Katsuhiro Otomo, le papa d’Akira, est une véritable Madeleine de Proust pour les amateurs d’anime. C’est le beau cadeau fait par le NIFFF cuvée 2014 à ses spectateurs. Bien qu’en partie réalisé seulement par le Maître (un segment sur les quatre), cet omnibus de l’animation japonaise vaut le détour car elle met en présence quatre styles très différents, quatre manières de procéder qui n’ont qu’un but commun : la réussite. Short Peace est constitué de Possessions, de Shuhei Morita, suit un voyageur du 18ème siècle surpris par une tempête et trouve refuge dans un petit sanctuaire isolé au milieu de la forêt. Entre rêve et réalité, son voyage va prendre un tour inattendu. Le second segment, Combustible, d’Otomo lui-même, met en scène une tragédie amoureuse qui verra une jeune fille propager accidentellement un incendie dans sa ville alors qu’elle pleure son amour d’enfance. Gambo, d’Hiroaki Ando, met en scène une fillette donc la famille a été décimée par un horrible monstre. Un ours blanc décide de venger la jeune fille et se lance à la poursuite du monstre. Enfin, A farewell to arms, d’Hajime Katoki, suit quatre soldats embarqués dans une guerre de machines dans une ville dévastée.

Les différents pitchs étant à mille lieues l’un de l’autre, l’intension de cet omnibus produit par Otomo est clair : mettre en avant la singularité des différents styles d’animation nippon mais aussi leurs qualités intrinsèques. C’est chose fait dès le premier segment, hallucinant de maîtrise, tant au niveau du fond que de la forme. Sorte de trip halluciné, Possessions est un voyage passionnant dans les méandres de l’esprit humain. Katsuhiro Otomo entre ensuite en scène avec son Combustible qui, contrairement à ce que son titre pour laisser croire, est avant tout une tragédie romantique posée et de très haute volée au niveau de l’esthétique. Reprenant à son compte la technique du makimono, le rouleau d’estampe horizontal, son segment déroule (c’est le cas de le dire) une fable à la beauté merveilleuse et au scénario simple mais poignant. En quelques scènes seulement, le cinéaste parvient à inscrire la personnalité de son personnage principal de manière quasi viscérale tout en donnant lieu à une fresque à mi-chemin entre la peinture et l’animation. Une claque indescriptible.

L’ensemble ne déprécie pas vraiment par la suite avec le Gambo d’Hiroaki Ando qui voit l’affrontement rythmé et pas dénué de sentiments entre un ours blanc, des samouraïs et un monstre spectaculaire. Fort d’un visu un peu crayonné, à mille lieues du segment d’Otomo, le segment permet à l’ensemble de changer de style sans pour autant perdre en émotions. Le tout est encore renforcé par le rythme échevelé des différentes scènes et par quelques séquences riches en effets sanguinolents. Short Peace se termine sur une note plus réaliste avec le A farewell to arms d’Hajime Katoki, sorte d’adaptation détournée de Front Mission - Dog Life & Dog Style, qui fait la part belle aux impressionnantes cylindrées de guerre et qui rappelle donc la faiblesse de l’être humain face à un armement qui, petit à petit, le dépasse. Nettement plus bourrin que les trois précédents segments et rythmé en diable, A farewell to arms souffre malheureusement d’un trait plus conventionnel, certes inhérent à son genre, mais qui fait quelque peu oublier les excellentes dispositions esthétiques vues jusque là.

Oeuvre pleine, Short Peace ne souffre que de très peu de temps morts et fait surtout, à de rares exceptions près, preuve d’un esthétisme rare et inestimable. Cet omnibus, voulu par Otomo pour représenter les différents styles de l’anime nippon, est donc une belle mise en valeur des univers parallèles en matière d’animation.

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