Critique de film

Running man

"The Running Man"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction
  • Année de production : 1987
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Paul Michael Glaser
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h41
  • Budget : 27 millions de dollars
  • Scénariste : Stephen King (roman) / Steven E. de Souza (scénario)
  • Musique : Vassal Benford, Harold Faltermeyer
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Arnold Schwarzenegger, Maria Conchita Alonso, Yaphet Kotto, Jim Brown, Jesse Ventura, Erland van Lidth, Marvin J. McIntyre, Gus Rethwisch
  • Récompenses : Saturn Award du Meilleur acteur de second rôle (Richard Dawson) en 1988

Los Angeles, 2019. Des candidats, sélectionnés parmi la population carcérale, s'affrontent à mort dans le cadre d'une émission de télévision à succès.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Running man - Cours, Arnold cours !
Par : Chroniqueurs


Par Swan

Roman mineur mais néanmoins passionnant écrit en 1982 par Stephen King sous son pseudonyme habituel de Richard Bachman, The Running Man conte, dans un avenir proche au régime totalitaire à la George Orwell, l’histoire de Ben Richards, un chômeur qui s’enrôle volontairement dans un jeu télévisé futuriste, « The Running Man », consistant en un chasse à l’homme digne de celles organisées par le Conte Zaroff. Traqué dans la ville par une poignée de mercenaires assoiffés de sang, sous l’œil des caméras et du public accro à cette boucherie, le peu héroïque Richards va pourtant tout mettre en œuvre pour survivre, empocher le prix et ainsi sauver sa petite fille malade. Voilà pour le roman…

Pour apprécier le film The Running Man à sa juste valeur et comprendre pourquoi il consiste en une adaptation très libre et infidèle, il convient de se replacer dans le contexte cinématographique très particulier de l’époque. Les joyeuses années 80 !

1983-1990. La Cannon et la Carolco sont les sociétés de production en vogue. Menahem Golan et son copain Yoram Globus signent des contrats mirobolants au Festival de Cannes. Le Justicier de New York nous montre un Bronson vieillissant contre-attaquer les voyous à grand coups de sa mitrailleuse Browning et de son lance-roquettes géant. Patrick Swayze dans L’Aube Rouge arbore fièrement la même coupe de cheveux que Linda Hamilton dans Terminator. Le patibulaire Ivan Drago déclare sans rigoler « je vais te briser. » Delta Video fait fortune. Les films de Chuck Norris, Joseph Zito et Sam Firstenberg amassent des recettes colossales. Michael Dudikoff et Dolph Lundgren deviennent des stars du jour au lendemain, en attendant Seagal et Van Damme. Rambo devient malgré lui le symbole belliqueux des tristes années Reagan. Tom Cruise, les cheveux au vent roule à toute vitesse sur sa grosse bécane sur le « Danger Zone » de Kenny Loggins. Louis Gosset, Jr. gagne un Oscar (!)… Une époque cinématographique révolue et incroyablement obsolète où les Musclés ne s’agitaient donc pas uniquement chez Dorothée mais sur les écrans de cinéma et les étagères des vidéoclubs du monde entier. En ce milieu des années 80, le muscle bête, l’action outrancière la moins réaliste possible et les prises de positions politiques douteuses engrangent des recettes mirobolantes. Le muscle fait recette. La subtilité fait grise mine.

Dans ce contexte de sueur de slip et de testostérone, une adaptation fidèle au roman de Stephen King pouvait donc difficilement voir le jour. Exit donc Peter Weller et Christopher Reeve, tous deux envisagés au départ pour incarner Ben Richards quand Arnold Schwarzenegger, alors auréolé des énormes succès consécutifs de Terminator, Commando et Predator se porte candidat à condition que le scénario soit remanié pour en faire un film « plus fidèle à son image ». De petit récit d’anticipation futuriste sérieux et tendu, Running Man va donc devenir, sous l’égide du scénariste Steven E. DeSouza, une véritable bande dessinée outrancière, aux couleurs criardes, outil de propagande parfait pour le « personnage » Schwarzenegger : violent, décérébré, inoffensif, un peu con mais extrêmement drôle et ne se prenant pas au sérieux. Steven E. DeSouza, c’est un dur, un tatoué qui mange 3 steaks au petit déjeuner. Outre la réalisation en 1994 du nanardissime Streetfighter avec Jean-Claude Van Damme, on lui doit entre autres les scénarios de 48 Heures, Commando, Die Hard 1&2, Le Flic de Beverly Hills 3 et… Les Pierrafeu (cherchez l’intrus…) DeSouza n’est donc pas une fillette et ça tombe bien, Schwarzie non plus !

Plutôt que de confier le film à un réalisateur confirmé comme John McTiernan, James Cameron ou Paul Verhoeven, le choix se porte bizarrement sur le très sympathique acteur Paul Michael Glaser, le détective David Starsky en personne dont le premier film en tant que metteur en scène, un petit polar violent intitulé Band Of the Hand avait modestement impressionné Schwarzie. C’est donc à lui que revient l’insigne honneur de mettre en scène ce film de science-fiction de pacotille, caricatural et un peu mal foutu mais pourtant incroyablement jouissif.

Le changement de ton entraîne donc un remaniement total de l’œuvre de King. Là où dans le livre, Richards se porte volontaire pour participer au jeu afin d’empocher une prime qui lui permettra de sauver sa fille, le Richards de Schwarzenegger, plus héroïque, est un « ex-détenu accusé à tort et enrôlé de force dans le jeu télévisé ». Auparavant assez chétif, Richards devient donc ici une montagne de muscles tendus comme une peau de mérou (et c’est bien connu, quand elle est trop tendue, la peau de mérou pète…) Dans le livre, les chasseurs qui traquent Richards et les autres concurrents sont des hommes de l’ombre vêtus de noir, anonymes mais néanmoins très dangereux. Pour les besoins du film, DeSouza invente une galerie de chasseurs aux accoutrements ridicules et rococo qui semblent sortis tout droit de Flash Gordon ou pire encore, d’un épisode des Maîtres de l’Univers.

Mais jugez plutôt : Dynamo est un obèse demeuré dont le costume est constitué de centaines de petites ampoules électriques (ce qui lui vaudra le surnom de « sapin de Noël » par un Schwarzie pas avare des petites réparties qui constituaient alors sa marque de fabrique.) Incarné par un authentique chanteur d’opéra, il électrocute ses victimes par des décharges violentes tout en chantant de sa voix de baryton basse. Buzzsaw quand à lui est un colosse armé d’une tronçonneuse et qui semble sorti tout droit d’un match de la WWF (la fédération de catch, pas celle de protection des animaux, encore que…) Subzero est un cruel géant hawaiien, le Captain Freedom, un ex-traqueur lâche et manipulateur et le plus dangereux d’entre tous, Fireball (incarné par le vétéran de la blaxploitation Jim Brown) est armé de lance-flammes dévastateurs.

Cette galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres fait qu’il est totalement impossible de prendre le film au sérieux. Et pourtant la plupart du temps, ça marche ! Malgré son aspect kitsch et ridicule reniant le sérieux de l’œuvre de King, la dépiction des dérives télévisuelles et des médias en général fonctionne très bien. En étalant à l’écran des situations toutes plus grotesques et excessives les unes que les autres, Paul Michael Glaser arrive finalement à faire passer un message, annonciateur des stupidités dont nous sommes témoins aujourd’hui dès que l’on allume le téléviseur. Il montre au travers de cette société futuriste cruelle, irresponsable et désenchantée le pouvoir insidieux de la télévision, capable de manipuler les foules avides de programmes voyeurs et violents, ramenant aux Jeux de Cirque de la Rome Antique lorsque les dirigeants romains offraient les jeux à la Plèbe pour s’assurer le soutien des foules et un apport financier gagné sur le sang des victimes. Dans ce constat effrayant il met dos à dos les responsabilités respectives des ignobles responsables des programmes mais aussi des spectateurs avides de sang frais. 20 ans plus tard, le film est malheureusement plus que jamais d’actualité….

Là où dans le livre Richards s’empare finalement d’un petit avion qu’il décidera de faire s’écraser sur le bâtiment du studio, un sacrifice forcé puisque blessé mortellement (ses intestins se déversant joyeusement hors de sa carcasse pourfendue…), le film lui, joue la carte du poor lonesome cowboy frimeur s’éloignant sous le soleil couchant avec la fille à ses bras et les méchants six pieds sous terre… Alors si le film n’a finalement plus grand chose en commun avec le roman de King outre les noms des personnages et le pitch original, on s’amuse énormément et pour peu que l’on ne soit pas trop exigeant en ce qui concerne des scènes d’action tournées par une deuxième équipe paresseuse, on restera indulgent à la vision de ce Running Man, par ailleurs beaucoup plus proche d’une autre œuvre que du roman dont il s’inspire, l’excellent Prix du Danger (1983) réalisé en France par Yves Boisset et mettant en scène Gérard Lanvin et Michel Piccoli. Si proche qu’Yves Boisset ira même jusqu‘à intenter un procès pour plagiat aux producteurs du film, procès qu’il gagna en première instance, perdit en appel puis gagna finalement en cassation.

Si vous voulez voir une réflexion sérieuse sur un futur totalitaire, revoyez Brazil, Robocop, Minority Report, Soleil Vert ou relisez 1984. Si vous voulez vous amuser avec un film mineur du Schwarzenegger de la grande époque, Running Man est une petite série B parfaite, kitsch à souhait, instantanément oubliable mais qui remplit à merveille sa fonction principale : nous montrer qu’il faut pas faire chier Schwarzenegger quand il répare sa mobylette. C’est la morale de Running Man, moi je la trouve chouette. Pas vous ? Ah bon…


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