Critique de film

Requiem pour un massacre

"Idi i smotri"
affiche du film
  • Genre : Guerre, Horreur
  • Année de production : 1985
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Elem Klimov
  • Pays d'origine : U.R.S.S.
  • Durée : 2h22
  • Scénariste : Ales Adamovich, Elem Klimov
  • Musique : Oleg Yanchenko
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Aleksei Kravchenko, Olga Mironova, Liubomiras Lauciavicius, Vladas Bagdonas, Juris Lumiste, Viktor Lorents, Kazimir Rabetsky, Yevgeni Tilicheyev, ...
  • Récompenses : Grand Prix de la critique internationale et Grand Prix du Moscou International Film Festival 1985

Biélorussie, 1943. En jouant "aux allemands et aux soviétiques", le jeune Fliora découvre dans le sable un fusil qu'il arrache aux mains d'un soldat mort. Armé, l'enfant part rejoindre les partisans. Ce périple le mènera dans un village occupé par les allemands où la guerre fait place à une barbarie sans nom.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Requiem pour un massacre - La véritable horreur
Par : Quentin Meignant


Le regretté Elem Klimov est ce que l’on peut appeler un réalisateur atypique. Le cinéaste soviétique ne s’est en effet ancré dans aucun genre en particulier, alternant drames, comédies, documentaires et films de guerre. Mais une œuvre ressort particulièrement de sa filmographie : prix de la critique internationale et grand prix du festival de Moscou en 1985, Requiem pour un massacre est l’un de ces films qui ont marqué des générations entières. Cette vision nouvelle et vraie du film de guerre ne peut laisser indifférent et, malgré un pitch peu attrayant, il est impossible de sortir indemne du métrage. Pendant la seconde guerre mondiale, Florya s’engage dans un groupe de résistants. Se liant d’amitié avec une jeune fille, il va vite se rendre compte que la guerre n’est pas un jeu et que l’horreur est partout.

C’est donc dans un état d’esprit troublant que débute le film. Le jeune Florya n’a pas l’air de se rendre compte que l’intensité des combats et le jeune homme est d’ailleurs mis de côté par le chef de la résistance. Les scènes perturbantes s’enchaînent alors lorsque le jeune homme rencontre Glasha, une jeune fille mystérieuse et insondable. Parsemé de dialogues étranges et d’une mise en scène plutôt figée, cette entame de film s’échine à nous faire découvrir la personnalité des protagonistes et, surtout, à dépeindre la beauté de l’adolescence et de ses illusions. Usant de plans décalés (une cigogne qui se balade après un bombardement), Klimov parvient à créer un climat d’une poésie folle qui fait presque oublier les événements tragiques qui se passent à quelques kilomètres des personnages principaux.

Alors que l’on a complètement perdu de vue les atrocités commises, le réalisateur nous remet devant le fait accompli : la perte de l’être cher suit les moments de bonheur du début et ouvre la porte de l’horreur véritable, la plus réelle qui soit, LA guerre. Après une visite de charnier particulièrement heurtante et ignoble, le cinéaste nous plonge dans des atrocités sans bornes : en dépeignant les agissements nazis de manière efficace, Klimov nous retourne les tripes sans pour autant montrer une seule goutte de sang. Un massacre en bonne et due forme proprement scandaleux, filmé froidement et enjolivé de dialogues choquants mettent une pression insoutenable sur les épaules du spectateur. Le héros, formidablement incarné par le jeune Aleksei Kravchenko, subit alors un virage physique impressionnant qui symbolise la fin de son insouciance adolescente. L’air hagard, les traits tirés, Florya semble avoir pris vingt ans et distille une puissance supplémentaire à la pellicule.

Klimov en termine alors en nous réservant un final qui nous place devant nos responsabilités et qui provoque un terrible sentiment d’impuissance et de tristesse. Bien plus qu’un simple film, Requiem pour un massacre est un pan de notre histoire que beaucoup feraient bien de visionner avant d’avancer des thèses fumeuses. Déroutant et révoltant, ce chef-d’œuvre est sans aucun doute l’un des films les plus puissants, les plus choquants qui ait jamais été réalisé… Klimov a fait preuve d’un génie exceptionnel et a enfanté le meilleur film de guerre de tous les temps. L’horreur humaine a un visage et un nom : Requiem pour un massacre !

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