Critique de film

Premier contact

"Arrival"
affiche du film

Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions. Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Premier contact - Ouroboros cinématographique
Par : Samuel Tubez


Avant le grand saut Blade Runner 2049, Denis Villeneuve s’essaie à la science-fiction avec cette adaptation de la nouvelle de Ted Chiang, Story of Your Life (L’Histoire de ta vie). L’occasion pour le cinéaste de déjà renouer, après un plus traditionnel mais non moins saisissant Sicario, avec une narration délicieusement alambiquée.

Premier contact est l’antithèse totale d’Independence Day : Resurgence récemment sorti en Blu-ray/DVD. Anti-spectaculaire et solidement écrit, le nouveau Villeneuve nous montre pourtant lui aussi des vaisseaux extraterrestres en lévitation à quelques mètres au-dessus du sol de divers sites à travers le globe, plongeant l’humanité dans la confusion et la panique d’une guerre totale. Mais cette intelligence venue d’ailleurs nous menace-t-elle vraiment ? Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Face à ces interrogations, une équipe d’experts est rassemblée en catastrophe par le gouvernement américain pour tenter de comprendre leurs intentions. Parmi eux, une linguiste renommée (merveilleuse Amy Adams) et un physicien théoricien (Jeremy Renner, un peu en retrait) montent à bord d’un de ces vaisseaux pour établir le contact. S’ensuit un énorme casse-tête où notre experte tentera de déchiffrer le langage alien alors qu’elle semble traîner avec elle un lourd drame familial...

Dès les premières images, on comprend que Premier contact touchera autant à l’intime qu’à l’universel et qu’il ne jouera pas la carte du sensationnalisme. Une bonne affaire, puisque cette invasion extraterrestre pas comme les autres adopte une tournure vraisemblable et a l’audace d’utiliser le langage à la place des bombes comme arme ultime. L’œuvre gagne ainsi en profondeur ce qu’elle perd en spectacle (même si elle est d’une facture visuelle irréprochable) et s’impose comme une réflexion passionnante sur le temps, mixant futur, passé et présent, embrassant au passage des thématiques fortes comme la fatalité ou le déterminisme, tout en possédant une dimension politique où le protectionnisme et notre rapport à l’inconnu (l’étranger) sont interrogés. La petite histoire personnelle vécue par le personnage interprété par Amy Adams côtoie ainsi des enjeux universels, voire cosmiques, puisque nous sommes bien entendu dans un film de science-fiction. Une SF qui n’est absolument pas reniée puisque Villeneuve et le scénariste Eric Heisserer (The Thing, Dans le noir) embrassent l’un de ses plus célèbres thèmes, à savoir le voyage dans le (l’espace-) temps, réveillant ainsi nos cerveaux quelque peu endoloris par des années d’invasions aliens belliqueuses. Premier contact s’incruste ainsi entre des œuvres souvent boudées par le grand public (dont fait partie Contact de Robert Zemeckis) et des chefs d’œuvre intemporels comme Rencontres du 3e type ou 2001 : l’odyssée de l’espace avec lequel il partage non seulement sa dimension métaphysique, mais également une certaine contemplation dans la mise en scène, notamment lors de l’envoûtante séquence des premiers pas dans le vaisseau. Ces capsules étrangères, en forme de galet, nous évoquent d’ailleurs l’imposant monolithe de Kubrick. Des références heureusement pas trop pesantes, le film trouvant sa propre originalité et sa propre imagerie, notamment dans une documentation scientifique précise dans l’élaboration du langage alien ainsi que dans l’aspect plastique de ces derniers, sortes de créatures lovecraftiennes évoluant dans une brume constante et s’exprimant de façon assez inédite.

Malgré sa nébulosité rebutante et une certaine naïveté (le film prône l’unification par le langage pour la survie des espèces, ce qui n’est certes rien de terriblement neuf, mais néanmoins parfaitement pertinent) Premier contact est un spectacle intelligent et cohérent qui tente de nous faire renouer avec des fondamentaux que l’homme semble peu à peu perdre dans un monde moderne prônant l’individualisme et le protectionnisme. Des doctrines bien plus dangereuses et agressives qu’une paire d’aliens tentaculaires, c’est, notamment, ce que nous dit habilement Villeneuve dans cette œuvre de SF singulière qui semble se refermer sur elle-même tel un ouroboros cinématographique qui s’avérera certainement passionnant à analyser davantage lors de futures visions.


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