Critique de film

Portier de nuit

"Il Portiere di notte"
affiche du film
  • Genre : Drame, Nazisploitation
  • Année de production : 1974
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Liliana Cavani
  • Pays d'origine : Italie
  • Durée : 1h26
  • Scénariste : Barbara Alberti, Liliana Cavani, Italo Moscati, Amedeo Pagani
  • Musique : Danièle Paris
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  • Bande annonce
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  • Casting : Dirk Bogarde, Charlotte Rampling, Philippe Leroy, Gabriele Ferzetti, Giuseppe Addobbati, Isa Miranda
  • Récompenses : Aucune

Vienne, 1957. Max, un ancien officier SS, est portier de nuit dans un grand hôtel. Il se retrouve un jour face à Lucia, l’épouse d’un chef d’orchestre. Un fantôme de son passé. Car, pendant la guerre, Max entretenait dans un camp de concentration une passion sadomasochiste avec Lucia, l’une de ses prisonnières. Tous deux finissent par renouer leur liaison…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Portier de nuit - Haine et amour
Par : Chroniqueurs

Par Bruno Dussart

Film polémique à sa sortie, rarement diffusé en salles ou à la T.V, classé X aux Etats-Unis, Portier de Nuit est une œuvre sulfureuse et dérangeante sur l’amour interdit d’amants compromis. Un parfum de scandale audacieux s’exhale de la relation sadomasochiste d’un ancien tortionnaire nazi et de sa maîtresse déportée juive fascinée par ses plaisirs éhontés.

A Vienne, en 1957, Max travaille comme portier de nuit dans un grand hôtel. Un jour, il reconnait son ancienne maîtresse, aujourd’hui mariée à un chef-d’orchestre. Leur relation amoureuse avait été préalablement établie sous le régime nazi alors que Lucia était envoyée dans un camp de concentration. Aujourd’hui, ils décident de renouer leur lien passionnel mais des officiers nazis, anciens compatriotes de Max, manifestent leur inquiétude face à ce témoin capital potentiellement capable de les dénoncer pour leurs antécédentes exactions crapuleuses.

Considéré comme le chef-d’œuvre baroque de la carrière politique de la réalisatrice Liliana Cavani, Portier de nuit dépeint avec verdeur et un réalisme clinique le portrait d’un couple en réconciliation après avoir entretenu une relation passionnelle durant le règne despotique du 3ème Reich. Alors qu’il était officier nazi chargé d’envoyer à la mort des milliers de Juifs parqués dans les camps de concentration, Max va subitement tomber amoureux d’une jeune déportée juive répondant au nom de Lucia. D’abord réticente et pétrifiée, la jeune fille va peu à peu se laisser entraîner dans une relation masochiste alors que le génocide de son peuple est en pleine expansion. Quelques années plus tard, ils se retrouvent par hasard lors d’une représentation théâtrale dans laquelle le mari de Lucia est chef-d’orchestre. De prime abord fuyante et angoissée de retrouver son précédent amant véreux, la jeune femme va se laisser dominer par ses pulsions sexuelles refoulées pour renouer avec leur relation torturée faite d’humiliations et d’amour extraverti.

Grâce à une photographie blafarde illustrant avec froideur un climat austère renforçant son caractère trouble et dérangé, Liliana Cavani souligne l’impossible histoire d’amour que deux amants torturés par la culpabilité souhaitent malgré tout vivre jusqu’au bout.
En confrontant cette audacieuse romance galvaudée par le spectre tyrannique du nazisme, la réalisatrice établit un parallèle malsain pour notre sentiment duel de fascination / répulsion face au Mal. Comme si Lucia, martyrisée par un gouvernement d’asservissement, souhaitait entamer cette relation putanesque dans une sexualité sadique pour fuir inconsciemment l’agonie de milliers d’innocents juifs, morts dans des conditions infâmes.

Dans le rôle des amants maudits, on retrouve d’abord Dirk Bogarde qui impressionne grâce à sa prestance naturelle dans ce rôle d’ancien tortionnaire SS, épris d’amour pour une jeune juive lascive, subitement fascinée par des rapports de soumission. Dans la prestance meurtrie et ambiguë de Lucia ensuite, Charlotte Rampling hypnotise l’écran de ses apparitions graciles face à son regard velouté de sombre féline, son attachement irrésistible à l’affection trouble de Max.

Sa mise en scène sans esbroufe renforcée par une subtile sobriété fait de Portier de Nuit un fascinant poème noir sur le destin de deux amants déterminés à fuir leur sinistre existence dans l’épanouissement amoureux, fût-il inavoué et dangereux. Transcendé par la prestance exceptionnelle de deux comédiens innés se délivrant corps et âme devant une caméra introspective, ce drame d’amour véhément dégage un parfum de souffre aussi malsain que tragiquement mélancolique. En résulte une œuvre étouffante, hallucinée et abstraite...