Critique de film

Pique-nique à Hanging Rock

"Picnic at Hanging Rock"
affiche du film
  • Genre : Mystère, Psychologique
  • Année de production : 1975
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Peter Weir
  • Pays d'origine : Australie
  • Durée : 1h43
  • Scénariste : Cliff Green, Joan Lindsay (roman)
  • Musique : Bruce Smeaton, Gheorghe Zamfir
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Rachel Roberts, Vivean Gray, Helen Morse, Kirsty Child, Tony Llewellyn-Jones, Jacki Weaver, Frank Gunnell, Anne-Louise Lambert, Karen Robson, Jane Vallis, Christine Schuler, Margeret Nelson
  • Récompenses : Saturn Award de la Meilleure Photographie (Russell Boyd) en 1979
    BAFTA de la Meilleure Photographie (Russell Boyd) en 1977

En 1900, en Australie. Les élèves d'une école privée pour jeunes filles partent en pique-nique au pied d'un immense rocher ayant été un lieu de culte aborigène. Alors que le soleil est à son zénith et que les filles s'abandonnent à la torpeur de l'après-midi, quatre d'entre elles s'aventurent dans un étroit défilé rocailleux, comme appelées irrésistiblement par le rocher. Hormis une ingénue qui s'enfuit, prise de panique, les trois autres pénètrent dans une cavité et disparaissent corps et bien en même temps qu'une de leurs enseignantes. Des recherches et des battues sont organisées pour les retrouver, en vain. Une seule des trois sera retrouvée vivante mais amnésique.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Pique-nique à Hanging Rock - Atypique-nique
Par : Quentin Meignant




Peter Weir est connu des cinéphiles contemporains pour avoir proposé à un large public les excellents Thruman Show et Master and Commander. Néanmoins, c’est dans un tout autre genre et à une toute autre époque que s’est tout d’abord distingué le réal australien. En effet, aux prémices de sa carrière, ce dernier se livra à quelques élucubrations fantastiques originales qui le rendirent célèbre. A ce titre, son premier long-métrage, Les voitures qui ont mangé Paris, se plaçait dans le style insolite, faisant preuve d’un certain mysticisme et parvenant à détourner les règles d’un classicisme pourtant affirmé. Toujours attaché à la culture aborigène, Weir revint un an plus tard avec un deuxième long, intitulé Pique-nique à Hanging Rock, qui allait faire un véritable malheur au box-office national. Révélant le talent de Peter Weir au grand jour, l’œuvre n’en demeure pas moins un monument d’atypisme, un ovni cinématographique dont les composantes forment un ensemble d’une originalité incomparable. Pourtant doté d’un pitch assez commun, qui met en scène la disparition de trois filles et de leur maîtresse an plein bush australien, Pique-nique à Hanging Rock a la réputation de faire partie de ces films inclassables… mais surtout incassables !

Après une introduction narrative sur voix monocorde qui laisse, l’espace de quelques secondes, redouter le pire, Peter Weir offre d’emblée ce que son film possède de meilleur : la photographie. Bénéficiaire du travail acharné de Russel Boyd (Ghost Rider), cette dernière monte en puissance au fil des plans d’un bush australien jamais filmé de la sorte. Empreinte de poésie, chaque image de cette nature sauvage et luxuriante se transforme en véritable œuvre d’art. Il en va d’ailleurs de même pour la mise en scène de jeunes filles prudes et insouciantes qui, sur un air enchanteur de flûte de pan, déclament proses et poèmes savants. Sans jamais disconvenir au canevas qu’il s’est lui-même imposé, Weir parvient à rendre sa pellicule magique à chaque détour de rocher, le tout sur une bande originale de génie.

Mais la chose la plus frappante est le traitement qu’il apporte à ses personnages, bizarrement inhumains à certains moments et dont les relations restent équivoques. Transpirant l’homosexualité (regards complices entre jeunes filles ou entre jeunes hommes), l’œuvre, tout en restant très correcte sur le plan moral, instaure une espèce de non-dit, semant le trouble dans les esprits. Qui sont véritablement ces filles ? Que pense-t-elle ? Ces questions ne peuvent alors trouver de réponse que dans l’inconscient de chacun, certains y voyant de simples collégiennes, d’autres des créatures beaucoup plus retorses. A ce titre d’ailleurs, Weir critique d’une certaine manière le pouvoir et l’appât du gain en mettant en scène le déclin mental et moral de Mlle Appleyard, directrice de l’établissement de renommée. Au fil de l’action, le personnage livre ses mauvais côtés en se montrant cupide et même alcoolique à ses heures, elle qui, dans la première partie, représentait l’honnêteté même. Si les messages ayant rapport à l’espèce humaine demeurent clairs de bout en bout, il n’en va pas de même pour l’aspect fantastique de l’œuvre. Le mystère s’épaississant au fil du temps, les intrications scénaristiques devenant de plus en plus floues, le final laisse entendre qu’il n’y a pas de réelle explication aux événements dramatiques qui se sont produits. Comme dans Les voitures qui ont mangé Paris, Weir veut nous faire comprendre qu’il n’y a pas de justification au fantastique et, entend par là, se démarquer des nombreuses productions affublées de raisonnements aberrants émanant de légitimeurs écervelés.

Laissant planer le mystère et le doute, Pique-Nique à Hanging Rock s’ancre encore un peu plus dans une tradition aborigène toujours aussi troublante. Bien plus qu’un simple film, l’œuvre de Weir est le symbole d’un cinéma inventif et poétique qui séduit tant sur le fond que sur la forme. Malgré quelques anachronismes, l’Australien propose une œuvre intemporelle et mystique qui ravira tous les amateurs de son incommensurable talent.

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