Critique de film

Ouija: les origines

"Ouija: Origin of Evil "
affiche du film

À Los Angeles en 1965, une veuve et ses deux filles montent une nouvelle arnaque pour pimenter leur commerce de séances de spiritisme bidon. Chemin faisant, elles font involontairement entrer chez elles un esprit maléfique bien réel. Lorsque la fille cadette est possédée par la créature impitoyable, la petite famille doit surmonter une terreur dévastatrice pour la sauver et renvoyer l'esprit de l'autre côté…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Ouija : les origines - Solide planche
Par : Samuel Tubez


Une fois n’est pas coutume, Platinum Dunes et Blumhouse Productions ont eu une excellente idée en embauchant Mike Flanagan sur cette préquelle au calamiteux film de Stiles White. Non seulement le réalisateur de The Mirror propose une oeuvre qui enterre sans peine son modèle mais il offre aussi peut-être le plus beau représentant de ce sous-genre de l’épouvante mettant en scène les méfaits d’une planche spirite.

La production ne désirant pas réitérer les erreurs du précédent film, Mike Flanagan et son scénariste Jeff Howard (The Mirror, Before I Wake) ont obtenu une certaine latitude qui leur permet de s’affranchir du sempiternel groupe d’ados s’essayant à la planche à effet idéomoteur (une seule courte séquence reprenant ici ce passage obligé sous forme de pied de nez). Les deux larrons doivent axer leur récit autour d’une mère et de ses deux filles qui doivent vivre avec le deuil du mari/père (la famille Zander qui hante les teens de Ouija). Afin de pourvoir à leurs besoins, la veuve met en scène avec la complicité de ses filles des séances de spiritismes truquées, soulageant la tristesse de patients affligés par la disparation de leurs proches. Pour agrémenter ces « consultations » occultes, elle s’octroie une planche ouija qui aura une influence inouïe sur la cadette qui s’avère particulièrement réceptive aux esprits convoqués. La mère en profite alors pour exploiter le « don » de sa gamine tandis que cette dernière, croyant pouvoir entrer en contact avec son père, entre sous l’emprise d’un esprit maléfique.

La force du film tient dans le traitement de ses personnages qui acquièrent une consistance salvatrice propre à nous faire oublier les traditionnelles incohérences d’un script de film d’épouvante lambda (y en a marre de ces personnages qui se jettent encore et toujours dans la gueule du loup !). Dramatique avant d’être horrifique, Ouija : les origines illustre d’abord le combat de trois femmes dépourvues de leur chef de famille au sein d’une société patriarcale (on est en Californie dans les années 60) avant d’étaler leur combat contre le Mal. Désargentée et menacée d’expulsion, on y voit rien de moins qu’une mère exploiter le cas de possession de sa fille pour gagner sa vie. Flanagan met ainsi le spectateur dans une position quelque peu inconfortable même si celui-ci restera indulgent face à ces femmes terriblement attachantes, qui plus est interprétées par un trio d’actrices remarquables (de la plus jeune à la plus âgée : Lulu Wilson, Annalise Basso et Elizabeth Reaser).
Arborant une esthétique de film de studio (il s’agit après tout d’une commande distribuée par Universal), le réalisateur emballe le tout dans un écrin rétro du plus bel effet comprenant une reconstitution 60’s et une photo séduisante reprenant les brûlures de cigarette propres au format de la regrettée pellicule. En découle donc une œuvre plastiquement attractive, qui n’est pas sans rappeler cette sommité qu’est L’Exorciste. Flanagan n’a bien évidemment pas le talent de metteur en scène de Friedkin mais sa mise en scène s’avère relativement maîtrisée pour écouler ses effets terrifiants dans un timing soigneusement étudié. On regrettera donc ce final davantage brusque et précipité, voire grand-guignolesque, qui contraste avec les deux tiers précédents, et qui nous mène vers un épilogue médiocre (ainsi qu’une séquence post-générique) nous rappelant qu’il s’agit bien d’un prélude au déplorable Ouija. Mais la force de tout ce qui a précédé et la personnalité insufflée par Flanagan dans l’œuvre (sans compter sa nouvelle collaboration avec la rouquine Annalise Basso présente dans Oculus) nous donnent plutôt envie de mettre bout à bout ce Ouija : Origin of Evil avec Oculus, justement. Une doublette on ne peut plus captivante où la griffe du réalisateur prime avant tout.

Par son talent, Mike Flanagan transforme notre indifférence envers la saga Ouija en réel enthousiasme pour cette préquelle s’imposant comme un efficace film d’horreur soignant autant le fond que la forme. Incarné, touchant et redoutable quand il le faut, Ouija : les origines prouve qu’un miracle est toujours possible, même au sein de structures standardisées comme celles représentées par Jason Blum et Michael Bay, pourvu que les rênes soient offertes à des cinéastes possédant une vision honnête du genre.


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