Critique de film

Nosferatu

"Nosferatu, eine Symphonie des Grauens "
affiche du film
  • Genre : Horreur - Vampires
  • Année de production : 1922
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Friedrich-Wilhelm Murnau
  • Pays d'origine : Allemagne
  • Durée : 1h34
  • Scénariste : Henrik Galeen
  • Musique : Hans Erdmann
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Max Schreck, Gustav von Wangenheim, Alexander Granach
  • Récompenses : Aucune

En 1838, Hutter, jeune clerc de notaire, part conclure une vente avec un châtelain des Carpathes. Après des rencontres menaçantes et de funestes presages, il est reçu par le comte Orlock qui n'est autre que la réincarnation du vampire Nosferatu, créature qui ne peut vivre qu'en suçant le sang des humains. Ce chef-d'oeuvre du cinéma muet d'épouvante tourné en decors naturels est la première adaptation fidèle du célèbre roman de Bram Stocker, Dracula, publié en 1897.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Nosferatu - Un classique des classiques
Par : Chroniqueurs


Par Frank Black

À Brême en 1838, Thomas Hutter, un jeune clerc d’agent immobilier ayant fait un heureux mariage avec Ellen, doit partir en Transylvanie afin de vendre une propriété au dénommé Comte Orlok qui désire avoir une résidence dans la ville. Après un périple sur une terre d’ombres, le jeune homme est accueilli au sein d’un sinistre château par le Comte. Durant la transaction, Orlok aperçoit une image d’Ellen qui le fascine et décide d’acquérir une résidence proche de celle du couple. Hutter, hôte du Comte ne tardera pas à découvrir la véritable nature de celui-ci. Alors Nosferatu cheminera vers sa nouvelle propriété, épandant la mort et la désolation par la peste sur son sillage. Ellen bientôt en proie aux mains griffues de Nosferatu qui la convoite, laissera le Comte faire d’elle sa victime et sacrifie son sang au vampire pour sauver le reste de la communauté.

Ce film culte de Murnau est avant tout une adaptation illégale du Dracula de Bram Stocker, d’où le changement de noms. Dracula devient le comte Orlock/Nosferatu (le "non-mort"), Harker devient Hutter et Mina, Ellen. Mais les connaisseurs reconnurent immédiatement le film pour ce qu’il est, et la veuve Stocker engagea des poursuites judiciaires afin d’empêcher, voire de détruire, le film. Murnau s’empare de ce roman gothique pour s’offrir son premier succès international, et livrer par la même occasion à l’expressionnisme une symphonie de l’horreur, principalement fondée sur l’utilisation fantastique des décors naturels. En effet, le cinéaste suscite l’effroi chez le spectateur en filmant des forêts désertiques ; des chevaux frémissants nerveusement dans les montagnes au cri d’une hyène, des voiles décrépies de navires cinglant vers le large. La sensation de terreur domine ainsi le récit, et intervient dès le début du film avec ce beffroi gothique, pour s’exprimer ensuite par le biais des fermetures de l’iris, ou ces caches circulaires qui recadrent les images pour y inscrire la malédiction vampirique. Cet état d’esprit ne disparaîtra qu’à la toute fin, lorsque les rayons du soleil dissiperont les ombres de la mort planant sur les ruines du château du monstre.
Ce sont les éléments naturels qui sont les messagers de la mort ; à l’instar de ce vent qui souffle sur les bosquets en fleur dès les premières images, celui-là même qui gonflera les voiles du navire convoyant les cercueils et les brumes pestilentielles du vampire jusqu’au port de cette petite ville paisible. Il convient également de souligner un détail d’importance. Murnau n’avait pas conçu son film en noir et blanc classique, mais avec des teintes jaunes pour le jour, et les teintes bleues pour la nuit. Ce détail chromatique renforce encore un peu plus cette opposition entre le diurne et le nocturne, rajoutant au cachet et à l’atmosphère du film.

Sous un angle purement psychanalytique, Nosferatu c’est aussi un poème freudien sur l’amour fou, tournant autour du triangle composé de Ellen, Hutter et Orlock. Ellen, en pleine hallucination, visualise le vampirisme de l’âme de son mari, alors que, simultanément, Nosferatu reconnaît d’emblée le cou de la femme sur le médaillon de Hutter. Dans une alternance d’images parfaitement maîtrisée, Ellen tend alors les bras au vampire alors que ce dernier, à mille lieues de là, vient d’assouvir sa soif de sang au détriment du jeune homme endormi. Plus tard, Ellen, au bord de la mer, attend tout autant l’arrivée du Comte Orlock qu’elle espère le retour de son mari. C’est elle qui fait apparaître sa silhouette fantômatique derrière les fenêtres obscures des façades gothiques, avant de s’offrir à son ombre. Il est alors clair que Nosferatu et Hutter représentent alors les deux faces complémentaires du héros romantique : la part morale, droite et logique (Hutter), et la face sombre, le désir et la pulsion de mort (Orlock). Les deux ne faisant plus qu’un, seul Ellen (fascinée, mais consciente et lucide) pourra rétablir l’équilibre en attirant la créature vers elle pour mieux le piéger.

Le film se divise en cinq actes. Le premier se termine lors de l’arrivée d’Hutter dans la demeure du comte. Le second se termine après le départ du comte et l’évasion d’Hutter. Le troisième se termine après l’intertitre “le navire de la mort avait un nouveau capitaine”. Le quatrième s’achève avec l’annonce de l’épidémie aux villageois. Le film se termine sur un plan du château en ruine. On peut identifier ces actes à des mouvements. Comme pour une symphonie, ce sont les différents mouvements qui règlent les émotions du spectateur. Les deux premiers actes installent la peur, le troisième accède au stade de la terreur, et c’est donc avec une terreur impitoyable que le spectateur assiste aux deux derniers. Le happy-end n’est pas total, car si le monstre est vaincu, quel prix a-t-il fallu payer ? Le final, avec la mort d’Ellen laisse au spectateur un goût de tristesse, mais aussi d’espoir. D’espoir car malgré l’atmosphère pessimiste et inquiétante du film, le monstre est anéanti, ce qui laisse supposer au spectateur que le mal, quel qu’il soit, peut toujours être terrassé.

C’est à l’acteur allemand Max Schreck que revient l’insigne honneur de la première interprétation du monstre au cinéma. Celui-ci aura incarné, de l’avis presque unanime, la version la plus repoussante et cauchemardesque d’un personnage que Stoker lui-même présentait pourtant comme fort, imposant et robuste. Le Nosferatu de Schreck est au contraire hideux, voûté et squelettique, suscitant frayeur et répulsion par son allure grotesque, aux antipodes des interprétations plus élégantes de ceux qui prendront la relève (de Bela Lugosi jusqu’à Gary Oldman). Il est en cela un personnage typique de l’imaginaire cauchemardesque expressionniste et la marque personnelle donnée par Murnau, très près des personnages morbides de Walter Munch(cf Le cri). Les rumeurs superstitieuses qui ont entouré l’identité de Max Schreck (soulignant le fait qu’il serait un véritable vampire) étaient bien sûr inventées de toutes pièces et destinées à assurer le succès du film. Le film Shadow of the Vampire (avec john Malkovitch et Willem Dafoe) est d’ailleurs entièrement construit autour de ce mythe. Schreck, dont c’est bien le nom authentique (le mot signifie "effroi", belle prédestination !), est un acteur qui a fait sa marque dans plus d’une vingtaine de pièces de théâtre et de films des années vingt. Le seul rôle de Nosferatu lui aura assuré pérennité, sa technique de jeu devenant illico un des emblèmes de mouvement expressionniste. Et son interprétation repoussante et fascinante à la fois est inscrite à jamais dans l’histoire du cinéma. Klaus Kinski et Willem Dafoe lui auront rendu un impressionnant hommage.


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