Critique de film

Noir et Blanc

"Noir et Blanc"
affiche du film
  • Genre : Drame, Perversion/Sadisme
  • Année de production : 1986
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Claire Devers
  • Pays d'origine : France
  • Durée : 1h20
  • Scénariste : Claire Devers, Tennessee Williams
  • Musique : Jonathan Liebling
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Catherine Belkhodja, Marc Berman, Arnaud Carbonnier, Isaach De Bankolé, Francis Frappat, Joséphine Fresson, Christophe Galland, Jacques Martial
  • Récompenses : Caméra d'Or au Festival de Cannes 1986
    Nominé dans la catégorie Meilleure première réalisation aux Césars 1987
    Meilleur long-métrage au Torino International Festival of Young Cinema 1986

Antoine est un jeune comptable timide, qui, en effectuant une mission dans un centre sportif, accepte les séances de massage que le directeur de l’établissement lui conseille. Il rencontre un masseur noir, qui à son contact se découvre sadique. Il ira jusqu’au bout de ce rapport sadomasochiste.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Noir et blanc - Fais-moi mal, Johnny
Par : Seb Lecocq


Diffusé dans le cadre des « Pépites de l’Etrange Festival », ce film signé Claire Devers est pratiquement invisible aujourd’hui et c’est bien dommage. Pas parce que le film est un chef-d’œuvre mais parce qu’un film français qui aborde le sadomasochisme c’est rare, mais lorsque celui-ci est homosexuel, là, c’est carrément précieux. Toutefois point d’"enflammassions" car si, à la lecture du pitch, on est en droit de s’attendre à du lourd genre une version gay de Flower And Snake, le présent film emprunte d’autres chemins. En l’occurrence, ceux, plus balisés, plus respectables, du film d’auteur tendance Nouvelle Vague qui fait mouiller tous les assidus des cafés philosophiques germanopratins. Bon sous bien des aspects, Noir et blanc s’avère une expérience frustante et laisse un goût âcre de trop peu, voire même l’impression que la réalisatrice la joue petit bras et se défile devant l’ampleur et le côté tabou de son sujet. Imaginez un peu : une relation SM. Homosexuelle. Interraciale. Ca fait beaucoup pour un seul film et une seule personne. Claire Devers tourne autour du pot, autour de son sujet sans jamais l’affronter frontalement. Tout est dans la suggestion, la psyché des personnages et du spectateur plutôt que dans les actes ou l’attaque directe. Koji Wakamatsu aurait certainement tiré un brûlot politique d’un tel scenario...

Ce qui intéresse Devers dans Noir et Blanc, fortement inspiré par une nouvelle de Tennessee Williams, c’est avant tout le personnage d’Antoine, jeune expert comptable timide, routinier et casanier qui, au contact de Dominique, un masseur antillais, va s’ouvrir et se découvrir une passion pour le sadomasochisme. Le masochisme plus précisément. Ce qu’il aime Antoine, c’est de se faire tanner. Doucement au début, par petites doses, puis de plus en plus fort et, avec de plus en plus d’assiduité, il ira retrouver Dominique son bourreau qui deviendra la personne la plus importante de sa vie. Délaissant sa vie de couple et sa petite amie, Antoine ne peut plus vivre sans Dominique. Il ne peut plus vivre sans la douleur. Mais s’il s’ouvre à la douleur, Antoine s’ouvre avant tout à lui-même et découvre ainsi son propre être. Il tombe le masque et dévoile le vrai moi qui sommeillait en lui. Le vernis professionnel et civilisé tombe pour laisser place à un homme neuf, tout entier tourné vers le plaisir de la douleur. Pour montrer cette évolution ou cette chute vers l’Enfer, la réalisatrice opte pour une mise en scène épurée, presque documentaire. Plan fixe, caméra portée, son direct et noir et blanc granuleux, elle ne filme rien d’autre que des personnages et leur quotidien sans jamais maquiller celui-ci. Tout semble très ordinaire, rangé, propre. Pourtant, plus l’histoire progresse, plus Antoine laisse tomber ses inhibitions, plus les décors et la mise en scène se font glauques et négligés. La dernière séquence, révélatrice, s’orne carrément d’oripeaux fantastiques et rappelle le gothique italien ou le baroque anglais avec ses nuits noires et son brouillard épais.

Malgré son caractère trop timoré et auteurisant, Noir et Blanc n’en reste pas moins un film troublant par bien des aspects. Son esthétisme réaliste et son noir et blanc, son rapport à la nudité. Car, si la réalisatrice ne montre à aucun moment la violence des actes mais laisse place à la suggestion, niveau nudité le constat est différent : Antoine se retrouve vite entièrement nu face à Dominique comme pour symboliser sa mue et son absence de défense. Que dire des mains noires de Dominque massant puis martelant sans retenue le corps meurtri d’Antoine. Des images qui parviennent à jeter le trouble et qui possèdent un côté malsain de par leur absence de filtre et leur crudité. Jouant habilement avec la bande son, Claire Devers nous fait deviner, via les cris et gémissements d’Antoine, la souffrance mêlée de jouissance de ce dernier. L’œuvre, d’ailleurs, se clôt sur un cri, celui d’Antoine. Tout un symbole.


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