Critique de film

Nevrose: La chute de la maison Usher

"Revenge in the House of Usher"
affiche du film
  • Genre : Thriller psychologique
  • Année de production : 1982
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Jesus Franco
  • Pays d'origine : Espagne/France
  • Durée : 1h33
  • Scénariste : Edgar Allan Poe, Jesus Franco
  • Musique : Daniel White, Jesus Franco
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Howard Vernon, Antonio Mayans, Lina Romay, Daniel White, Françoise Blanchard, Analía Ivars, Olivier Mathot, Jean Tolzac,...
  • Récompenses : Aucune

Dans la maison Usher, tous les habitants sont frappés par une ancienne malédiction familiale. C'est ce que va découvrir le voyageur Alan Harker...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Névrose : la chute de la maison Usher - Un Franco plus en forme que d’habitude !
Par : Quentin Meignant




Jess Franco, homme aux 187 films (en 50 ans seulement !) et véritable égérie (hélas pour lui !) de la bien pâle société de production Eurociné, nous revient encore une fois avec un film extrêmement décrié. Comme pour la majorité de ses métrages, l’ami Jess a dû fignoler une adaptation de Sir Edgar Allan Poe avec des fonds de tiroir ! Merci Eurociné : artisanat ne veut pas non plus dire esclavagisme !

Que l’on aime ou que l’on déteste Franco, le cinéaste ne laisse jamais indifférent. Ses pires détracteurs (dont je ne suis pas loin de faire partie) se procurent tout de même ses films (même les plus rares) à grands coups de billets verts (ou bleus ou jaunes, c’est énervant l’Euro !) Bref, du moment que l’on parle de lui, le joyeux réalisateur espagnol est content et il s’applique d’ailleurs à cet état de fait depuis plus de 50 ans !

Névrose : la chute de la maison Usher est l’occasion de voir ce que Franco vaut quand il a un scénario plus que potable sous la main. En effet, La chute de la maison Usher est un classique du cinéma de genre. L’œuvre originale d’Edgar Allan Poe a déjà bénéficié de 9 adaptations à l’écran, certaines étant affreusement mauvaises (comme celle de James L. Conway en 1982), d’autres étant carrément historiques (comme celle de Roger Corman en 1960).

Selon ses dires, Franco espère faire « de l’expressionnisme par l’expressionnisme » grâce à ce film. Passé maître dans l’art de dire tout et n’importe quoi, il faut se méfier d’emblée de ces dires. En effet, durant tout le métrage, on ne trouve que très peu de traces de ce courant pictural. Par contre, le gothique est présent. On ne peut néanmoins pas dire qu’il est très réussi.

Les scènes sombres du magnifique château sont mises en alternance avec des séquences tournées sur un fond blanc éclatant. Très choquants pour les yeux, ces changements de ton entraînent un désaveu total d’un gothique pourtant fameusement aidé par des décors (pour une fois) réussis !

Rares sont les films où Franco disposait d’un tel outil de travail : tout du château jusqu’au bar à putes respire une certaine authenticité. Contrairement aux trois palmiers dont il jouissait dans L’abîme des morts-vivants pour mettre en scène une oasis, Franco n’a ici aucune excuse : la qualité du décor et de la photographie est supérieure à tout ce qu’il avait connu jusque là…

Et pourtant, dès le début, on sent que Franco va encore retomber dans ses travers. Les premières séquences arrivent comme un cheveu dans la soupe et ne sont pas explicites. Le spectateur se trouve donc déjà en dehors d’une intrigue qui, pourtant, a l’air un peu mieux emmanchée (merci Poe !) Ensuite, après un enchaînement abracadabrantesque, on a droit à une terrible chute de tension dans l’intrigue dotée d’une dramaturgie à deux sous !

Les dialogues sont, trois quart du temps incompréhensibles ! Entre Morpho le défiguré qui ne sait guère articuler plus de trois mots et Roderic Usher plongeant complètement dans la folie, Franco perd son latin (ou plutôt son français) et les scènes ne riment plus à rien. De plus, on constate d’emblée que le maquillage n’aura pas été le point fort de la production : Morpho est doté d’une sorte de masque qui ressemble plus à un déguisement pour enfant qu’à une fabrication maison.

Ensuite, la folie de Usher est trop réaliste que pour être portée à l’écran de la sorte. On ne peut qu’encenser les idées trouvées par Franco pour illustrer la folie du vieil homme mais, malheureusement, cela rend l’ensemble du propos totalement incompréhensible !

Le flou règne aussi lorsque l’on parle du personnage de Morpho. Qui est-il ? D’où vient-il ? Que lui est-il arrivé ? Autant de questions qui resteront sans réponses tant Franco s’est montré brouillon dans l’écriture de son scénario.

La musique est, comme à l’habitude, excessivement mauvaise et énervante ! Pour une fois, Franco a lâché son habituel synthétiseur pour ce qu’on croit être une … bouilloire ! L’utilisation de ces sonorités bizarres est une fois de plus complètement chaotique avec des coupures choquantes et des reprises qui le sont encore plus…

Bien sûr, comme dans toutes les œuvres du réalisateur ibère, l’érotisme est bien présent mais, une fois n’est pas coutume, ce dernier est ici refoulé. L’image des filles en cage évoque clairement les pulsions de Franco sans pour autant que cela aboutisse à une scène de nu. C’est donc une prouesse dont Franco nous gratifie et qui nous fait échapper à une nouvelle scène ridicule.

Ce bon point est rejoint par d’autres, assez rares pour Franco. Ainsi, la maîtrise du noir et blanc est excellente et cela rend les souvenir d’Usher bien plus agréables à suivre que son présent. La qualité de l’image est exceptionnelle et le réalisateur peut se targuer d’avoir installé une ambiance comme rarement il l’avait fait auparavant !

Le parallélisme entre le vieux Roderic Usher et son château est lui aussi totalement réussi et donne une touche d’authenticité au film. On attend avec impatience que le château s’écroule en même temps que son maître et, pour une fois, ce n’est pas pour en finir avec le film et aller le jeter à la poubelle !

On peut néanmoins regretter que Franco édulcore toujours tant et plus ses films : pas une seule goutte de sang ne sera montrée durant 1h30 ! Le montage gâche pas mal d’effets qui auraient pu être d’un très bon gore. L’ami Jess a sans doute trop joué avec la censure et cela lui joue désormais des tours !

La prestation d’Howard Vernon, véritable coqueluche de Franco, est elle aussi à mettre au rang des réussites ! Pour une fois, l’acteur suisse, habitué à jouer les vieux pervers, offre une prestation à la hauteur d’un talent trop souvent inexploité ! Le réalisme de la folie que Franco a réussi à donner à Roderic Usher est visible grâce à une interprétation sans faille de l’acteur !

Bref, encore une fois, Franco a alterné le bon et le très mauvais ! Il prouve encore une fois qu’il est un modeste artisan d’un genre qui ne retiendra son nom que pour le nombre de ses films. Néanmoins, cette œuvre, pourtant détruite par le public, mérite amplement une étoile grâce à des qualités rares venant du réalisateur ibère.

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