Critique de film

Metropolis

"Metropolis"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction
  • Année de production : 1927
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Fritz Lang
  • Pays d'origine : Allemagne
  • Durée : 2h03
  • Budget : 1 300 000 Reichsmarks
  • Scénariste : Thea von Harbou
  • Musique : Gottfried Huppertz
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Brigitte Helm, Alfred Abel, Gustave Froehlich, Rudolf Klein-Rogge, Fritz Rasp, Theodor Loos
  • Récompenses : Classé par l'UNESCO

Des ouvriers travaillent dans les souterrains d'une fabuleuse métropole de l'an 2000. Ils assurent le bonheur des nantis qui vivent dans les jardins suspendus de la ville. Un androïde mène les ouvriers vers la révolte...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Metropolis - Lang visionnaire
Par : Damien Taymans


En 2026, l’industriel Joh Fredersen dirige une gigantesque ville construite entièrement à la verticale séparée en deux : en haut, le quartier des puissants, en bas celui des travailleurs. Son fils Freder s’aventure dans les entrailles de la cité et découvre que des ouvriers se tuent à la tâche toute la journée pour permettre à Metropolis de perdurer. C’est également dans ces lieux qu’il fait la connaissance de Maria, jeune femme engagée qui prêche l’espoir et fait naître chez ses frères une espérance d’amélioration de vie lorsque le médiateur débarquera pour les sauver. Mais retranché dans sa sombre demeure, un savant fou enlève Maria pour donner son apparence séduisante à un robot qu’il a conçu et auquel il ordonne de soulever les ouvriers pour détruire la ville…

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne est en proie à de multiples crises politiques et sociales, à l’inflation et au chômage. La création artistique, quant à elle, se voit libérée et en profite pour battre son plein, se déversant notamment dans une nouvelle tendance à la mode : l’expressionnisme. Après avoir conquis les domaines pictural et littéraire, l’expressionnisme touche le septième art, devenu pour beaucoup le meilleur moyen de lutter contre l’art élitiste progressiste et le divertissement de masse réactionnaire. En 1920 naît Le Cabinet du docteur Caligari qui use de nombre d’artifices pour imposer son style propre (décors en trompe-l’œil, fausses perspectives, gestuelles extrêmement stylisées, cadrages obliques, éclairages dramatiques, maquillages surfaits, …). Le fantastique cinématographique se développe dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres en dressant le portrait de monstres, légendaires ou mythiques (Le Golem) et des héros germaniques. Une nuit de 1924, dans un voyage effectué en Amérique avec Pommer, magnat des studios allemands Ufa, Lang est subjugué par l’architecture newyorkaise, aux contours géométriques et aux élévations unanimement verticales, des décors atypiques qui retrouveront un alter ego dans les bâtiments de Metropolis représentant un monde futuriste à l’instar des Amériques en avance sur leur temps.

Comme dans Nosferatu et Caligari, l’architecture joue ici un rôle prépondérant, devenant un personnage à part entière, stigmatisant l’organisation draconienne de la cité qui trouve également une correspondance du côté de la foule d’esclaves aux démarches robotiques qui se déverse en longues rangées monotones avec une précision millimétrée. En ce sens, Metropolis semble davantage s’attacher à dépeindre la situation du Nouveau Monde dont les masses se retrouvent écrasées par le pouvoir d’un capitalisme grandissant qu’à stigmatiser les dérives sociétales germaniques post-1918. La société de Metropolis, à l’instar de celle outre-Atlantique, est construite sur une opposition entre bourgeoisie et prolétariat, antagonisme soutenu par de nombreux éléments : le cadre de vie (les quartiers rayonnants et spacieux d’en haut et les maisonnettes resserrées du bas), les apparences (les riches sont épanouis comme l’illustre l’image christique de Freder dans les Jardins éternels tandis que les pauvres semblent bien ternes et se voient vêtus à l’identique) et les activités (oisives pour les bourgeois et inexistantes pour les prolétaires). Renvoyant à de nombreux mythes (comme la métaphore de la tour de Babel conté par Maria), le scénario édifié par Theo von Harbou, l’épouse de Lang, accumule les points de dissension entre les deux classes en les confinant dans un rôle particulier : les ouvriers sont les mains, Fredersen et le scientifique sont les cerveaux tandis que l’élément essentiel (le cœur représenté par le médiateur à savoir Freder) manque pour l’équilibre de la cité.

Bien plus qu’une simple fable moralisatrice à dessein sociologique, Metropolis vaut aussi et surtout pour son introduction de thèmes qui seront constitutifs de nombre d’œuvres science-fictionnelles futures, à savoir l’intelligence artificielle (l’androïde Futura créée à l’image de l’homme qui échappe rapidement au contrôle de son créateur) et la perte du contrôle de l’humain sur les créations technologiques (une thématique largement exploitée qui fut à l’origine de la paranoïa réac’ post-1945). Metropolis ne se voit en rien altérée par le poids des années qui se sont déversées : il conserve son statut d’œuvre fondamentale, de pierre angulaire autant du cinéma expressionniste allemand (dont elle est un des derniers représentants) que du patrimoine artistique mondial (accessit stigmatisé par l’UNESCO notamment).

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