Critique de film

Memories of Murder

"Salinui chueok"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 2003
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Joon-ho Bong
  • Pays d'origine : Corée du Sud
  • Durée : 2h08
  • Scénariste : Joon-ho Bong, Kwang-rim Kim, Sung Bo Shim
  • Musique : Tarô Iwashiro
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Kang-ho Song, Sang-kyung Kim, Roe-ha Kim, Jae-ho Song, Hie-bong Byeon, Seo-hie Ko, No-shik Park, Hae-il Park, Jong-ryol Choi, Mi-seon Jeon
  • Récompenses : Prix de l'Audience, Grand prix, Prix Médiathèques et Prix spécial de la Police au festival du film policier de Cognac (2004)
    Grand Bell Awards du Meilleur acteur (Kang-ho Song), Meilleur réalisateur et Meilleur film en 2003
    Prix du Meilleur nouveau réalisateur, FIPRESCI Prize et Silver Seashell au festival de San Sebastian (2003)
    Nominé au Golden Seashell au festival de San Sebastian (2003)

En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n'a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d'actes commis par un serial killer grandit de jour en jour. Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Memories of murder - Country killer
Par : Seb Lecocq




Lors de sa sortie en Europe, toute la critique a comparé le film de Bong Joon-ho au Seven de David Fincher sur son simple postulat de départ : deux flics traquant un serial killer. Mais si on y regarde de plus près, les deux films n’ont strictement rien avoir l’un avec l’autre. Quitte à le comparer à un autre film autant prendre le Zodiac du même Fincher. En effet, les deux films partagent le même souci du détail, une mise en scène naturaliste, une certaine sobriété de l’ensemble et les réactions d’une communauté face à la menace. Mais bon, cessons immédiatement le petit jeu de comparaison tant Memories of Murder se suffit à lui-même et ne ressemble finalement que peu au polar américain. Depuis le succès de The Host, Bong Joon-ho est mondialement reconnu à défaut d’être connu, mais à l’époque seuls les aficionados de cinéma asiatique avaient entendu le nom du réal via son premier film Barking Dog Never Bite, comédie de moeurs assez grinçante. Il va s’en dire que lors de sa projection, Memories Of Murdera créé le buzz et s’est vite taillé une réputation de bête de festival après son passage à Cognac.

Memories of Murder s’inspire de faits réels datant des années quatre-vingts et narre la traque du premier serial killer coréen par une police complètement dépassée et inadaptée. La particularité de cette histoire est que, dans la réalité, le tueur a mystérieusement cessé ses meurtres et n’a jamais été arrêté (autre point commun avec le célèbre Zodiac). Mais à la différence de nombres de ses prédécesseurs, ce n’est pas tant le tueur qui fascine Bong mais plutôt les forces de polices et leurs méthodes. L’histoire du film se déroule durant les eighties et à cette époque, les Experts et leur arsenal hyper technologique n’existait pas encore, les enquêtes se menaient à l’ancienne, à savoir à coups d’interrogatoires musclés, de filatures peu discrètes et de tatanes dans la gueule des plus faibles à coups d’annuaires téléphoniques. Les deux anti-héros du film sont des flics bien de leur époque : gouailleur, peu scrupuleux qui frappent d’abord et posent leurs questions ensuite. Certes, les personnages ne sont guère reluisants et l’image de la police en prend un coup mais, entendons-nous bien, Bong ne livre pas ici un plaidoyer à l’encontre des bavures et des violences policières mais plutôt une peinture réaliste des méthodes d’investigation d’équipes policières davantage désireuses de boucler leur enquête que de connaître la véracité des faits.

Comme toujours dans les films du réalisateur passe avant toute chose son pays, la Corée, dont il décrit les problèmes sociétaux et les inégalités qui y font rage. Si dans The Host, il mettait en lumière la passivité et la soumission de son gouvernement, il met en avant avec Memories l’intimidation et la violence de la société coréenne envers les plus faibles, symbolisés par l’acharnement des deux flics sur un attardé mental bombardé coupable sans aucune preuve tangible. Pour autant, Memories of Murder n’est pas un brûlot politique mais surtout une vraie expérience de cinéma. Mise en scène, photographie, interprétation, bande-son, chaque composante du film est conçue en vue d’une démarche esthétique témoignant de l’incroyable capacité de Bong Joon ho à mêler un fond solide et une forme exceptionnellement maîtrisée.

Tout à la fois satire sociale et polar musclé, Memories of Murder est une bande qui marque les esprits par sa maîtrise formelle et son ambiance mélancolique et désabusée. La scène d’introduction résume d’ailleurs à elle seule toute cette ambivalence : un magnifique paysage fleuri de la campagne coréenne avant que la camera ne plonge sur un cadavre gisant dans les égouts. Voilà tout le talent de Bong Joon ho résumé dans un seul plan.

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