Critique de film

Masks

"Masks"
affiche du film
  • Genre : Giallo
  • Année de production : 2011
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Andreas Marschall
  • Pays d'origine : Allemagne
  • Durée : 1h52
  • Scénariste : Andreas Marschall
  • Musique : Sebastian Levermann, Nils Weise
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  • Bande annonce
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  • Casting : Michael Balaun, Lucyna Bialy, Lisa Blaschke, Franziska Breite, Zübeyde Bulut
  • Récompenses : Aucune

Stella, ambitieuse comédienne étudiante, est acceptée à la mystérieuse école Mateusz Gdula. La fondatrice de cette école s’est suicidée quand ses méthodes particulières d’apprentissage ont été interdites, suite à la mort de plusieurs étudiantes dans les années 70. D’étranges évènements se déroulent dans l’aile abandonnée de l’école, et Stella pense que la méthode Gdula est toujours enseignée. Elle va tenter d’y participer à tout prix…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Masks - Le fantôme de l’opéra
Par : Maureen Lepers




Lauréat de L’œil Fantastique et du prix Ciné Premier lors de la première édition du PIFFF en novembre 2011, Masks, deuxième long métrage de l’allemand Andreas Marschall met en scène Stella, enfant stellaire, blonde pulpeuse et lisse, que les rêves d’actrice conduisent à intégrer une école mystérieuse aux méthodes particulièrement douteuses.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le giallo était à l’honneur en ces 5 jours brumeux de festival, puisque trois films, Cassadaga, Blind Alley et Masks, lui ont chacun rendu hommage, et de façon singulière. Si Blind Alley distille en 1h15 une relecture de la scène centrale de L’Oiseau Au Plumage de Cristal, c’est à un autre chef-d’œuvre de Dario Argento que se confronte Andreas Marshall, le très culte Suspiria. Fervent admirateur du maitre italien et du genre qu’il a aidé à iconiser, le réalisateur allemand entend à première vue dans Masks livrer sa propre version d’un film dont l’imagerie l’a visiblement marqué, en en épousant ainsi la forme et le canevas mythique. Ouvertures jumelles, siamoises dirait-on, tant l’une puise dans l’autre son souffle le plus primaire et le plus douloureux, les films se répondent également dans la chair même de leurs images, alors qu’Andreas Marschall reproduit des plans entiers de son modèle et en réorchestre le thème pour servir son film. Pour autant, il serait grossier de s’arrêter à cette comparaison facile, et de refuser de creuser, d’éprouver les tripes de l’exercice de style pour en faire surgir la quintessence. Plus qu’une relecture de Suspiria, Masks figure plutôt la marque d’un cinéma hanté, contaminé peut être, que le giallo culte vient habiter comme un spectre. Il y a moins ici, pour le cinéaste, la volonté d’officieusement remaker le long métrage italien, que d’offrir à son public ce qu’il en reste, ou mieux, ce qu’il lui en reste, ouvrant ainsi la porte d’un cinéma nostalgique, voire mélancolique auquel l’ingestion cannibale apporte un semblant de (ré)confort. Ne pouvant devenir l’autre - ce film qu’il a tant chéri - il s’agit bien pour le réalisateur de le dévorer jusqu’à le vomir, ou bien de se laisser dévorer, sous peine bien entendu, de disparaitre derrière l’ombre gigantesque de Suzy et de son école de danse. Qui engloutit qui, c’est finalement la question.

Car, quoi qu’on en dise, les influences et les échos sont nombreux à résonner dans Masks, qui n’existe pas seulement dans le sillage de Suspiria. On peut également citer le David Lynch d’Inland Empire et de Blue Velvet, auxquels Marschall emprunte son glissement dans le fantastique, mais également le motif du rideau rouge, clef de la Red Room de Twin Peaks, dont les pans se soulèvent et se baissent sans cesse ici, jusqu’à ce final grandiose qui révèle aux spectateurs les instincts brechtiens du cinéaste.

Blonde et candide, fille monstreuse de Suzy, Laura Palmer et de la Madeleine de Vertigo - autre femme objet à qui l‘on demande de s‘oublier au profit d‘un rôle unique - Stella, avec ses shorts en jeans et ses jambes interminables, raconte dans son corps même la dualité de son personnage : tissées de trop de chairs, enfants de trop de femmes, elle est de fait une actrice ratée, elle qui semble condamnée à n’exister, minuscule, que dans les ruines de celles qui l’ont précédée. Ce que va donc lui apporter la Méthode - cette façon diabolique d’enseigner le théâtre et le jeu dans l’école qu’elle intègre - s‘annonce, en définitive, comme une échappatoire. Affranchie des contraintes académiques, la jeune fille peut par le même coup s’affranchir de ses paires cinématographiques. Cette libération est aussi celle du film qui, sans rompre avec la ligne giallique qu’il tend depuis le début, entend dès à présent s’éloigner d’Argento et de Suspiria. Le supplice de Stella alors est aussi celui du cinéaste qui, désormais, filme une séparation. Aussi déchirante qu’elle soit, cette rupture du réalisateur avec le film-parent, et de Stella avec ses inspiratrices -et de fait, avec elle-même - s’impose cependant comme le premier indice d’une ouverture. Dorénavant, il ne s’agit plus de suivre cette ligne unilatérale d’influences et de correspondances, mais bien d’ouvrir les yeux et de lever la tête pour découvrir ce bout d’espace sacré qu’a fait naitre le rituel - la Méthode - que figure la scène finale et grâce auquel film et personnages peuvent exister. C’est à la lumière de l’effroi et de la souffrance qu’engendre l’accouchement artistique que doit se lire Masks, qui raconte finalement l’histoire terrible d’une re-naissance.


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