Critique de film

Malveillance

"Mientras duermes"
affiche du film
  • Genre : Thriller horrifique
  • Année de production : 2011
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Jaume Balaguero
  • Pays d'origine : Espagne
  • Budget : 15 millions d'euros
  • Scénariste : Alberto Marini
  • Musique : Lucas Vidal
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Luis Tosar, Pep Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan, Carlos Lasarte, Tony Corvillo, Petra Martinez
  • Récompenses :

Marco est le concierge d’un immeuble de Barcelone. Les habitants ne lui ont jamais vraiment prêté attention. Ils auraient pourtant dû car Marco sait beaucoup de choses sur leurs vies et leurs habitudes…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Malveillance - Ave césar
Par : Seb Lecocq


Après les récréations et les expérimentations de Rec et Rec 2 accompagné de son compère Paco Plaza, Jaume Balaguero revient aux affaires en solo avec Mientras Duerme (qu’on pourrait traduire basiquement par Pendant que tu dors) qui, en France, sortira sous le titre bien pourlingue et fleurant bon la seconde partie de soirée d’NRJ12 de Malveillance (tintintintiiiiiiiin). Cet écueil mis à part, le film est bon voire très bon par moments. Et c’est un mec que le cinéma espagnol laisse d’ordinaire très froid qui parle. Une fois de plus, Balaguero examine et analyse les origines du Mal véritable, gratuit et désintéressé. Pour ce faire, il se penche sur le cas de Cesar, monsieur Tout-le-monde, concierge d’une résidence d’habitation dans une une grande ville espagnole. Cesar est le type discret, gentil et passant totalement inaperçu. Le genre de personne qu’on rencontre à chaque coin de rue. Mais comme souvent, les gens « sans histoires » sont souvent les plus tordus. Cesar ne fait pas exception à la règle. Son dada à lui ne concerne pas l’agression de petites vieilles, le viol d’enfants ou la torture et le dépeçage des donzelles. Sa passion première est de pourrir la vie de la charmante et pimpante Clara. Oh rien de bien méchant au départ mais, petit à petit, Cesar se fait de plus en plus envahissant.

On l’aura compris, la star de Malveillance, c’est bien entendu Cesar, brillamment interprété par le non moins brillant Luis Tosar (Cell 211) qui a su capter et jouer ce que Stéphane Bourguoin nomme « le masque de normalité », c’est-à-dire cette faculté qu’ont les plus grandes crapules à passer pour des gars sympas. Tosar parvient dès le début à capter un ton, une attitude, une voix qui fait qu’on l’aime bien ce Cesar. On a un peu pitié de lui aussi, on le trouve pathétique aussi. On se dit que c’est un brave type, travailleur et ponctuel, prêt à rendre service. Le début du film, parfaitement maîtrisé, nous présente les deux personnages centraux de l’histoire de façon magistrale avant de tout envoyer bouler et de renverser une situation qu’on pensait établie en cinq minute. Balaguero frappe fort d’entrée de jeu. Cette scène d’ouverture est un modèle d’écriture et de mise en scène qui nous présente tous les enjeux, les personnages et le décor en une poignée de plans. Tout est là, posé, on va maintenant pouvoir entrer dans le vif du sujet. Le réalisateur espagnol reste en terrain connu tant son décor ressemble à celui de REC ou A louer : un immeuble abritant une petite communauté qu’on ne quittera plus. Cet immeuble c’est le monde de César, son terrain de jeu.

Balaguero construit son film avec froideur et méthode. Un peu trop parfois. Le métrage repose sur une mécanique d’écriture impeccable, d’une précision d’horloger suisse, la construction du personnage de César mise en parallèle avec le déconstruction de celui de Clara relève de la perfection. Les deux personnages sont indissociables et intimement liés ; ce qui fait grandir Cesar, détruit à petit feu Clara. L’écriture en devient scientifique et analytique. Mais cette écriture n’est pas assez mise en valeur par la mise en scène qui prend des allures routinières et tarde trop à vraiment entrer dans le vif sujet. L’Ibère installe le spectateur dans une position de témoin certes privilégié mais qui n’est pas toujours impliqué dans le récit. Il y arrive parfois, par intermittence et ces moments-là sont d’énormes moments de flippe. Une scène centrale en particulier confrontant (in)directement Cesar, Clara et un troisième personnage se montre d’une tension hallucinante, un jeu de cache-cache diabolique magnifié par la gestion de l’espace McTiernanienne de l’Espagnol qui pond là les dix minutes les plus angoissantes de l’année. Pour ceux qui se laissent prendre au jeu car, c’est un des problèmes découlant de l’écriture et du style du film en lui-même : la position de voyeur du spectateur. Celui qui ne s’implique pas physiquement dans le film risque de rester sur le bas côté et de suivre l’ensemble comme un excellent exercice de style mais manquant un peu de tripes et de poigne. L’une des dérives constantes du cinéma de Balaguero. Même si on reconnait la patte de l’Espagnol, on remarquera une perversité froide et une cruauté psychologique rappelant le cinéma coréen actuel dans tout ce qu’il a de plus sombre et négatif. Les motivations de Cesar, bien que différentes, rappellent parfois celles de Lee Woo-jin de Old Boy.

Qui n’a jamais éprouvé cette sensation d’être épié, de sentir une présence alors qu’on est seul chez soi ? Balaguero étoffe son œuvre de toute une galerie de personnages secondaires venant rompre le ton et le rythme de Malveillance en distillant des sous-intrigues ou des petits passages humoristiques ou dramatiques (mais jamais gratuits) qui nourrissent le récit et participent à la construction du personnage de Cesar. Une fois de plus, l’écriture rend vivante cette petite communauté qui n’a que quelques minutes de présence à l’écran mais qu’on semble connaître depuis toujours. La photo est elle aussi parfaite, lumineuse et claire pour Clara, sombre et saturée pour César dans un premier temps puis plus uniforme lorsque les deux univers s’entremêlent. Enfin, le score étonne avec ses relents Gobliniens stressants et ses morceaux plus pop tout en rupture de ton.

Balaguero signe là un très bon thriller distillant de grands moments de tension, esthétiquement impeccable et porté par une écriture et un scénario d’une grande intelligence. Seul reproche : un petit manque de tripes et un côté trop froid qui pourra en laisser certains pour le carreau. Malveillance est un film à voir, ne fût-ce que pour l’interprétation du sombre Luis Tosar et de la solaire Marta Etura. Du bon Balaguero, certainement son meilleur film à ce jour qui innove tout en restant proche de ses thématiques habituelles.


Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage