Critique de film

Little from the Fish Shop

"Malá z rybárny"
affiche du film
  • Genre : Animation
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : République tchèque, Slovaquie, Allemagne
  • Durée : 1h12
  • Musique : Chapelier Fou, Yann Tiersen
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Contraints de quitter l'océan, le roi de la mer et sa famille s’installent parmi les humains au cœur du vieux port. Il y ouvre une poissonnerie avec l’aide de ses trois filles. Un jour, entre un dandy aussi charmeur que roublard, qui séduit immédiatement la plus jeune... au grand dam de son père. Une interprétation moderne et réaliste de La Petite Sirène par un grand maître tchèque de la stop motion.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Little from the Fish Shop - La sirène et le maquereau
Par : Nicolas Zinque








Disney a un tel monopole (en matière de visibilité) sur l’adaptation des contes de fées qu’on oublierait presque que ceux-ci sont loin d’être aussi gentillets que dans la représentation que nous en avons aujourd’hui. Prenez La Petite sirène. Selon Andersen, point de « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants » : la pauvre connaît un destin tragique et ne finit pas au bras de son prince charmant, ce dernier épousant une autre femme… Dans son Little from the Fish Shop, le réalisateur tchèque Jan Balej propose une adaptation fidèle à l’esprit du conte mais en le transposant dans notre temps.

Impuissant devant la dévastation des fonds sous-marins, le Roi de la mer part s’installer parmi les hommes où il se voit contraint d’ouvrir une poissonnerie dans un port crasseux. Sa fille, « Petite », attend avec impatience ses 16 ans afin de pouvoir sortir du magasin et « parcourir » le monde. En guise de prince charmant, elle trouve J. J. Bogan. Individu peu recommandable, il est tenant d’un bar à strip-tease et proxénète. Autant dire que l’amour innocent de Petite n’en sortira pas indemne…

Balej ne s’éloigne pas seulement de la production Disney par la noirceur de l’histoire, mais aussi et surtout par le mode de production et la technique employée. A l’opposé du tout numérique, il s’appuie sur une production artisanale et s’inscrit dans la tradition tchèque (mondialement reconnue) de la marionnette animée en stop motion. Ici, presque tout est fait à la main, la plupart du temps par un seul animateur : Michael Carrington. Les « gueules cassées » des personnages n’ont rien de lisse (au sens propre comme au figuré), tout comme le décor. Un vrai travail d’orfèvrerie, parfois terni par les quelques effets digitaux (des effets de fumées et d’eau, notamment), pas mauvais en soi mais dont l’intégration est un peu trop visible. En ce qui concerne l’esthétique du film, il est avant tout question de sensibilité (ou pas) à l’usage de ce type de marionnettes et à la stop motion, avec ses qualités et ses défauts. Sans atteindre la virtuosité (ni le budget…) d’un Tim Burton, le réalisateur livre un ouvrage d’une belle qualité artistique et technique, malgré quelques imperfections (des saccades trop visibles, par exemple). L’univers est parachevé par un travail minutieux accordé à l’ambiance sonore. Il est assez étonnant d’entendre un musicien comme Chapelier Fou (un artiste français) dans ce projet !
Le défaut de l’œuvre se situe plutôt dans la narration. Balej a choisi de ne pas faire parler ses personnages (ceux-ci s’exprimant par des cris et bruitages), mais il ne fait pas suffisamment confiance à leur expressivité visuelle (pourtant tout à fait juste) et s’encombre d’une voix off un peu trop bavarde. Celle-ci fait régulièrement redondance avec des actions à l’écran, ou nous fournit des informations temporelles non nécessaires. A un niveau plus problématique, on regrettera que le réalisateur reste très superficiel dans sa transposition du conte dans notre époque. Il actualise le décor et se borne à l’adapter littéralement, sans affirmer son point de vue et sans chercher à en donner une véritable interprétation moderne.

On aurait aimé que Balej soit un peu plus audacieux dans son actualisation du conte, mais Little from the Fish Shop n’en reste pas moins enchanteur, à sa manière. Il ravira les fans de marionnettes et de stop motion, techniques dont il se fait un honnête ambassadeur.


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