Critique de film

Les Yeux de Julia

"Los Ojos de Julia"
affiche du film
  • Genre : Thriller horrifique
  • Année de production : 2010
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Guillem Morales
  • Pays d'origine : Espagne
  • Scénariste : Oriol Paulo, Guillem Morales
  • Musique : Fernando Velázquez
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  • Bande annonce
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  • Casting : Francesc Orella, Boris Ruiz, Daniel Grao, Belèn Rueda, Lluís Homar, Clara Segura, Andrea Hermosa, Julia Gutiérrez Caba, Dani Codina,...
  • Récompenses :

Julia est une femme souffrant d’une maladie de dégénérescence des yeux, dont la sœur jumelle, déjà aveugle, est retrouvée morte pendu dans son sous-sol. Julia, certaine qu’il s’agit d’un meurtre, mène l’enquête et suit la trace d’une mystérieuse et invisible présence. Alors qu’elle s’approche de la vérité, Julia perd de plus en plus la vue, et les morts se multiplient…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les yeux de Julia - Ouvre les yeux
Par : Damien Taymans


Quand Julia découvre que sa jumelle, Sara, s’est suicidée suite à l’opération censée la libérer de sa cécité, le doute l’habite. Bien loin de s’installer dans la queue de ceux qui prétendent que la défunte était dépressive, elle décide de mener l’enquête de son propre côté. Au fil de sa progression, elle découvre que sa soeurette entretenait une relation avec un homme dont personne ne se remémore le visage (les cons !). A l’exception d’un concierge qui affirme qu’il s’agit d’un être de l’ombre... (NB : il est conseillé de relire ce paragraphe et d’y déceler les symboles phalliques).

Trois ans après L’orphelinat, la boîte de prod Rodar y Rodar et Guillermo del Toro chapeautent une nouvelle incursion fantastique ibère avec dans le rôle principal la sensuelle Belen Rueda. Les yeux de Julia, le deuxième long métrage de Guillem Morales (après El habitante incierto, toujours inédit chez nous) aborde la cécité sous un angle nouveau, puisque, au contraire de Terreur aveugle de Fleischer, de Blink de (Michael Apted) ou de la saga The eye, l’héroïne est frappée par une maladie dégénérative qui lui fait perdre progressivement la vue. Le scénario de Morales et d’Oriol Paulo force l’introspection, provoquant une empathie aussi émotionnelle que sensitive avec ce personnage fragile qui s’enfonce de plus en plus dans un univers embrumé au sein duquel se trouve une réalité paradoxalement invisible à l’oeil nu.

Le prodige des Yeux de Julia, outre l’ambiance terriblement anxiogène soutenue par la photographie d’Oscar Fauro (Abandonnée) et les interprétations magistrales de son casting, tient justement à ce scénario qui s’attache à dépeindre un voyage dans les ténèbres physiques et émotionnelles en recourant à un symbolisme puissant, à la manière des gialli d’Argento et Bava (Ténèbres, Profondo rosso) dont il semble s’inspirer, et en jouant sans cesse sur des antagonismes forts : visible et invisible, vision réelle et fantasmée, altruisme et manipulation. A cet égard, la scène du vestiaire où l’héroïne épie les conversations de jeunes filles aveugles atteste de cette quête sensitive perpétuelle menée par Morales : s’émancipant des lois physiques, l’invisible finit ici par devenir visible dans un monde où les perceptions se matérialisent différemment.

A l’instar de l’héroïne, on navigue dans le brouillard au sein de ce script volontairement alambiqué, on est surpris à chaque nouveau virage. Jusqu’à une conclusion positiviste des plus bluffante. Morales triture les codes, renverse les valeurs, créant l’angoisse claustro sans forcer le resserrement, éclairant l’intrigue en multipliant les hors-champs. En clair il signe un thriller psychologique héritier des meilleurs gialli ritals qui s’inscrit d’emblée dans la lignée des films d’angoisse du maître Hitchcock.


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