Critique de film

Proies (Les)

"El Rey de la Montana"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 2007
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Gonzalo Lopez-Gallego
  • Pays d'origine : Espagne
  • Durée : 1h30
  • Scénariste : Javier Gullon & Gonzalo Lopez-Gallego
  • Musique : David Crespo
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Leonardo Sbaraglia, Maria Valverde, Thomas Riordan, Andres Juste, Pablo Menasanch,…
  • Récompenses : aucune

Quim roule dans une région isolée, le long dâ

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les proies -
Par : Chroniqueurs


Par Colqhoun

Un survival montagnard espagnol, ça vous dit ? On est d’accord, la mode du survival commence gentiment à tourner en rond et les histoires de djeuns débiles qui se font pourchasser par des bouseux hardcore équipés de moult armes tranchantes a largement atteint ses limites. Néanmoins, si l’on dépasse la volonté basique de balancer de la tripaille à l’écran et de montrer des bonasses blondasses se faire charcuter par des paysans en rut, le survival, genre ultra balisé s’il en est, peut réserver de nombreuses surprises s’il est traité intelligemment. El Rey de la Montaña (Les Proies en vf, bonjour l’originalité) est clairement de cette catégorie et nous prouve une fois de plus que le cinéma de genre espagnol est en forme (et ne porte en tout cas pas le nom de Jaume Balaguero, qu’on se le dise !).

Quim (Leonardo Sbaraglia, que l’on a pu croiser dans le très bon Intacto de Juan Carlos 28 weeks later Fresnadillo) roule dans une région rurale de l’Espagne pour aller retrouver son ex-copine et tenter de la reconquérir. Alors qu’il roule dans les montagnes, il se fait tirer dessus à plusieurs reprises. Dans sa fuite, il tombe sur Bea, une jeune fille croisée quelques heures auparavant dans une station service. Malgré d’évidentes tensions entre eux, ils seront obligés de faire équipe pour fuir les balles de ce chasseur bien décidé à les éliminer comme du gibier.

Avant de continuer plus loin, il me semble important de mettre en garde le lecteur quand à la suite de ce texte et les quelques révélations qu’il pourrait contenir. En effet, difficile de ne pas parler du propos du film sans en dévoiler certains éléments-clé. Libre à vous de continuer votre lecture ou de passer votre chemin si vous désirez découvrir ce film vierge de tout commentaire.

Dès le début, El Rey de la Montaña se démarque par une réalisation classieuse et imposante, accompagnée par la musique envoûtante de David Crespo. Caméra aérienne qui écrase ses personnages dans le décor, les fait disparaître dans cet environnement sauvage. La photo rappelle les 70’s dans ses tons quasi-délavés et cette pellicule granuleuse. Sans jamais chercher à s’emballer dans l’action, le film prend son temps, se déroule lentement et impose une menace sourde qui cerne de toutes parts les deux victimes, pour, de temps à autre, basculer dans une violence brut de décoffrage. Il faut dire que le réalisateur n’en est pas à son premier coup d’essai, Les Proies étant son 3ème film. Pendant une bonne heure nous collons aux basques (la blague facile) de Quim et Bea, sans jamais comprendre les motivations de l’assaillant ni même savoir à quoi il peut ressembler. C’est alors que le film opère soudainement un changement de point de vue et nous permet alors de saisir toute l’ampleur de son propos et comprendre pleinement les choix de réalisation. Mais c’est là aussi que le bât blesse.

En effet le film se transforme alors en une sorte de grand jeu vidéo live, à mi-chemin entre le FPS (First Person Shooter) et le RPG (Role Playing Game). Le problème de cette approche est qu’elle donne au film un ton presque sentencieux. Une manière de pointer du doigt les dérives de la violence des jeux vidéos. Et même si l’on comprend bien que le réalisateur ne veut surtout pas appuyer sur cet embryon de réflexion, de par ce que l’on a vu jusque-là, le film se retrouve quasiment prisonnier de ce discours moralisateur (même si après lecture d’une interview du réalisateur on comprend bien que sa volonté n’était pas de faire de son film une attaque en règle contre les jeux-vidéos, le bonhomme étant lui-même un gamer aguerri). Pas totalement convaincant donc. Mais le travail visuel et la conclusion coup de poing permettent de minimiser cette petite erreur de parcours.

El Rey de la Montaña, en dépit d’un certain manque de rigueur scénaristique dans sa deuxième partie, reste avant tout un survival exemplaire et totalement efficace. Un film qui prend la peine de développer ses personnages avec intelligence, évitant tout manichéisme et dépeignant une lâcheté terriblement humaine (la scène qui précède le changement de point de vue fait, à ce titre, froid dans le dos). Gonzalo López-Gallego traite le genre avec beaucoup de respect et fait confiance à l’intelligence du spectateur pour mieux l’éprouver (contrairement à Jaume Balaguero, qui joue constamment au petit malin dans chacun de ses films... je sais je me répète, mais je ne comprend pas comment ce réalisateur a pu être autant mis en avant dans le renouveau espagnol). S’il y a donc bien un survival à voir cette année, il ne faudra pas se tourner en direction des USA, mais chercher plus au sud, quelque part dans les montagnes d’Espagne, où tout peut arriver.


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