Critique de film

Les Fils de l'homme

"Children of Men"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction
  • Année de production : 2006
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Alfonso Cuarón
  • Pays d'origine : USA, Angleterre, Japon
  • Durée : 1h49
  • Budget : 76 millions de dollars
  • Scénariste : Alfonso Cuarón, Timothy J. Sexton, David Arata, Mark Fergus, Hawk Ostby (scénario) / P.D. James (roman)
  • Musique : John Tavener
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Clive Owen, Julianne Moore, Chiwetel Ejiofor, Charlie Hunnam, Danny Huston
  • Récompenses : Saturn Award du Meilleur film de Science-fiction en 2007
    BAFTA de la Meilleure photographie en 2007
    COFCA Awards de l'Acteur de l'année (Clive Owen) et de la Meilleure image en 2007
    CFCA Award de la Meilleure photographie en 2006
    Sierra Award de la Meilleure photographie en 2006
    LAFCA Award de la Meilleure photographie en 2006
    OFCS Awards de la Meilleure photographie et du Meilleur scénario d'adaptation en 2007
    USC Scripter Award du Meilleur scénario en 2007
    VFCC Awards du Meilleur réalisateur et du Meilleur film en 2007

Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l'annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte - un fait qui ne s'est pas produit depuis une vingtaine d'années - et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les fils de l’homme - L’heure de la réhabilitation a sonné
Par : Chroniqueurs

Par The creeper

Alfonso Cuaron le réalisateur, avant ce film, peut s’enorgueillir d’avoir livré l’épisode le plus sombre et passionnant de la saga Harry Potter. Parvenant à inculquer une vision personnelle à une série complètement sclérosée par le manque d’ambition de réalisateurs entièrement dévoués au respect servile et confortable d’un best-seller mondial. Ici, il s’attache à un film plus modeste. En termes budgétaires s’entend. Car en termes esthétique, narratif et thématique, il livre rien moins qu’un chef-d’oeuvre. Pourtant, le film ne généra guère l’enthousiasme, des critiques généralistes ou spécialisées en passant par le public, ne récoltant que de maigres recettes en salles.

Les fils de l’homme est un film de S.F d’anticipation mais le futur qu’il décrit n’a rien d’apocalyptique comme celui de Mad Max, de loufoque comme Retour vers le futur, ou encore d’infantile et merveilleux comme Star Wars. Soit une dystopie d’autant plus inquiétante que le film dépeint un futur tout à fait crédible.
Mis à part la situation de départ, la stérilité comme pandémie de toute une civilisation appelée à disparaître faute de descendants, la situation géopolitique est à peine exagérée. De telle sorte que la vision de réfugiés clandestins parqués dans des cages géantes, en adéquation avec cette société futuriste au bord du chaos, amène à s’interroger sur le sort réservé aux réfugiés contemporains qui sont maltraités, déboutés de droit d’asile, enfermés dans des camps (pour des populations d’Afrique) ou soumis à des tests ADN et des mesures restrictives humiliantes et racistes.

D’ailleurs, le fait que le film se déroule en 2027, soit à peine 20 ans dans le futur corrobore l’orientation d’être aussi authentique que possible, poussant à s’interroger sur l’état actuel du monde, coincé entre répression des minorités et montée des intégrismes.
Et puis d’emblée, on est immergé dans la fiction. A partir du moment où on suit les premiers pas de Clive Owen (toujours aussi bon) dans ce café et qu’après en être sorti, celui-ci explose peu de temps après en arrière plan, on sera toujours aux côtés du personnage. La caméra épousera chacun de ses mouvements. Au début des travellings latéraux calmes et tranquilles quand il déambule dans la cité, puis des mouvements saccadés et des décadrages sauvages dès qu’il est exposé à une fusillade et qu’il tente d’y échapper. De même, dans le camp des rebelles, on apprendra en même temps que lui qui étaient les véritables auteur de l’attaque qui a coûté la vie à sa bien-aimée et le véritable objectif qu’ils poursuivent en tentant de préserver la vie de la dernière femme enceinte. Nous n’avons aucun temps d’avance, aucun recul par rapport à la fiction. De telle sorte que l’on prend tout en pleine gueule et que la tension ne baisse jamais.

Cuaron s’est donc armé d’un solide projet de mise en scène où l’action est déterminée par des éléments narratifs purement émotionnels. Ce sont vraiment les sentiments des personnages qui les font avancer et les amènent à prendre des décisions déterminantes par la suite.
Ce qui est admirable est que sa caméra compose un véritable reportage de guerre. Une caméra embarquée soumise aux aléas de l’intrigue et qui souligne l’absence totale d’emprise des personnages sur l’action comme la perte de repères généralisée de ce monde qui s’offre à nous.
Et valeur ajoutée, on n’a pas droit au « hand-shaking » habituel, procédé qui pour figurer une action chaotique secoue la caméra dans tous les sens, de telle sorte que l’action devient incompréhensible !
Les fils de l’homme doit s’apprécier dans sa globalité. On ne peut se limiter à une approche purement esthétique sans risquer de passer à côté d’une réalisation qui fait sens. Tout le monde s’est ainsi très justement extasié devant la virtuosité, la fluidité des plans séquences émaillant le film. Notamment lors de l’attaque de la voiture des héros traversant une forêt. Cette manière de filmer n’est jamais gratuite et ostentatoire. Cuaron n’est pas du genre à produire ce genre d’effet juste pour épater la galerie. Non, c’est bien dans le but de donner une réelle unité à l’action filmée pour souligner par contraste le chaos ambiant.
Et que ce soit dans cette séquence admirable ou durant tout le film, le but est clairement d’aboutir à la rencontre du premier plan avec l’arrière plan. Beaucoup de scènes impliquant Owen le montrent au premier plan, impassible tandis que le second plan explose - la scène inaugurale du café - ou s’anime - la scène presque onirique où suivant une biche dans les travées d’une école délabrée, il voit à travers une fenêtre brisée la jeune femme enceinte, dernier espoir de l’humanité, faire de la balançoire. Subtilement, Cuaron figure que tout l’enjeu réside dans la réunion de ces deux mondes « parallèles ».

Un dernier mot sur les effets spéciaux. Aussi invisibles soient-ils, le film en est pourtant truffé. Mais une fois encore pas d’esbroufe visuelle. De simples modifications de décor ou des rajouts d’explosions, cela reste de petites touches qui permettent de crédibiliser un peu plus les lieux d’action et donc l’histoire. Lors de la scène d’accouchement, la tension et le jeu des acteurs sont tels qu’il est impossible de se rendre compte du subterfuge utilisé pour créer l’enfant par le biais d’un ordinateur. Encore une preuve irrémédiable que tous les effets sont au service du récit.

Si la trame narrative n’a rien d’original, en d’autres mains elle aurait été réduite à sa plus simple expression afin de laisser libre cours à l’action. Soit ce que ce cher Michael Bay réussit parfaitement à faire avec The island. Mais Alfonso Cuaron a su transcender son matériau de base pour faire un film formellement abouti et émotionnellement très riche. Assurément un des films les plus sous-estimés de l’histoire et qui deviendra au fil du temps (il faut l’espérer) une véritable référence en la matière.

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