Critique de film

Les Chasses du comte Zaroff

"The Most Dangerous Game"
affiche du film
  • Genre : Aventure, Horreur
  • Année de production : 1932
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Irving Pichel, Ernest B. Schoedsack
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h03
  • Budget : 220 000 dollars
  • Scénariste : James Ashmore Creelman, Richard Connell
  • Musique : Max Steiner
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Joel McCrea, Leslie Banks, Fay Wray, Robert Armstrong, Noble Johnson
  • Récompenses : Aucune

Un aventurier, naufragé sur une île des Caraibes, devient la victime d'une chasse à l'homme imaginée par un comte fou, seul proprietaire des lieux.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les chasses du comte Zaroff - L’homme est un loup pour l’homme
Par : Damien Taymans




Le bateau dans lequel se trouve le célèbre chasseur Robert Rainsford échoue contre un récif en passant entre des balises maritimes habituellement protectrices. Rainsford, le seul rescapé, est recueilli par le mystérieux comte Zaroff. Celui-ci abrite dans son immense manoir isolé sur un appendice îlien perdu en pleine mer un homme et sa sœur qui met en garde Rainsford à propos des manigances de Zaroff. La semaine précédente, deux hommes sont partis à la chasse avec lui et n’en sont jamais revenus…

Outre son statut de film fondateur du genre survival (accessit que d’aucuns considèrent comme réducteur) dont il reprend des éléments directement issus du western (la chasse à l’homme), Les chasses du comte Zaroff doit surtout son aura honorifique au fait qu’il partage les lieux et l’équipe de tournage d’un autre immense classique émanant des studios de la RKO, à savoir King Kong. Le métrage d’Ernest Schoedsack est en fait tourné alternativement dans les décors communs de King Kong que Merian C. Cooper réalise en même temps (celui-ci investit le poste de producteur sur le film de son co-réalisateur). Niveau casting, les deux œuvres partagent d’une part les charmes de la splendide Fay Wray qui gravit l’Empire State Building de jour tandis qu’elle est chassée par le cruel comte Zaroff la nuit et d’autre part Robert Armstrong, l’exubérant réalisateur Carl Denham sur l’île du Crâne, interprète un naufragé alcolo dans le présent métrage. A cette liste, il faut encore ajouter les talents conjugués de Max Steiner qui en compose la musique envoûtante et inquiétante ainsi que Caroll Clark qui en assure la direction artistique. Sans oublier l’excellente interprétation d’un nouveau venu en la personne de Leslie Banks qui campe un comte Zaroff glacial au charisme impressionnant et au pouvoir de séduction inébranlable. Une prestation qui permet à l’acteur de rivaliser haut-la-main avec ses concurrents horrifiques du moment que sont Lugosi et Karloff qui se partagent la poire depuis le décès du somptueux Lon Chaney.

Si l’œuvre de Schoedsack réunit une équipe technique fabuleuse, elle vaut surtout et avant tout pour le détournement des codes du film de monstres auquel elle s’adonne. Bien plus qu’un simple survival sis sur une île désertée, l’œuvre brille autant par son enracinement temporel dans son époque que par son traitement avant-gardiste tant au point de vue thématique que filmique. Faisant fi des Dracula et Frankenstein qui viennent d’être érigés par Universal, Les Chasses du comte Zaroff met en scène une créature féroce qui se veut bipède et nourrit de forte accointances génétiques avec son voisin primate, à savoir l’homme. Contrairement au monstre rapiécé créé de toutes pièces par le savant Frankenstein et au comte transylvanien à l’hémoglobine altérée, Zaroff ne fait preuve d’aucune tare congénitale et n’est aucunement le résultat d’une malédiction. Il est juste un homme de son temps, un tantinet cinglé qui tente, à l’instar d’une science en pleine évolution de repousser plus loin les limites humaines pour atteindre le paroxysme sentimental, comme il se plaît à le souligner. Savant fou aux motivations floues (un savant flou, en quelque sorte), Zaroff se pose comme un essayiste psychanalytique qui use d’hommes comme de cobayes et non comme de vulgaires proies qu’il convient de tirer en un minimum de temps. En ce sens, le comte sanguinaire ne doit être comparé aux sportifs invétérés ni être réduit à sa seule macabre salle des trophées puisqu’il s’apparente plutôt à nune sorte d’hédoniste intellectuel se livrant à des expériences à grande échelle. Homme de son temps, le comte est un être déchu et rejeté qui a dû fuir sa mère patrie suite aux remous de la révolution. Si son opposant, en la personne de Rainsford, représente l’effronterie américaine (l’homme pratique un onanisme verbieux inconvenant à propos de ses aventures de chasse), l’antagonisme pré-guerre froide s’avère être un raccourci trop aisé pour caractériser la relation des deux protagonistes (d’autant que le chasseur devait au départ devenir l’associé de Zaroff et non sa proie).

Enfin, l’œuvre se distingue de ses contemporains, à l’image du très proche King kong, par la réussite technique dont il fait preuve. Utilisant au mieux chacun des décors mis à sa disposition, Schoedsack magnifie toutes les séquences en extérieur, rendant chaque situation tantôt jubilatoire (les magnifiques cascades et leur sonorité en arrière-plan) tantôt anxiogène (la traversée des marais dans un épais brouillard, les requins dans la mer). Aussi exotiques qu’inquiétants, les paysages îliens (souvent hostiles) jouent admirablement leur rôle de complément à cette intrigue aventuresque.

En résulte une œuvre quasiment parfaite touchant autant au domaine de l’aventure exotique que de l’horreur viscérale. Grand-père du genre survival, Les chasses du comte Zaroff est surtout un chef-d’œuvre en avance sur son temps qui ne se contente pas seulement de fonder un genre mais bien d’en devenir le mètre-étalon en se basant sur l’éternel nœud ontologique du homo homini lupus de Plaute.


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