Critique de film

Les Trois visages de la peur

"I Tre volti della paura"
affiche du film
  • Genre : Horreur
  • Année de production : 1963
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Mario Bava, Salvatore Billitteri
  • Pays d'origine : Italie, France, USA
  • Durée : 1h32
  • Scénariste : Marcello Fondato, Alberto Bevilacqua, Mario Bava, Ugo Guerra, d’après F.G Snyder (le téléphone), Tchekhov (la goutte d’eau) & Tolstoï (les Wurdalaks)
  • Musique : Roberto Nicolosi
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  • Bande annonce
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  • Casting : Michele Mercier, Lydia Alfonsi, Jacqueline Pierreux, Milly Monti, Boris Karloff, Susy Anderson
  • Récompenses : Aucune

Le film est composé de trois sketches qui, chacun, mettent en scène une situation horrifique. Le téléphone : Rosy passe une nuit particulièrement éprouvante, harcelée au téléphone par un inconnu lui annonçant sa propre mort... Les Wurdalaks : un vampire prend les traits d'une femme pour hanter la campagne slave. La goutte d'eau : Miss Chester n'aurait peut-être pas dû voler la bague de l'une de ses patientes récemment décédée...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les Trois visages de la peur - Terror Show
Par : Samuel Tubez


Bien avant Creepshow et ses suites, le grand Mario Bava livrait ce film à sketches horrifique de toute splendeur. Passant d’un genre à un autre, « il maestro della paura » adapte ici des nouvelles de F.G. Snyder (Le Téléphone), Tolstoï (Les Wurdalaks) et Ivan Chekhov (La Goutte d’eau). Si l’ordre de diffusion des divers segments varie d’un pays à l’autre, il est bien plus grave de constater que l’introduction et le final furent, à l’époque, supprimés de toutes les copies du film. Exit donc Boris Karloff qui introduit la séance et, en habit de Wurdalak, chevauchant un cheval qu’un travelling arrière nous dévoile mécanique, avec les quelques assistants qui actionnent des branches autour de lui. Exit aussi les sous-entendus lesbiens des deux protagonistes féminines du segment « Le Téléphone » que Bava dû remonter sous les exigences des distributeurs américains. Supprimé aussi la musique de Roberto Nicolosi, qui fut remplacée par celle, moins angoissante, de Les Baxter. Un beau petit massacre qui n’a pas empêché le film d’obtenir un énorme succès. Heureusement pour nous, une édition récente, proposée avec le Mad Movies n°205 et disponible à bas prix dans toutes les bonnes solderies, propose le film dans sa version intégrale avec un ordre tout à fait réjouissant en ce qui concerne les sketches, puisqu’on va crescendo vers une frayeur de plus en plus insondable.

Tous ces remaniements sont dus au fait qu’il s’agit d’un film de commande pour Mario Bava, bien obligé de respecter les désidératas des producteurs et distributeurs. Cela n’empêche en rien le réalisateur d’exceller dans cet exercice. Bien qu’inégaux, les trois histoires présentées comportent leurs lots de réjouissances et de splendeurs. Dans « Le Téléphone », peut être l’épisode le plus faible, Michèle Mercier (pas encore devenue Angélique marquise des anges) est harcelée au téléphone par une personne qui la menace de mort. Un thriller réaliste et hitchcockien, où l’unité de lieu est parfaitement maîtrisée de bout en bout. Le début est vraiment prenant mais les choses se précipitent un peu trop sur la fin pour que ce segment reste dans les mémoires.

Plus marquant, « Les Wurdalaks » met en scène un homme parcourant la campagne slave qui débarque dans une famille de paysans. Des démons revenant boire le sang de leurs proches semblent hanter ces terres. Et lorsque le père, parti à la chasse aux démons, revient à minuit, il ne semble plus avoir un comportement très humain. Le point fort est une nouvelle fois l’atmosphère, Bava rendant hommage aux célèbres films de la Universal. Ce n’est pas pour rien qu’on y retrouve Boris Karloff, qui, l’air grave et sérieux, n’hésite pas à se parodier. « Je suis mort…de faim ! » lance-t-il. Les fans apprécieront l’ironie ainsi que les superbes décors et la fabuleuse lumière venant colorer de multiples teintes le visage de celui qui fut la créature de Frankenstein la plus célèbre.

Enfin, dans « La Goutte d’eau », Bava excelle dans son art : le film de terreur ancestrale. Une infirmière y vole la bague d’une patiente qui vient de décéder et dont elle a fait la toilette mortuaire. De retour chez elle, la femme va être hantée par le spectre dont elle s’est accaparée le bien. Ce segment est sans nul doute le meilleur des trois. Il s’agit du plus effrayant aussi. Éclairages bariolés, lumières clignotantes, climat sonore envahissant, « La Goutte d’eau » plonge le spectateur dans un climat de folie obsédant. Les apparitions du spectre font froid dans le dos et restent gravées dans la mémoire.

Rien que pour ce petit chef d’œuvre qu’est « La Goutte d’eau », il faut voir Les Trois visages de la peur. Vous ne fermerez peut être plus l’œil une fois la nuit tombée mais cinématographiquement, vous ne le regretterez pas.


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