Critique de film

Les Bouchers verts

"De Grønne slagtere"
affiche du film
  • Genre : Comédie, Horreur - Cannibales
  • Année de production : 2003
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Anders Thomas Jensen
  • Pays d'origine : Danemark
  • Durée : 1h40
  • Scénariste : Anders Thomas Jensen
  • Musique : Jeppe Kaas
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Nikolaj Lie Kaas, Mads Mikkelsen, Line Kruse, Nicolas Bro
  • Récompenses : Méliès d'Or au Amsterdam Fantastic Film Festival 2005
    Méliès d'Argent au BIFFF 2004
    Meilleur Acteur (Mads Mikkelsen), Meilleur réalisateur et Meilleur Film à Fantasporto en 2004
    Meilleur Maquillage (Charlotte Laustsen) au Robert Festival 2004
    Prix FIPRESCI au Sochi International Film Festival 2004

Deux amis, l'ambitieux Svend et Bjarne le rêveur, décident de monter leur propre boucherie afin d'échapper à un patron étouffant. La clientèle se fait rare jusqu'à ce que leur ancien employeur les mette à l'épreuve en leur offrant d'organiser le dîner du Rotary Club. La chance tourne à la suite d'un malencontreux accident qui permettra à Svend d'offrir, une recette "sauce maison", une viande à la saveur très originale mais à l'approvisionnement plus que délicat...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les Bouchers verts - On a goûté et on en redemande !
Par : Quentin Meignant




Anders Thomas Jensen se fit un nom très tôt dans son Danemark natal. Excellant carrément à l’écriture de scripts très variés, il se mit très tôt à la réalisation avec le très estimable court Ernst & Lyset mais c’est avec Wolfgang que son talent fut une première fois révélé aux yeux du monde entier. Ce court-métrage, sélectionné aux Oscars, n’eut néanmoins pas la chance de la troisième réalisation de Jensen, Valgaften, qui, elle, gagna la récompense tant espérée. Vainqueur de l’Oscar du meilleur court-métrage et jouissant d’un crédit grandissant auprès de la critique internationale, Jensen se lança donc dans la mise en scène de son premier long-métrage, le très bon Flickering Lights. Avec Les Bouchers verts, tourné 3 ans plus tard, le cinéaste parvient à se faire un nom et à courir les festivals européens. Deux amis, l’ambitieux Svend et Bjarne le rêveur, décident de monter leur propre boucherie afin d’échapper à un patron étouffant. La clientèle se fait rare jusqu’à ce que leur ancien employeur les mette à l’épreuve en leur offrant d’organiser le dîner du Rotary Club. La chance tourne à la suite d’un malencontreux accident qui permettra à Svend d’offrir, une recette "sauce maison", une viande à la saveur très originale mais à l’approvisionnement plus que délicat...

Rappelant curieusement Delicatessen et son boucher aux étals anthropophages en période de crise, ce pitch est celui d’un véritable coup de génie signé de la patte d’un cinéaste hors pair. S’éloignant d’emblée du simple canevas d’une œuvre de cinéma de genre, le Danois s’échine tout d’abord à jeter les solides bases de son œuvre. S’attachant à la nature même de ses personnages, le cinéaste n’hésite pas à jouer sur les silences quand il ne distille pas de bons mots pour donner toute leur dimension aux deux protagonistes principaux. Tandem de choc composé d’un jeune homme taciturne et mal dans sa peau et d’un gaillard complexé mais ambitieux et prêt à tout pour réussir, le duo régale d’entrée de jeu par quelques scènes d’anthologie. Le comique de situation, ultra-présent tout au fil de l’œuvre, rivalise avec la mise en forme très particulière de l’ensemble.

Ambiance très « nordique », froide et carrée, décors simples mais pointilleusement mis au point, rien n’échappe au génie de Jensen qui, très finement, parvient à rendre au mieux toute l’absurdité de l’intrigue mais aussi à dépeindre le caractère sympathique de nos meurtriers en herbe (et en viande). A ce titre, les prestations de Mads Mikkelsen et Nicolaj Lie Kaas, qui compose même avec deux rôles diamétralement opposés, demeurent parfaites de bout en bout, collant particulièrement avec la mise en forme originale de l’auteur. Sans jamais souffrir d’un quelconque manque d’esprit ni verser dans un grand-guignol malsain, Les Bouchers verts se rapproche en certains points du cinéma des frères Coen, ne rechignant jamais à surprendre et alignant les situations improbables au sein d’une mise en scène graduelle pointilleuse. Emblème même de la réussite du métrage, le final, aussi absurde qu’agréable, offre une dernière fois l’occasion de sourire et de s’attendrir sur ces deux grands benêts qui, une heure trente durant, auront proposé un spectacle sortant totalement des sentiers battus. Avec une séquence finale dotée d’un humour échevelé, Jensen clôture d’ailleurs son œuvre comme il l’avait entamée : dans le mauvais (et bon) goût le plus total.

Anders Thomas Jensen prouve, avec Les Bouchers verts, qu’il fait partie de ces cinéastes d’exception, capables de distraire sur base d’un scénario assez simple, du moins en apparence. Car le métrage, en plus d’endosser des qualités formelles indéniables, fait aussi partie de ces œuvres profondes mais jamais sérieuses qui ravissent tout amateur de cinéma.

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