Critique de film

Le Sang des innocents

"Non ho sonno"
affiche du film
  • Genre : Thriller - Giallo
  • Année de production : 2001
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Dario Argento
  • Pays d'origine : Italie
  • Durée : 1h57
  • Budget : 4 millions de dollars
  • Scénariste : Dario Argento, Franco Ferrini, Carlo Lucarelli
  • Musique : Goblin
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  • Bande annonce
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  • Casting : Max von Sydow, Stefano Dionisi, Roberto Zibetti, Chiara Caselli, Gabriele Lavia
  • Récompenses : Nominé aux Silver Ribbons du Meilleur montage et de la Meilleure musique (2001)

A Turin, un tueur assassine des jeunes filles dans des circonstances identiques à celles d'une série de meurtres perpétrés vingt ans auparavant. La police piétine et le commissaire Ulysse Moretti, qui fut autrefois chargé de l'enquête, reprend du service. Il est aidé par Giacomo Gallo, un jeune homme dont la mère fut jadis victime du meurtrier sanguinaire.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le sang des innocents - Le dernier train
Par : Damien Taymans


Le Nain, psychopathe turinois au pseudonyme peu enchanteur, assassine les jeunes filles et laisse sur place des découpages enfantins représentant des animaux de la basse-cour. La police rouvre un dossier enterré depuis de nombreuses années mais piétine bien vite. Ulysse Moretti, chargé autrefois de l’enquête et aujourd’hui à la retraite, reprend du service et mène ses propres investigations, épaulé par Giacomo Gallo, jeune homme jadis témoin de l’atroce meurtre de sa mère…

Une fille de joie en pleine prise de bec avec son commanditaire s’enfuit de la résidence de celui-ci alors qu’il est occupé à se palucher seul dans son lit. En partant, elle trébuche et découvre un attirail digne d’un militaire bulgare et emporte inopinément une farde recelant de détails sur les exactions passées du bonhomme. Apeurée, la jeune femme embarque dans le premier train et contacte son amie. Un voyage de courte durée ponctuée par une double mare de sang. Après une période de vide artistique (le moyen Trauma, le pitoyable Syndrome de Stendhal et l’infâme Fantôme de l’opéra), Dario Argento revient à ses premières amours tout juste effleurées dans Trauma en réinvestissant le terrain giallique (l’onomastique du héros suffit à en attester) qui bâtit sa renommée lors des seventies. Un retour aux sources entamé à la perfection via une séquence introductive d’une vingtaine de minutes qui tient en haleine et distille sur un rythme effréné une atmosphère proprement poisseuse et anxiogène via une course-poursuite qui se clôt sur deux exécutions éminemment graphiques, soutenues au passage par un travelling ferroviaire de toute beauté. Film-somme du sous-genre dont il a lui-même contribué à créer les codes, Le Sang des innocents fait fi dès la demi-heure de cet acte de bravoure pour ne plus se confiner qu’à proposer une compilation des archétypes gialliques, évoquant au passage les créations antérieures du maestro au point de pendre les atours d’un chant du cygne empreint d’une nostalgie toute onanique.

Aux éléments indissociables du giallo (tueur invisible ganté de noir, trauma liminaire, investigations menées par des témoins malheureux) viennent se greffer çà et là des réminiscences du parcours argentien distillées par petites touches (le crâne fracassé contre le mur renvoyant à Profondo rosso) ou déversées par grosses louches (le dénouement abscons aux identifications multiples à l’instar de celui de Ténèbres, la comptine animalière écrite par Asia comme résumé des mouches, chats et oiseaux caressés par le cinéaste à l’entame de sa carrière) noyées dans une intrigue brumeuse que la résolution alambiquée termine d’assassiner. Privilégiant un esthétisme chaotique (le plan-séquence du tapis rouge tombe comme un pavé dans la mare) à la cohérence scénaristique, Argento fait de l’Argento sans jamais s’émanciper du recyclage désincarné auquel il s’adonne. La maturité ne constitue en somme en l’occurrence qu’en une reprise étripée des gialli d’antan au profit d’une relecture plus proche de l’auto-louange que de la création.

Deux séquences prodigieuses cernées par un brouillard épais et disgracieux. Le sang des innocents est un leurre parfaitement orchestré qui relance l’espace d’un instant l’espoir mais finit par provoquer une désillusion insatiable. Ou, plus clairement, pour reprendre les amitiés du transalpin avec 30 millions d’amis un nouvel oiseau pour le chat…

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