Critique de film

The Black cat

"The Black Cat"
affiche du film
  • Genre : Fantastique
  • Année de production : 1934
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Edgar G. Ulmer
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h05
  • Budget : 96 000 dollars
  • Scénariste : Edgar Allan Poe (nouvelle) / Edgar G. Ulmer, Peter Ruric, Peter Ruric (scénario)
  • Musique : Heinz Roemheld
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  • Bande annonce
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  • Casting : Boris Karloff, Bela Lugosi, David Manners, Julie Bishop, Egon Brecher
  • Récompenses : Aucune

Joan et Peter rencontrent, au cours de leur voyage de noces en Hongrie, le Docteur Vitus Verdegast, rescapé d'un camp de prisonniers russes et s'apprêtant à retrouver "un vieil ami". Un incident de parcours les oblige à trouver refuge dans le manoir construit par l'énigmatique et effrayant "ami" du docteur, Hjalmar Poelzig, qui vit entouré de chats noirs...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le chat noir - Réunion au sommet
Par : Damien Taymans


Les Alison, jeune couple de mariés, choisissent l’Europe comme destination de leur voyage de noces. Dans le train, ils se voient contraints de partager leur compartiment avec le docteur Vitus Werdegast, rescapé d’un camp de prisonniers où il a été incarcéré durant plus de quinze ans. Le docteur va voir son vieil ami architecte Hjalmar Poelzig qui a bâti une somptueuse demeure sur un ancien champ de bataille. En cours de route, le bus que partagent Vitus et le couple est victime d’un terrible accident de la route. Ils se voient obligés de passer la nuit dans le château de l’étrange architecte…

Sorti en 1934, Le chat noir est une nouvelle adaptation de l’œuvre d’Edgar Allan Poe par les studios Universal deux ans à peine après Double assassinat dans la rue Morgue. Si le métrage de Robert Florey s’écartait considérablement de l’écrit du romancier, la présente transposition n’entretient que de très rares similitudes avec l’œuvre livresque, n’en utilisant que le titre timidement légitimé par de rares incursions d’un félin noirâtre. En réalité, le métrage d’Ulmer, réalisateur qui brilla dans le cinéma expressionniste allemand avant d’émigré à Hollywood, est surtout l’occasion de réunir pour la première fois à l’écran les deux sacrés monstres (à défaut d’être des monstres sacrés) que sont Bela Lugosi et Boris Karloff, rencontre qui préfigure les sept autres suivantes et qui se pose incontestablement comme la plus mémorable. Karloff campe Hjalmar Poelzig, architecte reconnu à la tête d’une secte occulte, hantant des lieux conçus à son image, aussi mystérieux qu’envoutants. De son côté, Lugosi interprète le docteur Werdegast, psychologiquement et physiquement usé par les multiples tourments que lui causèrent la guerre, son enfermement et les morts suspectes de son épouse et de sa fille. Deux rescapés de la plus terrible des guerres qui se livrent une bataille sur les lieux de l’ancienne forteresse de Marmorus, scène de l’un des plus sanglants affrontements. Des blessures de guerre qui confèrent d’emblée aux deux personnages un charisme étonnant en les édifiant comme des monuments posthumes. Posthume s’avérant dans ces conditions un terme idoine au vu du voile qui plane sur la véracité des événements qui nous sont présentés, l’un et l’autre personnage se plaisant à maintenir le doute quant à leur effective matérialité corporelle, arguant la mort spirituelle (et physique ?) qui les affligea lors de l’événement tragique qu’ils ont vécu.

Des affrontements jouissifs que les deux acteurs théâtralisent à l’excès afin de faire émerger leurs personnalités antagonistes, qui atteignent leur paroxysme lors d’une partie d’échecs dont l’issue scellera le sort des personnages. Métaphore efficace s’il en est étant donné que les protagonistes s’avèrent être deux rois d’échiquier qui se cherchent et se malmènent incessamment, l’un par pure cynisme, l’autre par soif vengeresse jusqu’à ce que l’un des deux sorte vainqueur de ce duel. Utilisant merveilleusement ombres et lumière, mélangeant l’esthétique expressionniste et des architectures modernisées (le manoir d’inspiration gothique tendance art-déco qui plante le récit entre-deux-âges), mêlant la poétique photographie d’éléments macabres, Ulmer signe sinon l’une des pellicules horrifiques les plus abouties de ces 30’s, au moins l’une des plus originales qui combine inlassablement satanisme, nécrophilie, sado-masochisme et poésie morbide dans un environnement somptueux improbable.

Pièce macabre enchanteresse, Le Chat noir s’égare cependant parfois en voulant brasser large, se perdant dans les vêlements humoristiques de deux policiers louant les profits de leur région natale ou dans les ânonnements romantiques du couple d’amoureux. De trop rares dénotations qui ne suffisent aucunement à amoindrir le potentiel mystique et symbolique de cette œuvre-maîtresse du cinéma d’épouvante.

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