Critique de film

Le Sanctuaire

"The Hallow"
affiche du film

Une famille emménage dans un moulin isolé en Irlande, mais sont confrontés à des créatures démoniaques occupant les bois voisins.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le Sanctuaire - Cuvée des Trolls
Par : Seb Lecocq

L’Irlande et l’univers celtique sont un vivier inépuisable de légendes, remplies de mondes secrets et obscurs, de créatures féeriques, nocturnes et fantastiques. C’est à cette source que s’est nourri Corin Hardy, dont c’est le premier long-métrage après une petite dizaine de courts, pour écrire et réaliser Le Sanctuaire, petite série B horrifique imparfaite et bancale dans son exécution mais foutrement intéressante dans ses intentions et son envie de faire découvrir un bestiaire merveilleux.

Le Sanctuaire prend le parti de l’irruption du merveilleux dans un monde rationnel, réaliste et contemporain. Une bonne manière de bousculer les certitudes du spectateur et de l’immerger concrètement dans un univers connu et familier. Adam Hitchens, un scientifique mandaté pour effectuer des recherches sur une foret, et sa famille, s’installent dans un petit village sylvestre de la campagne irlandaise. Les habitants se montrent hostiles et menaçant envers la famille, notamment en répandant des rumeurs sur leur jeune fils, cible de créatures ancestrales rôdant la nuit dans les bois environnants. Corin Hardy s’inspire du folkore et des légendes locales pour tisser une histoire simple mais déjà bien rôdée dans le milieu du cinéma de genre. Si le début du film est certes balisé, il a le mérite de nous plonger directement dans l’intrigue en évitant une trop longue exposition, les personnages et l’action s’illustrant plus par l’image que par le dialogue. On trouve d’entrée de jeu notre scientifique et son enfant en ballade dans une forêt dense, touffue et vraisemblablement ancienne. L’occasion de shooter de magnifiques images immédiatement immersives autant qu’angoissantes. Par un simple enchainement de plans et un excellent design sonore, on sent poindre une menace sourde, rampante, latente. Quelque chose rôde dans les ténèbres du hors-champ.

La première moitié du film joue sur les non-dits des autochtones et ce que la caméra ne nous montre pas. Seuls des bruits, des bruissements, la densité de la forêt et une étrange mélasse noire sont offerts en pâture aux spectateurs. Et ça fonctionne très bien ! L’angoisse monte petit à petit, bien portée par le couple de comédiens, et en particulier Joseph Mawle (vu dans Game of Thrones) sur lequel repose une grande partie du film. Plus la menace grandit, plus la mise en scène est au cordeau, tendue et sèche…. Jusqu’à craquer en seconde partie de métrage où l’angoissante suggestion fait place à de l’action molle et déjà vue. Passé les inquiétantes 45 premières minutes, le métrage bifurque dans le survival forestier et les créatures de la forêt sont montrées sous toutes les coutures et vu leur design raté, ce n’est pas du tout une bonne idée. Dès cet instant, Le Sanctuaire perd tout son intérêt, aussi bien dans sa porté horrifique que dans son background folklorique et païen.
Le final tombe dans les travers de la série B de vidéo club. Assourdissant et abrutissant par la volonté d’en faire trop et de rendre les créatures trop visibles et faussement effrayantes. La subtilité et l’étrangeté du premier acte n’est plus qu’un lointain souvenir. La mise en scène est certes toujours propre et efficace, dans la veine d’un Neil Marshall sur The Descent ou de ce qu’avait fait Billy O’Bryan sur Isolation. Le folklore a lui totalement disparu et plus aucun mystère ne plane sur l’origine des créatures des bois et la mythologie en prend un coup. Une fin en eau de boudin, trop brouillonne et agaçante mais qui réserve malgré tout quelques jolies images et un savoir faire indéniable en terme de mise en scène.

Malgré une bonne entame, Le Sanctuaire ne parvient pas à se débarrasser de son statut de série B, la faute à un scénario trop attendu et une seconde moitié bien trop basique. La grosse bûche est devenue petit bois.


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