Critique de film

Le manoir maudit

"Metempsyco"
affiche du film
  • Genre : Epouvante
  • Année de production : 1963
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Italie
  • Durée : 1h24
  • Musique : Armando Sciascia
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Alors qu’elle devait épouser le prince Raman dans son château, la comtesse Irène disparaît mystérieusement. Quelques années plus tard, alors que le château est victime de toutes les superstitions locales, le docteur Darnell et sa fille, Anna, viennent s’installer dans la région. Anna est en proie à de violents cauchemars dans lesquels elle imagine le meurtre de la comtesse. Son père pense que des visites régulières dans le lieu historique pourraient la guérir. Peu après, Raman revient au pays, et, devant cette étrange ressemblance, se rend compte qu’Anna pourrait être la réincarnation d’Irène.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le Manoir Maudit - Soirée gothique au cinéma de quartier
Par : Fred Pizzoferrato

Petite production oubliée, Le Manoir maudit se voit exhumée de l’oubli par une sortie (accompagnée d’une piste française !) chez Artus. Une occasion de se replonger dans l’ambiance si particulière de l’épouvante gothique des sixties.

L’histoire débute par la disparition d’une comtesse, Irene, peu avant ses noces avec le prince Raman. Une vingtaine d’années plus tard, un médecin, Darnell, et sa fille Anna, sosie de la disparue (normal puisqu’elle est jouée par la même comédienne, la fort oubliée Annie Alberti que l’on vit seulement dans huit long-métrages) débarquent au castel. Bien sûr, Raman acquiert rapidement la conviction qu’Anna est la réincarnation d’Irene. La jeune fille, d’ailleurs souffre de cauchemars récurrents impliquant une sorte de chevalier fantôme. Elle ne tarde pas à tomber amoureuse d’un journaliste, Georg Dickson, venu enquêter sur le meurtre sauvage de deux demoiselles tuées après s’être introduite illicitement dans le « manoir maudit ».

Comme le rappelle l’indispensable Alain Petit dans les (comme toujours) intéressants bonus de l’édition dvd zone 2 (de chez Artus), Le Manoir maudit est une toute petite production gothique tournée en 1963, année marquante pour le genre puisqu’on recense, notamment, Le corps et le fouet ou La vierge de Nuremberg.
Bien sûr, le film d’Antonio Boccaci (dont ce fut l’unique mise en scène et qui, également scénariste et comédien, se dissimule ici sous le pseudonyme d’Anthony Kristye) ne peut se mesurer aux classiques précités de Mario Bava et Antonio Margheriti. Nous sommes bien davantage dans le domaine du bis revendiqué, du fauché tourné en noir et blanc avec des bouts de ficelles et des acteurs quasiment inconnus. La musique pas toujours adaptée (notamment lors d’une scène de séduction qui verse dans le ridicule et l’expéditif puisque l’héroïne, après une cours express du journaliste se propose illico de l’épouser) et le manque de moyens s’avèrent donc préjudiciable, tout comme le rythme défaillant et la réalisation des plus approximatives. L’amateurisme (certes compensé par une évidente sincérité dans la démarche qui consiste à en donner au spectateur pour son argent, en particulier durant une séquence onirique tout droit sortie d’une attraction foraine type « train fantôme » où ne manque que les araignées en plastique) fatiguera les cyniques mais amusera les plus conciliants.

Le Manoir maudit se distingue donc de ses concurrents plus fortunés par davantage de sadisme et de cruautés additionnés d’une imagerie gentiment sexy (selon les critères de l’époque évidemment car aujourd’hui bien timide) et jette en pâture des donzelles courtes vêtues torturées par un monstre libidineux. Bref, tout cela fleure bon le roman photo pour adultes alors populaire et, en dépit d’une durée restreinte à 80 minutes, n’évite pas les longueurs et les passages à vide lors des déambulations un brin lassante des protagonistes dans un castel il est vrai très photogénique. Ce côté « film de couloir » se retrouve particulièrement dans une partie centrale longuette qui s’apparente à un ventre mou préjudiciable après une entrée en matière réjouissante et un final enlevé où sont convoqués tous les clichés de la littérature de gare.
Le Manoir maudit joue ainsi des conventions du gothique avec son château menaçant, son monstre ricanant hantant les caves, sa salle de tortures où vivent des rats (des hamsters !), etc. Rien de bien novateur mais la photographie en noir et blanc de qualité et les décors naturels splendides (le château !) rendent cependant le film plaisant à défaut de mémorable.

Une curiosité qui plaira aux inconditionnels de l’horreur gothique italienne, lesquels passeront au-dessus d’une copie usée et très moyenne assortie d’une unique piste française elle aussi bien fatiguée. Mais qui, pour les plus indulgents, est adaptée à un long-métrage qui s’apprécie comme une séance dans un cinéma de quartier enfumé. Ne manque que les odeurs de malbouffe et de bière pour que l’illusion soit complète.


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