Critique de film

Fléau (Le)

"The Stand"
affiche du film
  • Genre : Horreur - Démons, diables
  • Année de production : 1994
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Mick Garris
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 6h06
  • Budget : 28 millions de dollars
  • Scénariste : Stephen King
  • Musique : W.G. Snuffy Walden
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Gary Sinise, Molly Ringwald, Jamey Sheridan, Laura San Giacomo, Ruby Dee, Matt Frewer
  • Récompenses : Emmy Awards du Meilleur maquillage et Meilleur son dans une mini-série en 1994

Suite à un virus accidentellement échappé d'un laboratoire militaire, la population mondiale est décimée. Seuls quelques survivants échappent à la catastrophe. Deux personnages apparaissent dans leurs rêves : une vieille femme mystique, et un homme au visage effrayant. Ils comprennent alors qu'il s'agit de l'incarnation du Bien et du Mal. La fin étant proche, chacun devra choisir son camp...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Le Fléau - "Ca s’écrit F-L-E-A-U, comme une grosse daube !"
Par : Quentin Meignant




Qu’on le veuille ou non, Mick Garris compte très peu de grandes réussites à son palmarès de réalisateur. Pourtant fabuleux producteur et très bon scénariste, le Californien a toujours éprouvé des difficultés à réussir complètement un film et ce ne sont pas des œuvres telles qu’Un tour sur le bolid’ ou Chocolate (Masters of Horror, saison 1) qui démentiront cette affirmation.

Néanmoins, le réalisateur brille pour avoir adapté quelques Stephen King à l’écran. Malheureusement, hormis une Nuit déchirée de très bonne facture, on ne peut pas dire que les autres adaptations (Un tour sur le bolid’, The Shining, Desolation) furent de grandes réussites, loin s’en faut !

Aussi, il faut s’armer d’une certaine dose de courage avant d’entamer Le Fléau, téléfilm notamment produit par la chaîne CBS d’une durée de 359 minutes, c’est-à-dire près de 6 heures ! Pour ce faire, les sociétés de production que sont Laurel Entertainment et Greengrass Productions ont mis les petits plats dans les grands avec un budget évalué à... 26 millions de dollars, ce qui est quand même un apport non-négligeable !

Le téléfilm se divise en quatre parties d’1h30 chacune, bien formatées aux besoins de la chaîne américaine qui l’a distribué. Ces parties s’intitulent La Peste, Les Rêves, La Trahison et L’Affrontement.

Partie 1 : La Peste

Tout commence par un accident dans un laboratoire de l’armée qui fabrique des virus et qui laisse malencontreusement s’échapper un de ceux-ci. Cette première scène nous plonge d’emblée dans une action bien menée : l’évasion d’un des contaminés menace l’Amérique, tandis que des chercheurs agonisent de très belle manière un peu partout dans le labo.

Sans nous donner véritablement ce qu’il nous faut en gore et en verrues peu ragoûtantes (à l’inverse, par exemple, de l’excellent Doomsday), cette séquence a le mérite de montrer la dangerosité d’un virus de manière très efficace.

L’infection se propage sur tout le territoire américain et donne lieu à de très belles scènes où l’armée violente réellement les habitants d’un petit village où le risque de contagion est quasi de 100%... On entre alors dans une phase qui dépeint les agissements d’une armée américaine prête à tout pour que l’affaire ne s’ébruite pas.

Ajoutant alors un peu de fantastique avec les présentations de l’homme en noir (Flagg, le mal) et de Mère Abigail (le bien), Garris prépare déjà les épisodes futurs qui augurent une lutte entre le bien et le mal. Le côté « fantasy » des décors de cette présentation a de quoi troubler le spectateur, créant en lui une véritable curiosité, une grosse envie d’en savoir plus...

Malheureusement, les défauts pleuvent déjà sur l’œuvre dès ce premier épisode. Les scènes d’action sont ainsi bien trop molles que pour susciter un quelconque sentiment de satiété au point de vue du spectacle. Même lors de fusillades ultra-violentes, on ne ressent rien, la faute sans doute à une bande son inexistante.

De plus, tout au long de cet épisode censé représenter une épidémie, on n’a jamais l’impression qu’une véritable catastrophe est en train de se jouer sous nos yeux. Aucune psychose malgré les millions de morts n’est à relever et, pire, certains prennent même cette apocalypse avec une certaine décontraction, le sourire aux lèvres...

On a aussi le temps de découvrir que la bande originale sélectionnée par Mick Garris et W.G. Snuffy Walden est tout sauf percutante. On se rend alors compte que le téléfilm a été formaté comme une sorte de soap américain et qu’il nous reste encore tout de même.... 4h30 à souffrir !

Partie 2 : Les Rêves

Comme dans tout bon soap américain, les histoires d’amour sont légion.... Garris n’échappe donc pas à cette règle et nous bassine dès le début de ce second épisode avec des séquences qui font clairement office de remplissage « à l’eau de rose » !

Après tout de même une bonne demi-heure de palabres et rencontres en tous genres (les présentations n’étaient pas encore finies !), Garris se décide enfin à revenir au propos principal du film et nous renvoie chez mère Abigail qui.... joue de la guitare en priant Dieu !

Ce n’est pas qu’une vieille qui joue de la guitare en priant nous dérange, mais quand la scène dure un quart d’heure, cela devient carrément long ! Nous abreuvant des préceptes religieux, la vieille dame a toutes les chances de lasser même les plus courageux !

Heureusement, la clôture de cette scène est un peu plus drôle et jouissive avec l’apparition de l’homme en noir (Flagg) qui fait saigner les mains de mère Abigail avec les cordes de guitare (le tout à distance)...

Garris parvient encore à nous ennuyer lors d’une séquence qui aurait pu être super-haletante. Un tunnel noir à New York est un obstacle majeur pour deux de nos (trop nombreux) héros mais ils n’y rencontrent personne. L’ambiance oppressante du début de cette scène s’estompe très vite tant la mise en scène et les dialogues sont mous.

Le reste de l’épisode consiste en de nouvelles présentations qui n’apportent rien, hormis celle de Tom Cullan, débile léger qui ne sait ni lire ni écrire et qui lâche quelques répliques cinglantes du genre : « Tu es sourd et muet. Ca s’écrit M-O-O-N, comme sourd et muet ! »

D’immenses ellipses se font alors jour, achevant complètement le peu de rythme et de suspens existant... Donnant lieu à tout un tas de palabres au sujet de la Bible et de Dieu-notre-sauveur. Le final de l’épisode 2 est à l’image de l’ensemble : ennuyeux et assommant !

Partie 3 : La Trahison

Nous y retrouvons bien entendu toujours les mêmes héros, regroupés en une petite communauté à Boulder, ville au fin fond du Colorado, tandis que les méchants peuplent, eux, les rues de Las Vegas (imagerie sans aucun doute choisie par Stephen King qui dépeint bien la haine qu’éprouve l’Amérique puritaine à propos de la ville du jeu et du vice...)

Ce troisième épisode commence par une scène que l’on ne comprend même pas. Le héros principal du métrage, interprété par Gary Sinise, a visiblement rencontré de nouveaux personnages qui n’ont pas eu la chance de nous être présentés.... à cause des trop nombreuses ellipses dans et entre chaque épisode !

Il est vrai que l’on a de quoi s’y perdre entre formules bibliques, sataniques et déclarations d’amour aussi tapageuses que ridicules. Tout ce petit monde enfin regroupé est encore plus pitoyable que lorsqu’on suivait leurs aventures séparément.

Enclavée dans un quartier fleurant bon le « rêve » américain avec ses belles maisons et ses avenues bien droites et boisées, cette petite communauté inspire vraiment l’ennui. Elle essaie tant bien que mal de refonder les bases d’une société qui a conduit le Monde à sa perte.

En parlant de Monde, on peut aussi constater que Garris (et King dans son livre) a oublié que l’Amérique ne le symbolisait pas dans son entièreté ! En effet, tout au long du film, il n’est nullement question d’autres pays et l’on constate donc que le pro-américanisme à deux sous est de mise dans cette version nombriliste de l’apocalypse.

C’est d’ailleurs sans aucune surprise que l’on assiste à l’hymne national américain, chanté en entier (!!!) et à tue-tête par les « gentils » dans leur nouveau parlement. Un nationalisme incroyable qui flirte avec la religion puisque Mère Abigail, visiblement élue voix de Dieu, continue à prêcher la bonne parole...

Après cette scène on ne peut plus horripilante, Garris essaie tant bien que mal de remettre de la pêche avec la préparation minutieuse (c’est rien de le dire !) d’un attentat, appuyé par une musique censée donner du punch. Mais voilà, si la musique est (pour une fois) à la hauteur, le rythme de la séquence et son acteur principal, Corin Nemec (si si, c’est Parker Lewis, j’vous jure !), sont en dessous de tout et font sombrer le tout une nouvelle fois dans l’ennui le plus total.

La scène d’explosion qui s’ensuit est quant à elle tout à fait ratée car, même si la déflagration est efficace en images, il ne fait pas assez de victimes et, surtout, le jeu des comédiens, censés être en pleine détresse laisse fameusement à désirer ! Le seul Nick le Muet reste sur le carreau de ce soi-disant terrible événement pour une raison qui nous sera dévoilée bien plus tard...

Partie 4 : L’Affrontement

On recommence bien sûr sur les mêmes bases que lors des autres épisodes mais, cette fois, ô miracle, les gentils ont décidé eux aussi d’attaquer en se rendant à quatre à Las Vegas pour combattre le méchant Flagg.

Après un vol plané ridicule entraînant la mort de notre cher Parker Lewis, alias Harold, on assiste à la rencontre entre Flagg et sa promise, la belle mais peu talentueuse Laura San Giacomo, alias Nadine Cros comme elle aime à le dire toutes les deux secondes.

Après une fusillade bien peu convaincante, notre Flagg s’énerve et dévoile enfin son vrai visage : celui du mal, du malin, du diable, enfin celui de... on ne sait trop quoi en fait ! Ressemblant comme deux gouttes d’eau à un clochard ayant abusé de la bibine, son morphing nous entraîne dans un gigantesque fou-rire que rien ne peut arrêter ! Tant sa voix, transformée en voix de méchant pour les besoins de l’histoire sans doute, que son physique impose une certaine pitié.... Comment Garris a-t-il pu nous faire ça, est sans doute la seule question qui peut venir à ce moment du film...

Le réalisateur ne s’arrête pas là puisqu’il s’amuse alors à nous montrer un véritable spectacle d’explosion en tous genres, à tel point que l’on se croirait à un spectacle de Franco Dragone, le célèbre pyrotechnicien...

On se dirige alors vers un final où les héros sont livrés en pâture à la foule qui va sans aucun doute les massacrer quand arrive....l’Ordure ! Le personnage, un fou sévèrement atteint de pyromanie aigüe, fut un temps au service de Flagg avant d’halluciner et de faire sauter la base militaire de ce dernier.

Il revient dès lors avec un petit cadeau lors de ce final, à savoir....une bombe atomique (oui oui ! On y croit !) prête à exploser au milieu de la foule... C’est alors qu’un véritable patriote, faisant pourtant partie des méchants se rebelle contre l’ordre établi et remet en cause le pouvoir de Flagg parce que « Un bon Américain ne ferait pas ça ! ». Génial, non ? Mais ce n’est pas tout...

Après ce véritable putsch verbal cinglant, Garris nous gratifie de....l’apparition de la main de Dieu (Non ! Pas celle de Maradona !) qui prend le missile nucléaire et le fait exploser... Plus de Las Vegas ! On croit alors que c’en est fini et que l’on va enfin avoir la paix mais il n’en est rien !

Dans une énième séquence ultra-longue, Stu (Gary Sinise) et Tom Cullen, les deux seuls survivants qui étaient restés en rade dans le désert, vont lutter pour leur survie. C’est alors que Nick le Muet (mort dans le troisième épisode) apparaît pour donner des médicaments à Stu qui était malade.

Ces pilules magiques font rapidement effet et Stu et son débile peuvent alors rentrer dans la bonne communauté de Boulder où ils sont accueillis à bras ouverts avec plein de bonnes nouvelles... Bref, tout est bien qui fini bien, sauf pour nous qui avons souffert pendant six heures et qui sortons terriblement éprouvés d’un tel spectacle !

Garris signe là une œuvre pitoyable comme rarement le cinéma en a compté. Sans doute influencé par la CBS et King lui-même, il a fait en 6 heures ce qui aurait pu être condensé en deux et, pire, il ne nous a rien montré du tout ! Enfin, y avait-il quelque chose à montrer ? Ce téléfilm est une véritable catastrophe et sans aucun doute la plus mauvaise adaptation de King à l’heure actuelle (peut-on faire pire ?)... De quoi vous dégoûter du Maître de l’horreur !


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