Critique de film

La Planète des vampires

"Terrore nello spazio"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction
  • Année de production : 1965
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Mario Bava
  • Pays d'origine : Italie, Espagne
  • Durée : 1h30
  • Budget : 90 millions de lires
  • Scénariste : Mario Bava, Alberto Bevilacqua, Callisto Cosulich
  • Musique : Gino Marinuzzi Jr.
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Barry Sullivan, Norma Bengell, Ángel Aranda, Evi Marandi, Stelio Candelli, Franco Andrei, Fernando Villena, Mario Morales, Ivan Rassimov, Federico Boido
  • Récompenses : Aucune

Deux vaisseaux spatiaux se rendent sur la planète Aura. Si tout semble indiquer que l'endroit est inhabité, d'étranges phénomènes s'y produisent. Les membres d'équipage de l'Argos s'en prennent les uns aux autres, prêts à s'entretuer, alors qu'un court-circuit empêche le vaisseau de re-décoller. Ces hommes ne vont pas tarder à s'apercevoir que cette planète n'est pas si déserte que cela et que le comité d'accueil est loin d'être amical.

Les critiques à propos de ce film

Critique de La planète des vampires - Un décollage pour la sf italienne
Par : Damien Taymans


En véritable touche-à-tout du cinéma et en artisan modèle, il paraissait inévitable que Mario Bava transite par le giallo, genre prédestiné pour l’auteur tant les règles qui le dominent et certains de ses éléments de base trouvaient déjà leur existence dans Le masque du démon. Que le réalisateur fasse une pirouette pour se jeter dans les créations du Far West n’étonna pas grand monde non plus tant l’Italie est alors un terrain propice à la réalisation des westerns sauce spaghetti. Mais à imaginer un tant soit peu que le personnage s’investisse dans la science-fiction, il y avait tout de même un sérieux pas à franchir.

Et pourtant, le fossé a été enjambé et ce, avec brio. Avec dans son portefeuille un budget extrêmement limité et des moyens techniques pas plus élaborés, Mario Bava, le cœur battant et les cheveux au vent s’attèle corps et âme à faire de cette sous-production une réussite dans le domaine. Pour cacher sournoisement le manque cruel de moyens, l’auteur regorge d’idées en tout genre qui vont porter leurs fruits et faire de l’œuvre un lieu-dit inévitable de tout cinéphile.

Bava colmate les brèches comme il peut et use et abuse d’artifices divers pour faire oublier au spectateur l’indigence budgétaire de l’œuvre. Les décors ne correspondent en rien à une planète étrangère ? Pas de soucis, on inonde le tout de fumée qui rend les décors moins visibles et plus étranges. Les effets spéciaux ne sont pas à la hauteur des ambitions ? Qu’à cela ne tienne, Bava dissimule le manque d’effets et d’actions par des questionnements incessants chez ses personnages, emmenant l’intérêt des spectateurs et les détournant du vrai sujet. Bien plus, le réalisateur parvient même à éveiller la curiosité des spectateurs par un traitement elliptique, faisant apparaître des scènes incompréhensibles suscitant des interrogations multiples au sein du public et ne leur donnant de réelles explications que de longes minutes après.

Outre ces louvoiements efficaces dignes d’un prestidigitateur aguerri, le métrage frappe bien entendu (comme toujours dans l’œuvre bavienne) par son imagerie intacte et sa photographie léchée. Une palette de bleus, rouges et verts en Technicolor qui plante à elle seule le décor futuriste du métrage et charme par son exagération chromique. Quant aux maquillages élaborés, ils sont d’une perfection criante et utilisent les vieux effets scolaires du cinéma débutant, rappelant le bon vieux temps où le numérique n’existait pas et où il fallait créer avec pas grand-chose.

Malheureusement, si le traitement pictural de l’image est superbe et si les ruses de Bava fonctionnent à merveille, il faut avouer que l’œuvre manque cruellement d’une chose essentielle : un scénario digne de ce nom et nous gave assez souvent de dialogues spongieux (que les personnes qui affirment que dialogues intelligents et science-fiction sont icompatibles se taisent !). Retournant son œuvre comme il le peut, faisant tourner en rond des acteurs dont la présence est loin d’être indispensable, Bava s’égare du scénario de base et ne donne priorité qu’aux décors créés et à l’ambiance photographique de son film. En somme, La planète des vampires reste la meilleure preuve que Bava est un excellent mécanicien photographique, un artiste à la palette étendue et un virtuose de l’image et de l’ambiance mais qu’il ne peut jamais être réellement traité comme un auteur à part entière. En ce sens, le message politique distillé en toute fin de métrage nous le prouve : le réalisateur privilégie fortement la forme au fond et tente maladroitement de légitimer une œuvre parfois trop abstraite.

Reste que l’œuvre est indubitablement un classique du cinéma bis italien (qui regorge de films de science-fiction) et se démarque comme une œuvre graphiquement incontournable dont s’inspirèrent d’ailleurs les scénaristes de la série Star Trek ainsi que le roublard O’Bannon qui pilla certaines scènes pour les transposer dans son Alien.

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