Critique de film

La Planète des Singes

"Planet of the Apes"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction
  • Année de production : 1968
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Franklin J. Schaffner
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h52
  • Budget : 5,8 millions de dollars
  • Scénariste : Michael Wilson, Rod Serling, Pierre Boulle
  • Musique : Jerry Goldsmith
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  • Bande annonce
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  • Casting : Charlton Heston, Roddy McDowall, Kim Hunter, Maurice Evans, James Whitmore, James Daly, Linda Harrison, Robert Gunner, Lou Wagner, Woodrow Parfrey
  • Récompenses : Oscar honorifique pour John Chambers (maquillage) en 1969
    Nominé dans les catégories meilleurs costumes et meilleure musique aux Oscars 1969
    Deuxième place aux Laurel Awards 1968

En 1972, Taylor et trois autres astronautes américains sont envoyés dans l'espace pour un voyage dont ils ne reviendront que 700 ans plus tard (le temps passant bien plus vite sur Terre que dans l'espace). Mais leur vaisseau s'écrase sur une planète inconnue et les trois survivants doivent se résoudre à l'explorer pour y trouver de l'aide. Séparé de ses compagnons, Taylor va découvrir que cette planète est gouvernée par des singes évolués et que les humains y sont réduits en esclavage et traités comme des animaux.

Les critiques à propos de ce film

Critique de La planète des singes - Début de l’ère simiesque
Par : Damien Taymans


Pierre Boulle reçoit en 1958 l’Oscar du Meilleur scénario adapté de son propre roman pour Le pont de la rivière Kwaï alors que l’auteur n’a servi dans l’histoire que de prête-nom au scénariste Dalton Trumbo, accusé à l’époque d’être un fanatique de McCarthy. Le Français est alors loin de se douter qu’un de ses autres romans, La planète des singes, qu’il juge lui-même difficilement transposable, va être convoité par des moguls hollywoodiens. En réalité, de manière indirecte par le producteur Arthur P. Jacobs qui désire recréer un phénomène cinématographique simiesque de la trempe de King Kong. L’impulsion finale sera donnée par l’intégration de deux noms au casting : celui de Rod Serling, créateur de La Quatrième dimension, qui accepte d’endosser le rôle de scénariste et Charlton Heston, mythique Ben Hur et Moïse, qui prête sa carrure athlétique au personnage de Taylor, dernier représentant de l’humanité pensante sur une planète inconnue dominée par des singes.

L’action du film débute en 1972. Quatre astronautes partagent une navette censée les propulser, en quelques mois (grâce à la vitesse de la lumière), sur une planète de la constellation d’Orion, tandis que la planète Terre prendra deux millénaires dans la face. Amerrissant sur ladite planète, les trois pensionnaires mâles de l’engin (la seule femelle décède lors du vol) traversent des déserts de cailloux avant de découvrir une tribu d’hominidés primitifs incapables de prononcer le moindre mot. Bientôt, ils sont chassés par une armée de cavaliers gorilles et Taylor, capturé dans l’aventure, devient un rat de laboratoire pour des chimpanzés scientifiques chargés de disséquer le cerveau des hommes pour en comprendre le fonctionnement.

Le livre originel subit d’importantes modifications. La hiérarchie des singes est simplifiée (les orangs-outangs appartiennent à la classe des "gardiens du temple", les gorilles bourrus relèvent de l’ordre militaire, les chimpanzés, plus ouverts et intelligents, sont entièrement dévolus au progrès scientifique), les contraintes langagières effacées (singes et hommes parlent anglais), le final intégralement modifié (la vue d’une statue de la Liberté parcellaire, attribuée à Schaffner, marquera durablement les spectateurs). En se posant comme un miroir déformé du pessimisme ambiant qui baigne à l’époque les États-Unis alors en pleine concurrence contre les ennemis Soviets, La planète des singes illustre à nouveau les innombrables possibilités qu’offre le genre science-fictionnel jusqu’alors peu prisé. L’inversion des valeurs homme-singe constitue en réalité le miel de cette œuvre anthropologique trop souvent stigmatisée pour sa caricature de la société américaine. Les théories de l’évolutionnisme inversé proférées par la classe religieuse de la société simiesque touchent en effet des valeurs universelles et contraignent au relativisme.

Franklin J. Schaffner, deux ans avant d’être Oscarisé pour Patton, montre ici l’étendue de son savoir-faire en matière de mise en scène "signifiante" (les superbes plans d’ensemble isolent le dernier bastion de l’humanité dans cet océan de rocaille, les mouvements aériens de sa caméra allègent avec grâce les incessantes course-poursuite). La statuette dorée tombera dans l’escarcelle du maquilleur John Chambers qui abat, avec son équipe de 80 exécuteurs, un travail colossal : les acteurs, grimés durant six heures, deviennent littéralement des singes mais conservent dans le même temps des traits de leur personnalité. Sur le plan psychologique, philosophique et technique (la musique expérimentale tout en percussions de Jerry Goldsmith ajoute à l’étrangeté de l’ensemble), La planète des singes est une réussite éclatante qui appellera d’ailleurs, en quarante ans, quatre suites, un remake et une préquelle.


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