Critique de film

Nuit des Morts-Vivants (La)

"Night of the Living Dead"
affiche du film
  • Genre : Horreur - Morts-Vivants
  • Année de production : 1968
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : George A. Romero
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h36
  • Budget : 114.000 Dollars
  • Scénariste : George A. Romero et John A. Russo
  • Musique : Scott Vladimir Licina
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Duane Jones, Judith O'Dea, Karl Hardman, Marilyn Eastman, Keith Wayne, Judith Ridley, Kyra Schon, Charles Craig, S. William Hinzman, George Kosana,...
  • Récompenses : Inscrit au Registre National des Films américains par le National Film Preservation Board en 1999

Pennsylvanie. Pour des raisons d'abord inconnues, de nombreuses personnes se transforment en zombies et attaquent ceux qui ont le malheur de les croiser. Une poignée de survivants se réfugient dans une maison, où ils devront passer la nuit en contenant l'assaut des zombies.

Les critiques à propos de ce film

Critique de La nuit des Morts-Vivants - Quand un virus de Vénus donne naissance à une étoile...
Par : Quentin Meignant


Ce ne sont pas moins de quatre petites compagnies (Image Ten, Off Color Films, Laurel Group, Market Square Production) qui ont dû s’allier pour produire ce pari fou : produire un film de zombies réalisé par George A. Romero, sombre inconnu pour qui Night of the living dead est la première œuvre. Le film de zombie n’est pas très en vogue à l’époque et hormis le fameux Carnival of Souls, d’ailleurs produit par la Off Color Films, les amateurs de morts-vivants n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Le budget avancé par les producteurs s’en ressent dès lors terriblement et Romero doit composer avec une petite enveloppe de 114.000 dollars. On ne s’attendait donc pas au raz de marée provoqué par la sortie d’un film qui révéla tout le talent d’un Romero qui ne cesse plus d’impressionner depuis.

On peut dire que Romero n’a pas ménagé son public et cela, dès les premiers instants du métrage. Tout commence par une série de plans fixes qui montrent une nature calme et luxuriante mais cette impression de quiétude est de suite troublée par une musique réellement fort adroite. On se croirait presque devant le Nosferatu de Murnau tant l’ambiance créée par cette dernière est tout à fait malsaine.

On sait dès cet instant que Romero a déjà réussi son pari, celui de faire peur comme jamais aucun film de zombies n’y était parvenu. La magnifique photographie ressemble tout de suite à un trompe-l’œil et l’on s’en rend compte au plan suivant : bienvenue… dans un cimetière ! Le réalisateur n’y va donc pas par quatre chemin et nous place directement dans l’action, chose qu’il réitérera lors de chacun de ses films (Zombie, Le jour des Morts-Vivants,Le territoire des morts,…)

L’ambiance claustrophobique créée dans le cimetière par des mouvements de caméra très adroits et des bruitages d’une incroyable efficacité montre tout le talent de l’étoile naissante. La première attaque est à la fois étonnante et bien emmenée par un acteur de grand talent. Le nom de S. William Hinzman restera à jamais gravé comme celui du premier zombie romérien mais surtout comme le nom du premier mort-vivant vraiment effrayant de l’histoire du cinéma.

Cette séquence décrit à elle seule la qualité du film et, à vrai dire, donne l’image de ce que Romero fera plus tard de ses zombies  : quasi immobile mais doté d’une certaine force et d’une certaine intelligence, le zombie du cimetière possède le regard absent et les petites manies des morts-vivants qui feront la gloire d’un des maître de l’épouvante.

C’est alors que l’actrice principale parvient à s’enfuir et à se réfugier dans une maison avec quelques autres survivants. Commence alors le vrai huis-clos dans un décor digne des plus grands films d’horreur d’un temps désormais révolu. L’obscurité des décors et les jeux d’ombre renforcent encore une angoisse qui va grandissante.

Les premières images un peu gores sont aussi dévoilées. Entre une tête à moitié dévorée où l’on peut voir toute la beauté d’un globe oculaire mis à nu et des scènes de cannibalisme on ne peut plus efficace, Romero prouve au monde entier ce qu’il sait faire avec un petit budget.

Ce n’est certes pas encore le gore flamboyant que l’on reconnaît au réalisateur, mais les images ont néanmoins quelque chose de très malsain. Les gros plans se multiplient et l’on peut distinguer en détail que les dents des zombies lacèrent bien des organes en tous genres ! Quand on vous dit que Romero est un maître, ce n’est pas pour rien !

Le maquillage, signé Karl Hardman, ne porte par contre pas encore la patte romérienne. Trop discret, il passe presque inaperçu et dessert quelque peu l’efficacité et l’authenticité de certains zombies. Néanmoins, on ne peut reprocher cela à un Romero qui aurait pu tomber dans un autre extrême (souvent italien) et maquiller à outrance des personnages qui en seraient devenus ridicules (comme ceux d’Anthropophage Holocaust ou encore Zombie Island Massacre).

La critique sociologique de la société américaine, thème cher au réalisateur, n’est pas fort développée mais certains éléments de l’histoire ont dû choquer à l’époque. Ainsi, le chef de la bande des survivants n’est autre que Ben, un black autoritaire. Ce dernier donne des ordres et maltraite les survivants blancs. C’est un détail tout à fait anodin aujourd’hui mais qui, à l’époque, dénonçait toutes les tensions raciales dans le pays.

En effet, dans les 60’s, les idées des afro-américains étaient enfin écoutées et de grands leaders noirs faisaient entendre leur voix. Tout ceci entraînait des tensions incroyables que certains ont payé au prix fort, comme le prouvent les assassinats de Martin Luther King et Malcolm X.

Romero a donc sans doute voulu remettre les pendules à l’heure en créant cet héros noir donnant des ordres à de bien lâches blancs. Ceci est la première touche sociologique d’un réalisateur qui les multipliera lors de ses œuvres suivantes.

Certes, quelques défauts sont à corriger dans ce film car le réalisme de certains meurtres est bafoué par des cris totalement irréalistes et profondément exaspérants. Romero cherche aussi une raison extraterrestre pour expliquer la zombification (un virus qui vient d’une sonde provenant de Vénus), erreur qu’il ne commettra plus à l’avenir.

Night of the living dead est un film historique qui ne peut que mériter 5 étoiles de par ce statut. Certes, ce n’est pas encore le Romero flamboyant de la grande époque (Zombie) mais l’intemporalité de l’œuvre et sa qualité, au vu des faibles moyens accordés, font de ce film une petite merveille du cinéma d’horreur ! A déguster sans aucune modération !


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