Critique de film

L'Exorciste

"The Exorcist "
affiche du film
  • Genre : Horreur
  • Année de production : 1973
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : William Friedkin
  • Pays d'origine : Etats-Unis
  • Durée : 2h02
  • Budget : 12 millions de dollars
  • Scénariste : William Peter Blatty
  • Musique : Steve Boeddeker
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Ellen Burstyn, Max von Sydow, Linda Blair, Lee J. Cobb, Jason Miller
  • Récompenses : Oscar du meilleur son en 1975
    Oscar du meilleur scénario en 1975
    Nominé aux Oscars pour le meilleur second rôle masculin (Jason Miller) en 1975
    Nominé aux Oscars pour la meilleure actrice (Ellen Burstyn) en 1975
    Nominé aux Oscars pour le meilleur second rôle féminin (Linda Blair) en 1975
    Nominé aux Oscars pour la meilleure photographie en 1975
    Nominé aux Oscars pour le meilleur réalisateur (William Friedkin) en 1975
    Golden globe du meilleur réalisateur en 1974
    Golden globe du meilleur scénario en 1974
    Golden globe du meilleur second rôle féminin en 1974
    Nominé pour le Golden globe de la meilleure actrice en 1974
    Nominé pour le Golden globe du meilleur second rôle masculin (Max Von Sydow) en 1974
    Nominé pour le Golden globe du meilleur espoir féminin (Linda Blair) en 1974

En Irak, le Père Merrin est profondément troublé par la découverte d'une figurine du démon Pazuzu et les visions macabres qui s'ensuivent. Parallèlement, à Washington, la maison de l'actrice Chris MacNeil est troublée par des phénomènes étranges : celle-ci est réveillée par des grattements mystérieux provenant du grenier, tandis que sa fille Regan se plaint que son lit bouge. Quelques jours plus tard, une réception organisée par Chris est troublée par l'arrivée de Regan, qui profère des menaces de mort à l'encontre du réalisateur Burke Dennings. Les crises se font de plus en plus fréquentes. En proie à des spasmes violents, l'adolescente devient méconnaissable. Chris fait appel à un exorciste. L'Eglise autorise le Père Damien Karras à officier en compagnie du Père Merrin. Une dramatique épreuve de force s'engage alors pour libérer Regan.

Les critiques à propos de ce film

Critique de L’Exorciste - Tu me fais tourner la tête...
Par : Gore Sliclez




Regan, jeune adolescente idéale et spontanée, vit avec sa maman Chris MacNeil, actrice de renommée, à Georgetown (Washington). Alors que Chris connaît le succès avec son nouveau film en préparation, sa fille montre de brusques changements d’humeur et un comportement étrange qui obligent sa mère à consulter des médecins. Ceux-ci étant de l’incapacité de trouver une solution à la démence de Regan et la situation s’aggravant, Chris se tourne alors vers un exorciste de renommée, le père Merrin…

1973. Alors que cette année-là le choc pétrolier inquiète la planète des consommateurs effrénés que nous sommes, que Michel Sardou nous bassine les oreilles avec sa maladie d’amour et que Le Parrain rafle l’Oscar du meilleur film, une oeuvre va marquer d’une pierre blanche le cinéma d’angoisse. William Friedkin, auteur en vogue depuis son plébiscité French Connection, nous offre L’Exorciste, œuvre devenue majeure et légendaire depuis presque 35 ans. Se basant sur le best-seller de William Peter Blatty, lui-même inspiré d’un fait divers datant de 1949, le film, somme de qualités techniques indémodables, est le fruit d’une équipe talentueuse qui va littéralement sublimer l’œuvre pour la rendre intemporelle et unique.

À commencer par la magnifique photographie signée Owen Roizman via des cadrages parfaits et un éclairage astucieux, le tout à l’origine de scènes cultes. Nous avons tous en mémoire cette image de l’arrivée du père Merrin (sous la musique mythique de Mike Oldfield) devant la maison des MacNeil illuminé par un jeu de lumières qui loue symboliquement le commencement du combat inégal entre le Bien et le Mal. Ou bien encore cet éclairage de dos qui plonge Regan, accompagnée d’un Pazuzu plutôt bien membré, dans un halo de lumière contrechamp de toute beauté aussi terrifiant qu’envoûtant. Une lumière louée au rang de protagoniste à part entière du film et qui reste ce que l’on fait de mieux en la matière.

L’autre maître atout du film est très certainement le bruitage orchestré par Robert Knudson et Christopher Newman, Oscarisés pour l’occasion en 1975. Continuellement agressé par des sons urbains, L’Exorciste dégage ce sentiment de malaise étrange qui assaille le spectateur et lui confère un sentiment d’isolement et une inquiétude qui se développe parallèlement à la montée en puissance du démon. Ce bruit du vent dans le désert irakien, ces aboiements rageurs des chiens, ces coups de klaxon intempestifs à Washington ou encore ces multiples voix geignardes entendues dans la bouche de Regan sont autant d’enregistrements sonores effrayants qui alimentent une tension tendue à l’extrême.

William Friedkin met à contribution les sens de son public obligé de rester en alerte et qui appréhende déjà la scène suivante avec une certain fébrilité. Car si le réalisateur soigne l’esthétisme visuel et intuitif de son métrage, il n’en oublie pas pour autant la parfaite maîtrise et subtile du tempo grâce à une longue et lente montée en puissance émotionnelle qui trouve son apogée dans les scènes angoissantes de possession dévoilant une Linda Blair monstrueusement maquillée par Dick Smith. L’image de ce visage lézardé (plusieurs générations d’ados s’en souviennent encore), déformé, devenu le masque du démon est d’une puissance visuelle sans commune mesure actuellement encore.
Linda Blair, jeune actrice totalement inconnue alors, devient véritablement l’objet d’une surenchère make-up horrifique et devenue polémique à l’époque vu le jeune âge (14 ans) de l’actrice.

Une interprétation difficile et éprouvante qui force le respect. Pour la seconder, une Ellen Burstyn brillante et trop méconnue sous nos latitudes (son rôle dans le Requiem for a Dream de Darren Aronofsky était énorme tout simplement) parvenant à montrer à travers son regard toute l’horreur du cauchemar dans lequel elle est désormais tombée. La stupeur qui se dessine sur son visage à la descente de sa fille retournée en position d’araignée (ne pas essayer !!) dans les escaliers est effrayante de réalisme. Le regretté Jason Miller apportait, quant à lui, la souffrance et la détresse d’un fils (le père Karras) confronté à l’isolement de sa mère. Rendu faible, il ne devra sa survie qu’au père Merrin, un Max Von Sydow tout en sobriété et vieilli volontairement pour le film.

Œuvre phare, L’Exorciste reste le modèle du genre que nombre de réals ont tenté d’imiter en essayant d’assimiler les nombreuses subtilités techniques d’une œuvre maîtrisée de bout en bout et décidément impossible à résumer. Un chef-d’œuvre coup-de-poing, révolutionnaire, qui marque l’avènement du cinéma d’horreur contemporain et ouvre la boîte de Pandore en laissant s’exprimer les premiers appels à la révolution venus d’un public fatigué du puritanisme social obsolète l’espace d’une décennie. Confier le rôle majeur à une enfant prépubère qui s’enfonce dans le vagin un crucifix en criant à un prêtre « Baise-moi » reste à ce jour un des passages les plus polémiques et dérangeants de l’histoire du cinéma populaire. Le genre de malaise visuel et contextuel dont aime décidément se repaître un Friedkin proche du génie. À ce jour, L’Exorciste cherche encore son égal…

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