Critique de film

Kubo et l'armure magique

"Kubo and the Two Strings"
affiche du film

Kubo est un être aussi intelligent que généreux, qui gagne chichement sa vie en sa qualité de conteur, dans un village de bord de mer. Cette petite vie tranquille, ainsi que celle de ses compagnons Hosato, Hashi et Kamekichi va être bouleversée quand par erreur il invoque un démon du passé. Surgissant des nues cet esprit malfaisant va abattre son courroux sur le village afin d’appliquer une vindicte ancestrale. Dans sa fuite, Kubo fait équipe avec Monkey et Beetle, pour se lancer dans une épopée palpitante afin de sauver sa famille et percer le secret de la chute de son père, le plus grand samouraï que le monde ait jamais connu. À l’aide de son Shamisen- un instrument musical magique-il va affronter toutes sortes de dieux et de monstres, notamment le terrible Moon King assoiffé de vengeance ainsi que les affreuses sœurs jumelles afin de dénouer le mystère de son héritage, réunir sa famille et accomplir sa destinée héroïque.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Kubo et l’armure magique - Vos papiers, s’il vous plait !
Par : Seb Lecocq


En quelques films, les studios Laika se sont fait une place bien à part dans le monde sans pitié du cinéma d’animation. Comment ? En proposant des univers fantastiques différents et adultes, avec toujours en tête l’idée de parler aux enfants âgés de 7 à 107 ans. Leur force est là. On ne va pas se mentir, c’est parfois une véritable plaie en tant que parent d’emmener ses enfants au cinéma pour subir des choses informes comme Les Minions, Madagascar 3 ou Rio 2. Pour le coup, ici, ce sont pratiquement les parents qui emmènent leurs gamins en salle. Et ça fait toute la différence.

Dès les premières images nous révélant une petite barque ballottée par une mer déchaînée, on est happé par ce qui est probablement l’une des plus belles scènes d’introduction vue cette année. Une séquence qui mêle dramaturgie et action, la démesure de la nature et la grandeur de l’âme humaine. A partir de ce moment, il sera impossible de détourner les yeux de l’écran, le spectateur quitte son statut de spectateur pour, par le truchement habile d’un narrateur qui raconte cette histoire héroïque en voix off, celui de témoin. Ce narrateur n’est autre que Kubo, jeune héros de cette aventure propulsé dans l’histoire qu’il ne cesse de raconter jour après jour à l’aide d’origamis animés par un shamisen magique. Ces bouts de papier occupent une place essentielle dans l’intrigue de Kubo et l’armure magique puisque c’est un samouraï de papier qui va lui servir tout à la fois de guide et de mentor. Le papier sert ici à raconter des histoires mais aussi à les vivre physiquement, comme si à l’époque du tout numérique, Travis Knight avait voulu revenir à l’essence même du cinéma d’animation : le papier. Ce support sur lequel naissent toutes les aventures.

Kubo, malgré son apparente modernité et la puissance de ses moyens techniques est une oeuvre classique, à l’ancienne, dotée d’un rythme qui rappelle bien évidemment les grands chambaras des années 50 et 60, mais aussi les westerns américains de Ford et Hawks qui possédaient cette faculté de livrer quelques scènes d’action parfois pharaoniques tout en préservant ses personnages, en les faisant vivre à l’écran. On est loin des grands huit numériques qui noient leurs personnages sous des déluges de CGI et de 3D néfaste pour les yeux. Il suffit de comparer les scènes marines de Kubo avec, au hasard, le climax du dernier Pirates des Caraïbes par exemple, pour comprendre que les deux œuvres ne jouent pas dans la même catégorie. Knight se sert de l’action pour raconter une histoire et non l’inverse. Notre jeune héros et sa quête sont toujours au cœur de l’intrigue même lors de scènes d’action portées par un vrai souffle épique.

Travis Knight connaît son affaire sur le bout des doigts et rend un vibrant hommage à tout un pan du cinéma asiatique là où la plupart des productions « asiatisantes » avec, au hasard, un panda n’en conservent que les clichés les plus éculés issus du kung-fu et de la cuisine. Kubo est un vrai récit épique et légendaire d’apprentissage couplé à une histoire de samouraï. L’ombre du wu xia pian et du chambara plane sur l’intégralité du film, que ce soit dans sa forme comme dans ses thématiques. Son héros infirme, qui a perdu un œil, comme il en existe tant dans ce sous-genre, va utiliser cette « infirmité » pour parvenir à ses fins et triompher. Chaque personnage est attachant, parfaitement écrit, subtilement animé et surtout, incroyablement vivant. Le film n’évite pas l’anthropomorphisme mais utilisé cette fois-ci de manière intelligente et, encore une fois, dans la tradition du folklore japonais où les animaux occupent une place importante.
Les combats sont magnifiquement chorégraphié, dans une tradition martiale stricte mais agrémenté d’éléments fantastiques comme on en trouve dans le cinéma héroïque chinois. Le combat final, notamment, est une belle réussite tant graphique qu’émotionnelle car les personnages se battent pour une raison précise, point d’orgue de la quête initiatique du héros. Rien n’est gratuit, tout à un sens même si on n’évite pas quelques rebondissements scénaristiques un peu téléphonés. N’oublions pas que l’histoire doit rester accessible aux enfants.

Formellement magnifique, respectueux des traditions japonaises, profond et riche thématiquement, Kubo et l’armure magique séduit par son humanité et l’écriture de ses personnages qui représentent le cœur du film. La quête est avant tout une histoire de cœur et de famille plus que d’aventures héroïques. Le film fait rire, sourire, s’ébahir, et l’on est constamment captivé malgré la volonté de Travis Knight de nager à contre-courant des tendances pour adopter un rythme classique issu de l’oralité et des contes traditionnels. Une vraie belle réussite qui, quand on connaît la difficulté et la minutie que demande la technique de la stop-motion, rend le tout encore plus insensé et irréel.


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