Critique de film

Kotoko

"Kotoko"
affiche du film
  • Genre : Drame
  • Année de production : 2011
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Shinya Tsukamoto
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 1h31
  • Scénariste : Shinya Tsukamoto, Cocco
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Shinya Tsukamoto, Cocco
  • Récompenses : Prix Horizons à la Mostra de Venise 2011

Une mère célibataire souffre de diplopie (double vision) et de dépression. Suspectée de maltraitance, son bébé lui est enlevé...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Kotoko - Top 50
Par : Seb Lecocq


Tsukamoto a changé. Autrefois chouchou de l’underground asiatique, le voilà aujourd’hui propulsé, aux côtés de Sono Sion, dans le chantre de l’éternelle étrangeté nippone des grands festivals internationaux. C’est tout auréolé d’un prix au dernier festival de Venise que Kotoko vient nous frapper les mirettes. D’autant qu’il retrouve la chanteuse Cocco avec qui il avait déjà collaboré sur Vital. Tous les signaux sont au vert pour que Kotoko vienne effacer l’erreur de parcours que constituait Tetsuo III. La scène d’introduction est rassurante, image chahutée, poésie décalée et voyeurisme malsain. Il y a quelque chose de bizarre dans cette femme qui danse sur une plage en contre-jour. L’image est belle et apaisée mais on sait qu’en grattant, on risque de découvrir une horde de démons tapis dans l’ombre. On sait que Kotoko sera un personnage dans la lignée des paumés magnifiques qui faisaient toute la force de Bullet Ballet ou Tokyo Fist. Tsukamoto is back, baby. Ou pas. Loin d’être de retour, le cinéaste confirme la perte d’intérêt de son cinéma et nous conforte dans cette étrange impression qu’il n’a plus rien à dire et se contente de tourner en rond en attendant que ça passe. Car Kotoko n’est, à l’instar de Tetsuo III, qu’un film de Tsuka mais vidé de sa substance, de son âme, de son cœur, de ses tripes. Vidé de sa chair, l’élément central de son cinéma. Sous ses atours intellectuels lui conférant une apparente profondeur, Kotoko est une coquille vide, l’antithèse du cinéma de son auteur.

Kotoko se place dans la continuité du cinéma de Tsukamoto post-Snake In June, un cinéma se voulant plus psychologique et intérieur tranchant avec le cinéma du corps qui composait l’essentiel de la première partie de sa filmographie. Kotoko est une femme troublée luttant contre ses démons intérieurs et naviguant entre folie et réalité. La première demi-heure du film, la plus réussie, n’est pas inintéressante et s’avère plutôt efficace du moment qu’il colle aux basques de son héroïne. Scrutant sa psyché d’une mise en scène précise et hyper tendue. Le réalisateur filme la folie comme il mettait autrefois en images les mutilations charnelles de ses personnages. La folie est montrée de façon presque physique et on retrouve cette faculté que possède Tsuka de parvenir à rendre prégnante la tension psychologique de ses personnages. L’apogée de tout cela se situe dans cette scène où Kotoko cuisine un wok brûlant d’un bras gracile tout en tenant son bébé dans son autre bras. Cette scène, en apparence anodine, illustre parfaitement les fêlures de cette femme. C’est là que le film bascule. Dans le mauvais sens. C’est là que Tsukamoto-acteur entre en scène, plonge le film dans un abysse d’inintérêt et le spectateur dans un tourbillon d’ennui.

Le réal incarne Tanaka, un homme qui va entrer, presque par effraction, dans la vie de Kotoko. A partir de cette césure, Tsuka-acteur vient parasiter l’œuvre de Tsuka-réalisateur en ébauchant une vague love story entre les deux protagonistes. Une love story qui sent la redite et avec laquelle le réalisateur ne parvient pas à se dépatouiller et se contente de singer ce qu’il a fait dans le passé, en mieux, avec Tokyo Fist ou Snake Of June entre autres.

Car si le début du film, sans être transcendant parvenait à faire illusion, Tsukamoto sombre dans le grotesque en filmant des scènes de violence et de pétages de plomb complètement foirées dans les grandes largeurs. Puis démarre le festival Cocco qui se met a chanter des chansons transformant Kotoko en film chanté à la Alain Resnais mais en plus chtarbé. Les seuls frissons véhiculés au final par le dernier Tsuka sont ceux de la honte. Pour couronner le tout, Kotoko remporte la palme du mauvais goût esthétique avec sa photographie à peine digne d’un diorama de bas étage. Un gros ratage donc pour Tsukamoto, le deuxième consécutif, même si contrairement à Tetsuo III, le début de ce Kotoko raté laisse présager de meilleures augures pour la suite. De mon côté je vais lui laisser le bénéfice du doute et mettre cet échec sur le compte de Cocco. Oui, je sais, c’est moche.


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