Critique de film

Jorge y Alberto contra los demonios neoliberales

"Jorge y Alberto contra los demonios neoliberales"
affiche du film
  • Genre : Comédie, Horreur
  • Année de production : 2014
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Argentine, Brésil
  • Durée : 1h26
  • Musique : Bo Uonder, Emilio Malagrino, Los Kahunas
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

À Buenos Aires, Jorge vient de se faire larguer par sa copine. Alberto, lui, possède la capacité de lire l'avenir des clientes en leur massant la poitrine. Ces deux individus sont le dernier espoir du monde libre et, lorsqu’ils sont convoqués par la plus haute instance de l’Argentine, ils n’hésitent pas : la fille de leur dirigeante a été kidnappée par des fondamentalistes ultralibéraux, qui attendent l’alignement de Saturne pour imposer le diktat du marché unique et la déréglementation du service public.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Jorge y Alberto contra los demonios neoliberales - Conservatueurs
Par : Damien Taymans


Quelle bizarrerie se cache sous cet intitulé aux consonances ibériques et aux audacieuses associations altermondialistes ? Un véritable OFNI émanant de l’Argentine, vivier de péloches décomplexées dans lequel les programmateurs du BIFFF ont plongé les menottes pour dégoter le fin du fin de la production fantastique. Jorge y Alberto contra los demonios neoliberales ne déroge pas à la règle : aussi foufou que le laisse présupposer son titre, le film est un rejeton bâtard des premières œuvres d’Alex de La Iglesia (Le Jour de la Bête et Action mutante, en têtes de gondole) et de la grande tradition de la comédie picaresque. Les frères Quintana empruntent au premier ses galeries de gueules cassées, de personnages atypiques voire monstrueux et un goût très prononcé pour le décalage et le surréalisme ; de la seconde, ils reprennent ces anti-héros prodigieusement hors du coup dépassés par un destin qui les écrase. Il en résulte une savoureuse expédition en plein cœur de l’Absurdie teintée d’érotisme soft, de sarcasmes à l’égard du libéralisme et du capitalisme, de dérisions vaguement corrosives.

Jorge et Alberto, duo de branques touchés par la grâce et dotés de pouvoirs aussi insensés qu’encombrants (le premier a de temps à autre des éclairs de clairvoyance quand le second lit l’avenir en malaxant les nibards), se voient chargés par la présidente du pays de faire échouer les plans de ces saletés de néolibéraux qui comptent profiter de l’alignement de Saturne pour imposer la dérèglementation des marchés et la privatisation à outrance (!!) et, accessoirement, de récupérer sa propre fille ravie par ces saloperies de déconstructeurs. Armés d’eau bénite et de flingues, les exorcistes du dimanche dézinguent les démons à la pelle (lesquels libèrent un fluide peu ragoutant) non sans égratigner au passage la bigoterie et la pudibonderie ambiantes. La création des Quintana n’est rien d’autre en somme qu’une sorte de brûlot rigolard, ultra-psychédélique, qui gratte le vernis traditionaliste d’une Argentine en pleine mutation, en souligne toutes les dérives et ne manque aucune cible.

En cultivant de si bonne foi le mauvais goût, les Quintana composent une œuvre de bon goût qui procure suffisamment de folie, d’exotisme, de génie pour défroquer, tels des néo-conquistadors, l’entièreté de l’Argentine et se tailler une petite réputation sur le reste du globe. Parfois excessive dans ses saillies verbales (les "puta" contre les "motherfucker" ricains) et ses gimmicks (visuellement, c’est parfois indigestes et les gags finissent par lasser), Jorge y Alberto contra los demonios neoliberales reste malgré tout un objet filmique des plus étrange et rafraîchissant.


Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage