Critique de film

Fargo

"Fargo"
affiche du film
  • Genre : Thriller, Policier
  • Année de production : 1996
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Joel Coen, Ethan Coen
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h38
  • Budget : 7 millions de dollars
  • Scénariste : Joel Coen, Ethan Coen
  • Musique : Carter Burwell
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : William H. Macy, Steve Buscemi, Peter Stormare, Kristin Rudrüd, Harve Presnell, Tony Denman, Gary Houston, Frances McDormand
  • Récompenses : Oscars de la Meilleure actrice (Frances McDormand) et du Meilleur scénario en 1997
    Saturn Award du Meilleur Thriller en 1997
    Meilleur film étranger d'après l'Australian Film institute en 1996
    Bodil Award du Meilleur film américain en 1997
    5 CFCA Awards en 1997

En plein hiver, Jerry Lundegaard, un vendeur de voitures d'occasion à Minneapolis, a besoin d'un prêt de Wade Gustafson, son riche beau-père. Endetté jusqu'au cou, il fait appel à Carl Showalter et Gaear Grimsrud, deux malfrats, pour qu'ils enlèvent son épouse Jean. Il pourra ainsi partager avec les ravisseurs la rançon que Wade paiera pour la libération de sa fille. Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Fargo
Par : Seb Lecocq


Plus qu’un background ou un personnage, la neige dans Fargo est le moteur de l’action. Rien ne se fait sans elle. Elle influe sur le rythme du film, sur les actions des personnages, sur le déroulement de l’enquête. Elle est omniprésente. Il suffit de contempler les affiches et autres posters, c’est elle qui y tient le rôle principal, qui occupe le plus d’espace. La neige y est partout, elle est omnisciente, même. Elle joue aussi le rôle de narrateur muet, de fil rouge (ou blanc) à l’intrigue qui se tisse entre cette bande de personnages tous plus improbables les uns que les autres. S’il n’est pas leur premier, Fargo est le film sur lequel les frères Coen vont asseoir définitivement leur réputation, leur carrière et, plus important, leur vision du cinéma. Une vision semblable à nulle autre.

Le succès de Fargo leur est tombé dessus sans crier gare, même eux ne s’y attendaient pas si l’on ne croit Jeff Bridges qui s’exprime à ce sujet dans le livre « Je suis un Lebowski, tu es un Lebowski ». Fargo, c’est une foule de récompenses dont Deux Oscars et une Palme d’Or. Mais c’est surtout une histoire atypique et une relecture des codes du film noir et du néo-polar avec les paumés, les flics, les bras cassés et le regard désabusé sur le genre qui accompagne. Le film conte pourtant une histoire banale, celle de petites mesquineries, de mensonges qui, avec l’effet boule de neige, finissent par totalement dépasser des personnages qui n’en demandaient pas tant. La neige est là pour tout effacer ou presque. Immense tapis blanc pour un grand film noir. Un tapis blanc immaculé d’abord, puis taché par le sang qui, immanquablement, finira par couler.

Dans le Minnesota, les hivers sont rudes. Jerry Lundegaard, petit vendeur de voitures d’occasion, a désespérément besoin de collecter un prêt auprès de Wade Gustafson, son richissime et acariâtre beau-père, afin de mener à bien une juteuse opération financière. Endetté jusqu’au cou, il fait appel à deux petites frappes chargées d’enlever Jean, son épouse, et partager avec eux la rançon payée par Wade. Tout cela était sans compter sur la neige, l’amateurisme du duo de gangsters et la pugnacité d’une policière enceinte jusqu’aux yeux. Cette policière justement, jouée par une Frances McDormand oscarisée à raison, semble être le seul vrai personnage humain et positif du récit. Elle observe le tableau avec un regard à la fois triste et acerbe comme le feraient les réalisateurs. Elle flotte au-dessus de la fange et porte l’espoir dans son ventre, celui qui va ramener l’équilibre. Sous ses aspects noirs et nihilistes, Fargo cache en fait une comédie de mœurs aux traits volontairement forcés : plus idiot, plus bête, plus méchant, plus cynique, chaque personnage voit son défaut majeur amplifié de manière exponentielle pour permettre aux frères de mieux dérouler leur intrigue. Comme un peintre insiste sur certaines couleurs afin de trancher avec la blancheur d’une toile, il accentue la noirceur et les teintes sombres pour contraster avec l’angoissante blancheur du décor.

Fargo est incontestablement un film à l’ancienne qui repose sur deux composantes simples mais essentielles du cinéma : un bon scénario et de bons comédiens. On appréciera la finesse du dialogue bardé de répliques nonsensiques frôlant l’absurdité, le cheminement implacable, mécanique tout autant que surréaliste de l’intrigue et le côté jusqu’auboutiste des personnages qui s’enfoncent toujours plus dans la bêtise crasse, la veulerie et la violence. Pour jouer de telles ordures, il fallait des acteurs de premier ordre et, là encore, les frangins ont réuni ce qui, en son temps, se faisait de mieux sur la scène du cinéma indépendant : William H. Macy, Steve Buscemi, Peter Stormare et Frances McDormand pour ne citer que ceux-là. Une troupe de comédiens à l’unisson, avec le sens du collectif qui donne tout pour le film et grave ces personnages dans l’inconscient collectif. Techniquement, le métrage est là aussi impeccable en tous points : mise en scène classique qui rappelle le grand cinéma noir des années 40 et 50, photographie fabuleuse, ce blanc tout le temps, partout, oppressant dans son immensité comme pour souligner la petitesse des humains et magnifié par la partition de Carter Burwell.

Fargo fait partie des classiques du cinéma américain des années 90 et constitue, avec leur film suivant The Big Lebowski, une sorte de relecture ensoleillée et psychédélique de Fargo, l’acmé de la filmographie des Frères Coen. Rarement la neige n’a été si blanche, rarement le sang n’a semblé aussi rouge, rarement la comédie n’a été aussi noire.


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