Critique de film

Duel

"Duel"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 1971
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Steven Spielberg
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h14
  • Budget : 450 000 dollars
  • Scénariste : Richard Matheson
  • Musique : Billy Goldenberg
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Dennis Weaver, Jacqueline Scott, Eddie Firestone, Lou Frizzell, Gene Dynarski
  • Récompenses : Grand Prix du Festival d'Avoriaz en 1973
    Emmy Award du Meilleur son en 1972

Un voyageur de commerce quitte sa maison et prend la route. Roulant paisiblement dans sa petite voiture rouge, il est rapidement gêné par un imposant camion-citerne. Ce dernier s'amuse à l'empêcher de le doubler. Puis le semi-remorque entame une sorte de jeu où il laisse passer la voiture avant de la doubler à nouveau, jusqu'à la piéger dangereusement en faisant signe à son conducteur de le doubler alors qu'une voiture apparaît sur la voie opposée. A partir de ce moment, s'engage une lutte à mort entre les deux véhicules.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Duel - Putain de camion...
Par : Damien Taymans


Premier long métrage de Steven Spielberg, Duel est une œuvre annonciatrice de l’extraordinaire filmographie du réalisateur. Au départ destiné à la télévision, ce métrage adapté d’une nouvelle de Richard Matheson publiée dans le magazine Playboy s’est bâti au fil du temps une réputation solide au point de faire une sortie triomphale dans les salles de cinéma outre-Atlantique.

Le propos est d’une simplicité effarante : un homme, parti pour se rendre à son travail, est pris en chasse par un camion. Un pitch que même les pro-Nazis de base (pléonasme) pourront comprendre. Pourtant, Duel ne peut se résumer à cette seule description réductrice. Inclassable, le film participe à plusieurs genres sans réellement s’imbriquer complètement dans l’un ou dans l’autre. Film catastrophe ? L’étiquette est trop dommageable et peu évocatrice. Film fantastique ? Assurément pas. Aucun événement surnaturel ne pointe le bout de son nez. Thriller ? Si la mécanique du film à suspense est clairement utilisée voire sublimée, le terme est trop schématique et englobant pour rendre compte de la virtuosité de la mise en scène et de la profondeur du sujet.

Tourné en une douzaine de jours uniquement en extérieur (un exploit !), Duel se présente autant comme film d’action hargneux, mouvementé et virevoltant que comme un essai sociologique et ontologique. David Mann, commercial sans charisme, n’est pas seulement la victime du camion. Le personnage reflète le mal-être mysoginique de la société contemporaine. Hanté par une routine qu’il semble détester (le fameux métro-boulot-dodo qui l’oblige à avaler invariablement des dizaines de kilomètres quotidiens), avili par une femme dominatrice, David Mann est un personnage torturé qui ne trouve plus sa place dans la société, à l’image de ces machos post-seconde guerre mondiale qui ont pris un coup à la braguette en constatant que leurs épouses pouvaient se débrouiller sans eux. La soumission de l’homme à la maîtresse de maison, après avoir été évoqué furtivement lors de l’émission radiophonique du début du film, se voit illustrée lors de l’entretien téléphonique avec son épouse. Assez sûr de lui au moment de prendre l’appareil (la position masculine, le pied sur l’accoudoir), Mann se recroqueville de plus en plus au fur et à mesure des explications qu’il a avec sa femme. Au point de se voir enfermé dans un hublot situé à l’avant-plan, symbole de sa position délicate au sein de la cellule familiale.

A côté du quotidien qui l’a transformé en moribond, Mann doit affronter un ennemi d’un jour, personnifié par ce Peterbilt 351. Au sein de l’immense réseau routier américain bordé par des plaines à perte de vue (la société américaine), Mann combat à armes inégales face à ce géant motorisé qui représente la dominance technologique et industrielle de la société actuelle. Seul importe le camion, métonymie de la dérive technologique, au détriment de son conducteur que Spielberg comme Matheson ont effacé totalement (mis à part son avant-bras et ses bottes). L’engin est un personnage à part entière (la preuve en est qu’il a subi un casting) au sein du métrage spielbergien. D’ailleurs, le réalisateur ne cesse de le rappeler par le biais d’une multitude de prises de vue mettant en exergue le visage du camion (le nez représenté par l’avant, les yeux par les phares, la bouche par le pare-chocs). Magnifié malgré sa laideur apparente, sublimé malgré son aspect convenu, le Goliath se veut à la fois attirant (par son côté masculin, archaïque) et effrayant (par son manque d’esthétisme et sa brutalité).

La lutte omniprésente entre l’homme et la machine amène son lot de dérives psychologiques autant que physiques. Blessé lors de la course-poursuite, Mann souffre avant tout d’une fracture mentale. De torturé, l’homme devient paranoïaque (la scène du bar) et asocial (son comportement troublant face au conducteur de car). Amputé de ses repères, destitué de ses fonctions primaires, l’homme moderne n’est plus de taille à lutter et est voué à l’extinction.

Avec Duel, Spielberg marque le cinéma de son empreinte à tout jamais et s’ouvre la voie vers des cieux encore plus reluisants. Loin d’être beau comme un camion, Duel est une réussite formelle indéniable qui démarre sur les chapeaux de roue mais ne se termine pas en queue de poisson.


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