Critique de film

Dracula

"Dracula"
affiche du film
  • Genre : Horreur - Vampires
  • Année de production : 1931
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Tod Browning
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h15
  • Scénariste : Bram Stoker, Hamilton Deane, John L. Balderston, Garrett Fort, Dudley Murphy, Louis Bromfield, Tod Browning, Max Cohen, Louis Stevens.
  • Musique : Philip Glass (ajoutée en 1999)
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  • Bande annonce
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  • Casting : Bela Lugosi, Helen Chandler, David Manners, Dwight Frye, Edward Van Sloan, Herbert Bunston
  • Récompenses : Inscrit au registre du Patrimoine cinématographique en 2000

Renfield, chargé de conclure une transaction imobilière avec le comte Dracula, se rend dans son château des Carpathes, où l'aristocrate, qui s'avère être un vampire, va l'hypnotiser pour le mettre sous ses ordres. Débarqué en Angleterre, Dracula ne tarde pas créer de nouveaux semblables parmi la société locale en commençant par la jeune Lucy, fille du directeur de l'asile...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Dracula - Lugosi’s touch
Par : Damien Taymans


Universal, en pleine expansion en ce début de décennie, décide de ratisser plus large en s’intéressant à un jardin non encore exploré, celui de l’épouvante. Inspirés par le Nosferatu de Murnau qui avait habilement contourné le problème des droits d’auteur et requinqués par le succès de la pièce de théâtre d’Hamilton Dean et de John Baldeston, les producteurs décident de s’atteler à une création moderne du mythe du vampire. Davantage basée sur l’adaptation théâtrale que sur le roman de Stoker, Dracula s’ouvre sur la traversée des montagnes transylvaniennes en carrosse au sein duquel se trouve Renfield (le formidable Dwight Frye), un agent immobilier, substitué dans ce rôle au Jonathan Harker du roman, chargé de vendre une propriété au mystérieux comte Dracula dont le château est hanté par des créatures de la nuit d’après les habitants superstitieux du village hongrois dans lequel Renfield a fait étape précédemment.

Tod Browning, peu habitué avec le cinéma parlant, entend doter son métrage d’un personnage charismatique et c’est sans surprise que son dévolu se pose sur son ami de toujours, l’acteur Lon Chaney, baptisé l’ « homme aux mille visages », sobriquet qui trouve sa légitimation dans la capacité de l’acteur à endosser une multitude de déguisements et à adapter sa gestuelle au personnage qu’il incarne (ses interprétations de Quasimodo dans Notre-Dame de Paris et d’Erik dans Le Fantôme de l’opéra en sont de flagrantes illustrations). Malheureusement, atteint d’un cancer, Chaney ne peut répondre à la demande de son ami et c’est finalement Bela Lugosi, immigré hongrois venu aux Etats-Unis pour obtenir de meilleures opportunités théâtrales, qui écope du rôle qui restera assurément l’un des plus marquants de sa carrière. Le teint blafard, les cheveux gominés, le sourire enjôleur, le regard hypnotique, l’accent exotiquement étrange (aux répliques serinées phonétiquement), Lugosi signe un Dracula inoubliable, à la fois terrifiant et séduisant, récupérant du même coup un pouvoir d’attirance sur ses victimes qui était absent du métrage de Murnau. L’autre grand atout du casting réside incontestablement dans la présence du directeur de la photographie Karl Freund (il oeuvra notamment sur Le Golem et le Metropolis de Fritz Lang) qui ajoute sa part de dynamisme à l’inertie filmique de Browning par le truchement de travellings stupéfiants (un quasi 180 degrés sur Dwight Frye dans le château du comte notamment).

Pourtant, la « patte » de Freund, appliquée par touches discrètes, ne suffit pas à camoufler les nombreuses lacunes du métrage de Browning. Quelques erreurs scénaristiques, quelques bourdes au montage (répliques coupées et des éléments de décors qui apparaissent puis disparaissent, des événements évoqués mais jamais montrés), quelques hors-champs fâcheux (Dracula se change en loup ? Ah bon ?) finissent de souligner l’incapacité du réalisateur à sublimer son histoire, Tod Browning préférant les verbiages longuets d’inspiration théâtrale aux transpositions visuelles, le fixisme de sa mise en scène corroborant cette inertie filmique (plan large au sein duquel les personnages déambulent).

Des défauts dommageables qui n’amenuisent en rien l’aura de ce classique inévitable, premier film d’horreur parlant est-il besoin de le préciser, qui sut réactualiser le mythe du vampire (glissement temporel dans le XXème siècle) et lui rendre sa dimension la plus terrifiante, à savoir le potentiel de séduction qu’exerce la créature de la nuit sur les femmes (le Julio Iglésias hongrois en quelque sorte) peintes comme des êtres faibles que les hommes courageux et rustres s’emploient à défendre. Et surtout, Dracula version 1931 restera gravé dans toutes les mémoires ne serait-ce que par l’impact de certaines de ses séquences, visuellement irréprochables comme le parcours du mont Gorgo en carrosse sur toile de fond peinte et son jeu de miroir orchestré par le professeur Van Helsing.

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