Critique de film

Douce nuit, sanglante nuit

"Silent Night, Deadly Night "
affiche du film
  • Genre : Horreur - Slasher
  • Année de production : 1984
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Charles E. Sellier Jr.
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h19
  • Budget : 750 000 dollars
  • Scénariste : Paul Caimi, Michael Hickey
  • Musique : Perry Botkin Jr.
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Lilyan Chauvin, Gilmer McCormick, Toni Nero, Robert Brian Wilson, Britt Leach
  • Récompenses : Aucune

Traumatisé par le viol et le meurtre de ses parents lors d'un réveillon de Noël, le petit Billy est recueilli dans un orphelinat dirigé par des nonnes sadiques qui vont le brutaliser pendant des années. Devenu adolescent, Billy doit se déguiser en Père Noël pour le réveillon et cela va déclencher chez lui une fureur dévastatrice et sanglante : il croit avoir pour mission de tuer les méchants !

Les critiques à propos de ce film

Critique de Douce nuit, sanglante nuit - Santa’s killer
Par : Damien Taymans




Après le Halloween de John Carpenter, le genre horrifique s’est engouffré dans ce nouveau sous-genre des slashers pour proposer à tour de bras des ersatz sanguinolents de ces héritiers gialliques qui, la hache à la main et le couteau entre les dents, déciment un à un les pires représentants de l’adolescence lubrique et alcoolique peuplant alors les Etats-Unis au grand désespoir d’adultes rendus impuissants par le fameux fossé intergénérationel. Après avoir exploré les festivités de la veille de la Toussaint (Halloween, 1978) et les malédictions superstitieuses du vendredi 13 (Friday the 13th, 1980), il était légitime qu’une date sacrée comme la Noël soit également passée au crible du cinéma d’épouvante. Bien que cette entreprise s’avère plus litigieuse étant donné le caractère sacré et religieux que contient ladite fête, contrairement à la superstitieuse conjonction du Vendredi 13 et à la tradition païenne à l’origine d’Halloween. Une sacralisation exacerbée qui donnera lieu à de vives protestations d’associations parentales américaines qui luttent pour faire retirer des écrans cette perversion de l’esprit chrétien.

Artefacts mollasson de Michael Myers et de Jason Vorhees (dont les méfaits commenceront réellement en 1981 où il reprendra l’œuvre de sa môman), Billy légitime la peur que certains enfants éprouvent à l’égard du gros barbu tout de rouge vêtu en endossant son costume (sans pour autant lui choper ses rênes) pour se livrer à une boucherie en bonne et due forme. Parenté de genre oblige, Douce nuit sanglante nuit procède à la même recette que ses illustres modèles. Charles E. Sellier Jr., réalisateur de la série B érotico-comique Snowballing (de la neige et du sexe sur fond d’humour potache) depuis reconverti en producteur télévisuel, reprend toute l’imagerie populaire festive pour l’inverser afin de faire naître l’effroi de cette joyeuse et familiale célébration. En réalité, l’idée de mettre en scène un père Noël tueur n’est pas neuve. Les Histoires d’outre-tombe de Freddie Francis en 1972 contenaient déjà un premier sketch où une femme se voyait persécutée en son domicile par un aliéné déguisé en distributeur de cadeaux tandis que, huit ans après, Lewis Jackson avec Christmas evil centralisait son métrage sur le trouble-fête destructeur. Sans compter que le Black Christmas de Bob Clark, père du genre, situait son intrigue en pleine période de Noël sans pour autant s’attarder sur le traditionalisme protocolaire qui régit cette période festive. Plus encore que les métrages précités, Douce nuit, sanglante nuit, œuvre « Verry Christmas », est imbibé de part en part de l’esprit de Noël qui se retrouve à chaque recoin du récit. Du traumatisme enfantin aux tueries adulescentes, toute l’action se déroule aux alentours de l’anniversaire de la naissance christique, toutes périodes confondues, chacune amenant son lot de traumatismes pour le pauvre Billy.

Car, contrairement aux précédents « slashers movies », la présente pellicule abandonne le sort des victimes pour se focaliser plus avant sur l’évolution de son personnage principal afin de dépeindre adéquatement l’instant de rupture où la folie ressurgit de sa conscience détruite. Effrayé par les radotages de son grand-père légumineux, traumatisé par le meurtre de ses parents des mains d’un cinglé déguisé en Papa Noël, maltraité par une mère supérieure qui lui enseigne que toute bêtise mérite un châtiment, le jeune Billy grandit tout en conservant ces multiples entailles au sein de son inconscient. Des blessures que le temps n’a pas cautérisées qui se réouvrent lorsque le patron du magasin de jouets dans lequel il travaille lui demande de remplacer en intérim’ le faux père Noël qui reçoit toute la journée durant de sales mioches sur ses genoux pour leur offrir la traditionnelle sucette rose bonbon. Débute alors un carnage orienté qui consiste à éliminer tous les êtres néfastes de son entourage en commençant par ses collègues débiles, un couple de jeunes qui s’adonnent à la chose (sacrilège !) et à un flic qui traîne dans le coin pour déboucher sur l’ultime confrontation entre le jeune homme traumatisé et la religieuse aux méthodes peu orthodoxes.

Douce nuit, sanglante nuit perpétue la tradition du slasher en adoptant tous ses ingrédients et en les parsemant continuellement au gré de son intrigue parfois longuette entaché de quelques meurtres souvent suggérés. Ne reste comme seule consolation que l’introspection du meurtrier déjà entamée par Clark et Carpenter ici poussée à son paroxysme jusqu’à susciter une empathie identificatrice destructrice.

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