Critique de film

Double assassinat dans la rue Morgue

"Murders in the Rue Morgue"
affiche du film
  • Genre : Fantastique
  • Année de production : 1932
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Robert Florey
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h01
  • Budget : 190 000 dollars
  • Scénariste : Edgar Allan Poe (nouvelle) / Tom Reed, Dale Van Every (scénario)
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  • Bande annonce
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  • Casting : Bela Lugosi, Sidney Fox, Leon Ames, Bert Roach, D'Arcy Corrigan
  • Récompenses : Aucune

Pierre Dupin, jeune étudiant en médecine, apprend que, dans la même semaine, trois femmes ont été retrouvées dans la Seine. Toutes semblent s'être suicidées. En examinant les corps, il remarque des petites entailles sur le bras des victimes et découvre finalement que la série de crimes est perpétré par un singe savant.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Double assassinat dans la rue Morgue - Poe désincarné
Par : Damien Taymans


Pierre Dupin, jeune étudiant en médecine, apprend que trois corps de jeunes femmes ont été retrouvés, toutes décédées suite à un suicide. Après enquête, il apparaît que les trois cadavres présentent chacune des petites entailles au creux du bras. En réalité, les victimes sont les cobayes bien malheureux de l’énigmatique docteur Mirakle qui tente vainement de trouver une petite amie à son ami orang-outang…

Les studios Universal, en plein âge d’or, décident de s’attaquer au genre horrifique, produisant coup sur coup deux gigantesques œuvres : Dracula de Tod Browning (magnifiquement épaulé par le travail de Karl Freund) dans lequel le prince des vampires est incarné par le plus hongrois des hollywoodiens, à savoir le savoureux Bela Lugosi et Frankenstein, sublimé par la mise en scène de James Whale et par l’interprétation mécaniquement monstrueuse de Boris Karloff. Limogé du projet Frankenstein sur lequel il était un temps pressenti, Robert Florey se console finalement avec le nouveau matériau fourni par Universal, à savoir l’adaptation de l’une des plus célèbres nouvelles d’Edgar Allan Poe, Double assassinat dans la rue Morgue. Œuvre contemporaine, le métrage de Florey incorpore nombre d’éléments alors en vogue comme le personnage du savant fou, ici campé par l’oriental Bela Lugosi dans la peau du dangereux docteur Mirakle, le réalisateur n’hésitant pas à emprunter à l’expressionnisme certaines de ses caractéristiques stylistiques et esthétiques pour créer son Paris cauchemardesque et ténébreux.

Des libertés qui, si elles attestent indubitablement le fait que Florey est un homme de son temps, ne rendent malheureusement pas grâce au récit originel de Poe qui se voit dénaturé à l’écran par quelques excentricités fâcheuses. De l’intrigue policière qui baignait l’intrigue romancée ne reste que des bribes parsemées çà et là pour légitimer la reprise flagorneuse et élogieuse de l’intitulé de la nouvelle en question. L’enquête se voit balayée au profit d’une trame incohérente, suivant en parallèle les délires d’un savant-fou atypique et crétin (ses expériences témoignent de l’incrédulité du personnage), les amourettes frivoles de couples stéréotypés et les recherches scientifiques d’un jeune arriviste passionné par cette succession de crimes. La révélation du récit policier est en prime substituée par les élucubrations fantasmagoriques d’un réalisateur désireux d’insérer au sein de son œuvre un élément effrayant (à savoir le singe et sa soi-disant humanité), signant du même coup un essai prémonitoire au succès futur du gorille de Schoedsack. En guise de monstre, Double assassinat s’entiche donc d’un gorille qui ne devient crédible que lorsqu’il est évoqué en hors-champ par le truchement de jeux d’ombres ou de hurlements primaires, les scènes de monstration découlant sur quelques singeries peu convaincantes d’un acteur suant sous la masse de poils que lui a collée un réal peu scrupuleux quand il s’agit de ridiculiser ses figurants. D’un primate (Erik le gorille) à l’autre (Bela Lugosi à la pilosité qui aurait fait jalouser un Demi Roussos), Double assassinat pourrait ne se résumer finalement qu’à un amas de poils calfeutrant sans vergogne la narration révolutionnaire et anxiogène de Poe.

Pourtant, le métrage, s’il n’esbaudit nullement le spectateur, s’avère être un morceau capable de rivaliser avec de nombreuses autres œuvres dites « classiques ». Un essai saupoudré de l’un ou l’autre morceau de bravoure (la séquence de la balançoire, en avance sur son temps) et teinté de cette innocence seyant si bien à ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (l’évolutionnisme traité naïvement en filigrane qui était encore davantage un balbutiement sauvage qu’une hétérodoxie scientifiquement établie).

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