Critique de film

Monstres attaquent la ville (Des)

"Them !"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction
  • Année de production : 1954
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Gordon Douglas
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h34
  • Scénariste : Ted Sherdeman, Russell S. Hughes, George Worthing Yates
  • Musique : Bronislau Kaper
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : James Whitemore, Edmund Gwenn, Joan Weldon, James Arness, Onslow Stevens
  • Récompenses : Golden Reel Award du Meilleur montage sonore en 1955

Après une explosion atomique, des fourmis géantes apparaissent dans le désert du Nouveau-Mexique.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Des monstres attaquent la ville - La république des fourmis
Par : Damien Taymans


Dans le désert du Nouveau-Mexique, près d’Alamagordo, de curieux événements se produisent. Une petite fille égaré à l’air hagard erre le regard fixe et la mine déconfite et bafouille pour seules syllabes : « Them ! Them ! », un policier, pourtant tireur d’élite, se fait bouffer tout cru et des caravanes sont éventrées sans qu’aucune explication plausible ne se dégage. La police piétine. Le docteur Medford, petit être biscornu, leur vient alors en aide et les éclaire sur la sidérante vérité : les coupables ne sont autres que des fourmis de taille colossale.

La production de SF bisseuse des 50’s arbore invariablement comme sous-texte deux thèmes centraux, propres à leur époque. D’une part, le maccarthysme, prégnant en pleine guerre froide, insidieusement distillé au gré d’invasions martiennes hostiles (La Guerre des mondes, version Haskin) ou pacifiques (Le jour où la Terre s’arrêta) ou honteusement montré par le biais d’œuvres naïves (Tobor the great). D’autre part, la peur de la force atomique qui donne généralement naissance à des créatures mutantes aux tailles disproportionnées et dont le porte-étendard le plus célèbre reste le Godzilla d’Inoshiro Honda avant que la prod’ Corman ne sorte en séries des craignos monsters plus improbables les uns que les autres (L’attaque des crabes géants, L’attaque des sangsues géantes). Des monstres attaquent la ville opte pour le second choix et met en scène des fourmis gargantuesques fébrilement animées à l’aide de câbles quand, dans le même temps, Arnold et d’autres choisissent l’incrustation et la superposition pour davantage d’effets (Tarantula). Témoin des faux-semblants qui gangrènent le second conflit mondial à l’époque, le métrage délivre un message extrêmement crédule sur l’omnipotence militaire américaine qui vainc invariablement, tantôt à l’aide de lance-flammes, tantôt au moyen de bombes, ces émanations que la société humaine pourtant elle-même engendrées.

Malgré des effets visuels en carton-pâte (qui valurent tout de même au film d’être nommé pour l’Oscar de cette catégorie) et un message subliminal et sublimé à l’égard des sauveurs en uniforme kaki et, par extension, de la gérance impeccable en cas de crise du gouvernement ricain, le film de Gordon Douglas, qui compte déjà une soixantaine de longs métrages à son actif, séduit par son sens du rythme et sa maîtrise du suspense. Avare en séquences d’attaques (malgré ce que la traduction française mensongère laisse présager, d’attaque urbaine il n’y a point, les créatures préférant se confiner dans leurs tanières pour procréer en toute impunité), la pellicule se voit pourtant émaillée de vrais moments anxiogènes grâce à un travail sonore éblouissant (les cris stridents des insectes qui transpercent le silence, les déplacements des monstres dans les contreforts des égouts de LA, les rafales de vents qui sillonnent le désert) et à un rythme sans aucun temps morts qui enchaîne discussions bureaucratiques, théorèmes scientifiques (contribuant à instaurer un certain réalisme bienvenu au vu du pitch échevelé) et interventions sur le terrain avec frénésie.

Des monstres attaquent la ville constitue le mètre-étalon du cinéma SF bis des années 50 dans lequel se retrouvent tous les ingrédients de l’imagerie propre au sous-genre de l’attaque animalière mutante (mutation à peine éraflée et légitimée par l’atome, les théorisations de scientifiques, l’intervention heureuse ou malheureuse des militaires, le citoyen de base, l’idylle chaotique entre les héros, …), drastiquement mise au point par un artisan en la matière, le scénariste George Worthing Yates (Earth vs the Spider, Le fantastique homme colosse, Les soucoupes volantes attaquent, Le monstre vient de la mer).

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage