Critique de film

Dernier train pour Busan

"Busanhaeng"
affiche du film

Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l'état d'urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu'à Busan, l'unique ville où ils seront en sécurité...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Dernier train pour Busan - Terminus, tout le monde meurt
Par : Seb Lecocq

Si Last Train To Busan est son premier film, Yeon Sang-ho n’est pourtant pas un nouveau venu puisqu’il s’était fait un nom dans le cinéma d’animation avec notamment le puissamment noir King Of Pigs. Il passe au long métrage « live » avec un genre hyper codifié dans lequel tout a été dit et redit : le zombie movie. Bien difficile de faire preuve d’originalité dans ce créneau plus qu’encombré mais Yeon est un homme qui aime relever des défis comme le prouve son film, chaudement accueilli un peu partout où il est passé.

La Corée du Sud n’a que très rarement abordé le genre du zombie flick, certainement trop occupée à mettre la pâtée à tout le monde avec ses polars. C’est donc avec une certaine impatience non dénuée de curiosité que l’on embarque dans ce dernier train. Et même si le métrage n’est pas exempt de défauts, le voyage vaut le prix du billet, Yeon parvient à investir le genre tout en en respectant scrupuleusement les codes. Les zombies sont là, bien présents, mais ne constituent pas le cœur de l’œuvre qui s’attarde sur ses personnages sans non plus tomber dans le mélodrame ou l’étude de caractères à trois sous. L’un des problèmes majeurs de l’œuvre vient justement de personnages pour la plupart, dans un premier temps, trop archétypaux que pour susciter l’adhésion. Ce père trader égocentriste qui sacrifie (ex) femme et enfant sur l’autel du travail ne convainc guère et oblige le spectateur à le subir plus qu’à le soutenir. Pas l’idéal lorsqu’on veut rallier un public à sa cause.

La première heure est marquée par un rythme étrange, très saccadé avec un découpage systématique en séquences qui rappellent énormément la rythmique du manga. Une montée lente qui se termine par une scène d’action alternée avec un temps de repos qui fait avancer l’intrigue par le dialogue ou la situation. L’action n’est pas là pour faire avancer l’intrigue générale mais bien pour tenir le spectateur en haleine. Elle n’existe que pour elle-même comme en témoigne la scène de l’attaque de la gare. Une très bonne séquence d’action typique du manga mais qui n’apporte pour ainsi dire rien à l’intrigue, plutôt maigre, de ce dernier train. La richesse vient des intrigues et des personnages secondaires comme les divers couples du train qui tirent clairement le film vers le haut et contrebalancent certains protagonistes trop stéréotypés ou grossièrement esquissés.

Les zombies, pour leur part, sont toujours présents, menace visible qui hante ce train fou. Les scènes d’attaques se montrent d’ailleurs nombreuses mais d’un classicisme à toute épreuve ; Yeon se place sous l’influence de Danny Boyle ou Balaguero avec des morts-vivants rapides qui mutent quasi instantanément. La première heure du film est d’ailleurs plutôt moyenne, trop parasitée par les défauts énoncés plus haut. C’est en milieu de métrage que ce train trouve son rythme de croisière, lorsque les personnages, au préalable archétypaux, se dévoilent et que le réalisateur place son récit sur les rails de l’émotion, ce qui donne lieu à quelques très belles séquences qui tirent enfin leur force de l’implication du spectateur. On retrouve aussi (enfin !) ce qui fait la sève du cinéma coréen : une noirceur et une saveur résolument amères, flirtant avec le nihilisme le plus sombre. Les personnages sont confrontés à eux-mêmes tout autant qu’aux monstres baveux et le pire danger n’est pas celui que l’on croit.

Au final, Last Train to Busan est une œuvre qui fonctionne sur courant alternatif, avec des hauts et des bas. Des défauts récurrents qui amoindrissent son impact immédiat mais aussi des séquences d’une grande puissance émotionnelle et visuelle. C’est là, dans le cœur et le ventre de ses personnages, que Yeon marque les esprits bien plus que dans ses scènes d’horreur ou d’action. L’horreur est toujours décuplée lorsqu’elle est à taille humaine.


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