Critique de film

Dans les griffes du Loup-garou

"La Maldición de la bestia"
affiche du film
  • Genre : Horreur
  • Année de production : 1977
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Miguel Iglesias
  • Pays d'origine : Espagne
  • Durée : 1h34
  • Scénariste : Paul Naschy
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  • Bande annonce
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  • Casting : Paul Naschy, Grace Mills, Silvia Solar, Gil Vidal, Luis Induni
  • Récompenses : --

Parce que son ami a photographié avant sa mort une silhouette qui ressemble à celle d’un yeti, le professeur Lacombe décide d’organiser une expédition dans les régions reculées du Népal. Outre ses collaborateurs habituels, Lacombe fait appel à son disciple, Waldemar, qui accepte de l’accompagner. Waldemar, en mission de reconnaissance, tombe sous le pouvoir de sorcières qu’il finit par tuer. Mais, marqué par l’une d’entre elles, devient alors victime d’une étrange malédiction...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Dans les griffes du loup garou - Dans les griffes du bis espagnol
Par : Fred Pizzoferrato

Personnage éminemment sympathique et véritable connaisseur du cinéma d’épouvante, le regretté Paul Naschy (alias Jacinto Molina), né en 1934 et décédé en 2009, reste surtout associé à son personnage fétiche de Waldemar Daninsky, alias El Hombre Lobo. Quoique Naschy ait incarné la plupart des monstres mythiques du répertoire horrifique (Le grand amour du comte Dracula, La venganza de la momia, etc. ) c’est en effet Daninsky qui lui vaut la célébrité auprès des « fantasticophiles » dès 1968 avec Les vampires du dr Dracula. Rendant hommage au loup-garou incarné par Lon Chaney Jr une trentaine d’années plus tôt, Paul Naschy reprendra le rôle de l’aristocrate maudit par la lycanthropie une douzaine de fois, entre autre dans La furie des vampires, L’empreinte de Dracula, le très bis Dracula vs Frankenstein, Night of the wolfman (supposé perdu et peut-être même jamais terminé !), Fury of the wolfman et Dr Jekyll and the wolfman. Après Dans les griffes du loup-garou, Naschy revient encore à son « Hombre Lobo » avec El retorno del hombre lobo en 1980, La bestia y la espada magica en 1983 et El aullido del diablo (dans lequel il incarne une dizaine de personnages en plus de Daninsky) en 1987. Il faut ensuite attendre 1996 pour voir débarquer Lycantropus suivi, en 2004, d’un ultime Tomb of the werewolf dirigé par le spécialiste du bis référentiel Fred Olen Ray.

Ni le meilleur ni le pire épisode de la saga Dans les griffes du loup-garou constitue, pour sa part, une honnête production délaissant le climat gothique des précédentes aventures de Daninsky pour se complaire dans une « exploitation » gentillette inspirée par la bande dessinées, les serials et la littérature de gare.

Le célèbre explorateur Waldemar Daninsky accompagne sa copine Sylvia et son futur beau-père anthropologue dans les montagnes du Tibet afin de découvrir le légendaire Abominable Homme des Neiges. Mais Daninsky s’égare dans les montagnes et trouve refuge dans une grotte habitée par deux demoiselles adoratrices du Dieu Moloch. Les belles vivent en recluses depuis trop longtemps et sont immédiatement excitées par le corps viril de l’aventurier qui s’offre un peu de bon temps en leur compagnie. Malheureusement, les petites cochonnes sont des sorcières cannibales lycanthropes (si !) et, à la nuit tombée, il leur pousse du poil aux pattes et un peu partout sur le corps. Daninsky parvient cependant à leur échapper après avoir été mordu à la poitrine et retrouve son aimée, laquelle lui apprend que son papa a été capturé par Sekkar Khan, un tyran local. Ce-dernier, souffrant d’une mystérieuse maladie de peau, recours aux services d’une tortionnaire nommée Wandessa qui martyrise des jeunes demoiselles pour concocter un remède supposé guérir Sekkar Khan. De son côté, Daninsky, comprenant qu’il est devenu un loup-garou, perd espoir mais un vieil ermite lui apprend qu’une fleur sacrée peut le guérir de sa malédiction et il se lance à la recherche du végétal magique. Malheureusement, Sylvia est enlevée à son tour par le cruel Sekkar Khan et promise aux pires sévices entre les mains expertes de Wandessa. Laissant libre court à sa fureur, Daninsky vole au secours de sa chère et tendre, rencontrant au passage le redoutable Yéti avec lequel il engage un combat à mort.

Paresseusement réalisé par Miguel Iglesias entre deux films d’aventures plus classiques (Tarzan and the mistery of the jungle et Kilma queen of the amazons), le métrage se suit toutefois sans ennui et adopte un rythme alerte salvateur.

Les nombreux éléments typiques de la série B rendent ainsi Dans les griffes du loup-garou divertissant, le cinéaste ne se privant pas d’aligner les clichés comme ce repère de bandits perdu dans la montagne, ce sage reclus ayant réponse à tout, ou encore les expériences sanglantes de la cruelle acolyte du tyran. Celle-ci, appelée Wandessa, rappelle d’ailleurs la fameuse Ilsa louve des SS dont les exactions venaient de récolter un franc succès. Les tortures commises par Wandessa comprennent surtout un arrachage de peau à vif sur une pauvre victime féminine afin de soulager le tyran de son mal. Une violence plus cartoonesque que choquante et surtout suggérée, à l’image des quelques scènes gore disséminées dans le métrage. La plus brutale préfigure d’ailleurs Cannibal holocaust et dépeint l’agonie d’un membre de l’expédition empalé mais pouvant malgré tout discourir de manière cohérente avec Daninsky, qu’il supplie de l’achever. Pas très crédible et plutôt drôle au second degré. A part ça rien de très mémorable à signaler si ce n’est les inévitables morsures et autres attaques du lycanthrope, sanglantes mais pas davantage que dans les autres épisodes de la saga. Les censeurs britanniques placèrent pourtant Dans les griffes du loup-garou sur la fumeuse liste des « video nasties » sans que rien ne justifie véritablement cette inclusion auprès de titres bien plus offensants. Quoiqu’il en soit, le métrage bénéficia de cette publicité toujours bonne à prendre et se para au fil des années d’un petit parfum culte à vrai dire immérité.

Les péripéties, nombreuses, égaient heureusement un script sans surprise et permettent quelques dialogues forcés aux limites du comique involontaire comme lorsque le héros découvre la vérité sur les deux nymphomanes cannibales et s’exclame sentencieusement « Non, ce cauchemar ne peut pas être vrai, c’est impossible ! ». Au niveau des références, notons la présence d’un personnage nommé Larry Talbot, clin d’œil évident de Paul Naschy à son inspirateur Lon Chaney Jr. Un métrage incluant un seigneur de guerre chinois à la Fu Manchu, un loup-garou romantique, le Yéti, des sorcières nymphomanes cannibales et une tortionnaire sadique ne saurait, de toutes manières, être complètement mauvais.

L’interprétation de Naschy se montre, comme toujours, un peu approximative et rigide mais il y croit et cela se sent, même quand son supposé sex appeal ravageur attire dans son lit toutes les représentantes du beau sexe passant à sa portée. Cet enthousiasme rend Dans les griffes du loup-garou finalement très sympathique et permet d’excuser des maquillages peu convaincants et des effets de transformation dépassés depuis plusieurs décennies. Difficile aussi de croire que le métrage se déroule dans les sommets de l’Himalaya alors qu’il a été tourné en Espagne mais les paysages enneigés n’en possèdent pas moins un charme authentique à condition de ranger son cynisme au vestiaire.
Le duel final annoncé par le titre anglais manque, pour sa part, de grandeur et se limite à une empoignade confuse durant les cinq dernières minutes. Le Yéti, jusque là très discret, croise la route du loup-garou et les deux « boules de poils » se castagnent joyeusement mais de manière très brouillonne, l’obscurité cachant certes la pauvreté des grimages mais rendant également la scène peu palpitante.

Mélange tapageur entre les conventions du serial d’aventures, la retenue respectueuse d’un hommage sincère à l’Age d’Or de la Universal et les tentations d’exploitation concrétisée par quelques passages gore ou gentiment sexy, Dans les griffes du loup-garou n’est pas une grande réussite mais son enthousiasme communicatif et sa durée réduite le rendent agréable et distrayant.


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