Critique de film

Crimson Peak

"Crimson Peak"
affiche du film
  • Genre : Epouvante, Drame, Romance
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h59
  • Budget : 55 millions de dollars
  • Musique : Fernando Velázquez
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Après avoir succombé aux charmes d’un bel inconnu, une jeune femme se retrouve dans une étrange maison au faîte d’une montagne d’argile rouge sang: un endroit empli de secrets qui la hanteront jusqu’à la fin de ses jours. La vérité est là quelque part, entre désir et ténèbres, mystère et démence, cachée aux flancs de Crimson Peak.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Crimson Peak - Fantasmagories romantiques
Par : Samuel Tubez


La chute de la maison Usher, La maison de diable, Opération Peur, Profondo rosso, Rebecca mais aussi Jane Eyre ou Les Hauts de Hurlevent, Guillermo del Toro crie son amour pour le gothique sous toutes ses formes dans son dernier film, Crimson Peak, retour à l’épouvante après des Hellboy et Pacific Rim survitaminés aux CGI.

« Les fantômes existent ». C’est par cette phrase prononcée par Edith Cushing (Mia Wasikowska) en tout début de métrage que le réalisateur mexicain se positionne d’entrée de jeu à l’opposé des productions horrifiques actuelles qui jouent inlassablement sur l’incrédulité de personnages en proie à des esprits frappeurs et autres spectres adeptes de jumpscares foireux. Ici, seul le personnage d’Edith peut les percevoir, ces ectoplasmes meurtris durant leur existence, morts dans d’horribles circonstances. Comme toujours chez Del Toro, ce ne sont pas eux les véritables monstres de l’histoire (cfr. Le Labyrinthe de Pan pour n’en citer qu’un) et la véritable menace est bien sûr de nature humaine. On s’en étonnerait presque, tellement ce véritable démiurge parvient à nous entrainer dans un univers visuellement foisonnant, flattant continuellement nos rétines, ressuscitant nos(ses) souvenirs de cinéphiles dans un écrin luxueux. Cet écrin c’est bien entendu le manoir de Crimson Peak, demeure victorienne presque vivante située à plus d’une journée de marche de la civilisation et qui s’enfonce dans les terres argileuses sur lesquelles elle fut bâtie. Décrépie, trouée de toute part, elle respire par le vent qui circule dans ses cheminées, parle via les âmes tourmentées qui errent dans ses couloirs et saigne de l’argile carmin par le moindre de ses interstices. Edith s’y installe suite au brutal décès de son père, suivant ainsi son bienaimé Thomas Sharpe (Tom Hiddleston) et sa sœur, Lucille Sharpe (Jessica Chastain). Un étrange et pervers trio amoureux auquel vient s’additionner le Dr Alan McMichael (Charlie Hunnam), ami d’enfance d’Edith qui enquête sur la mort mystérieuse du père…

Romance, jalousies et sombres manigances sur fond d’épouvante, tel est le programme de Crimson Peak, authentique drame victorien et mélo empruntant autant à Emily Brontë qu’à Mario Bava. C’est la première fois que le réalisateur place une histoire d’amour au cœur de l’un de ses récits et cela lui réussit plutôt bien, se montrant aussi virtuose dans ses intrigues sentimentales que lorsqu’il déploie ses fantasmagories, les unes et les autres cohabitant lors d’un final enneigé beau à faire damner un saint. Dans un élan de générosité qui le caractérise, le cinéaste compile ses références de manière un peu excessive et, même si son approche diffère de tout-venant fantomatique au cinéma, son scénario, co-écrit avec Matthew Robbins (Mimic, Don’t Be Afraid of the Dark) s’avère prévisible et manque d’une once de perversité supplémentaire pour réellement nous subjuguer. Un récit simple qui n’est peut-être pas la force principale du film mais qui fait toutefois preuve de cohérence et qui est formidablement porté par un trio d’acteurs en vogue. Les grincheux se délecteront donc davantage devant la fabuleuse direction artistique, l’atout majeur du métrage, fourmillant de détails aussi bien dans son manoir beau et ténébreux à s’en déboiter la mâchoire (authentique décor fabriqué pour les besoins du tournage !), que dans ses fantômes dégingandés uniques en leur genre ou encore les très beaux costumes d’époque. Peu de films de genre actuels peuvent se targuer de posséder pareille esthétique, Del Toro s’étant échiné à livrer son film le plus abouti visuellement. Le pari est amplement rempli de ce point de vue et l’on ne peut que s’incliner, une fois de plus, devant le talent et la générosité de l’artiste qui nous livre une nouvelle perle d’une noirceur abyssale venant compléter l’ensemble d’une œuvre qui n’en manque décidément pas.

Gothique dans presque tous les sens du terme, Crimson Peak est un ravissement pour les yeux des fantasticophiles adeptes de classiques du genre. Sur base d’un scénario simple évoluant en terrain connu, Guillermo del Toro crée un univers d’une beauté renversante et parvient, avec la complicité de ses trois talentueux acteurs, à nous envoûter dans ce film d’épouvante romantique de très haut niveau.


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