Critique de film

Coraline

"Coraline"
affiche du film
  • Genre : Animation
  • Année de production : 2009
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Henry Selick
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h40
  • Budget : 35 millions de dollars
  • Scénariste : Henry Selick (scénario) / Neil Gaiman (livre)
  • Musique : Bruno Coulais, They Might Be Giants
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Dakota Fanning, Teri Hatcher, Jennifer Saunders, Dawn French
  • Récompenses : Aucune

L'histoire d'une fillette qui pousse une porte secrète dans sa nouvelle maison et découvre alors une version alternative de sa propre vie. Au premier abord, cette vie parallèle est étrangement similaire à la sienne - en bien meilleure. Mais quand cette aventure fantastiquement déjantée commence à devenir dangereuse et que sa fausse mère essaie de la garder avec elle à jamais, Coraline n'a d'armes que son ferme entêtement et son courage, et la complicité de voisins et d'un chat noir parlant, pour venir en aide à ses vrais parents et aux autres enfants fantômes et rentrer enfin à la maison.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Coraline - De l’autre côté du miroir
Par : Damien Taymans


Le déménagement n’a décidément rien amené de positif dans la lamentable vie de Coraline. Ses parents se consacrent toujours autant à la rédaction de leurs articles sur le jardinage, quitte à arborer de gigantesques cernes, et délaissent leur fillette. Coraline s’ennuie ferme et, pour combler les interminables après-midis, compte les gouttelettes qui ruissellent sur la fenêtre de sa chambre et entame un recensement des portes et fenêtres de sa nouvelle demeure. Lors de son investigation, elle découvre une petite sortie dérobée, savamment planquée derrière le papier-peint. Au bout d’un couloir, un monde alternatif où vivent des clones de ses parents. Des clones plus joyeux qui gambadent et s’amusent dans un univers bariolé et fleuri. Bien sûr, ce monde-là comporte aussi ses petites malformations. Tout le monde a des boutons… à la place des yeux…

Coraline est, selon la formule consacrée, un film adulte. En ce sens qu’il témoigne de la maturation de son auteur, Henry Selick, qui s’affranchit pour la première fois des influences de ses mentors et prend seul les rennes de cette adaptation. Fou absolu du roman original de Gaiman, le réalisateur de L’étrange Noël de monsieur Jack (souvent attribué à tort à Tim Burton) s’est précipité sur les droits cinéma du bouquin avant que d’autres ne s’alignent sur les rangs. Retranscription fidèle mâtinée de quelques clins d’œil propres au cinéaste, Coraline s’articule autour de deux mondes, séparés par un long corridor dans lequel la stature debout est impossible à maintenir. Deux univers que Selick voulait à la base diamétralement opposés autant au niveau du fond que de la forme. Le monde réel en stop-motion traditionnel et le monde onirique en animation stéréoscopique afin de fournir davantage de relief et de forme à cette alternative fantasmée. Entreprise abandonnée en cours de projet étant donné que le monde vers lequel tendait à revenir l’héroïne revêtait moins d’intérêt que celui dont elle cherchait à s’échapper. En lieu et place, la stéréoscopie est disséminée sur l’ensemble de l’œuvre, permettant à Selick de sublimer cette fable visuellement enchanteresse.

Un enchantement formel qui contrebalance un fond plus proche de l’horreur que du fantastique. A ce titre, Coraline est un film adulte pour les adultes même si le pendant réel s’avère moins glacial et désespérément noir que celui dressé dans les films de Del Toro (Le Labyrinthe de Pan et L’échine du diable, sur fond de guerre où les enfants sont les victimes principales d’une cruauté des adultes qui se décline tantôt en abandon tantôt en rapiècement familial). Le monde parallèle peuplé de personnages aux yeux boutonnés, leur mainmise sur Coraline et les autres enfants piégés renvoient aux contes sombres et ténébreux d’Andersen avant qu’une refonte politiquement correcte dictée par la sacrosainte bienséance ne les épure de toute dramaturgie horrifique. A l’instar desdits contes, l’œuvre comporte son lot de concepts moralisateurs qui poussent à la réflexion tout en conservant une certaine distance afin de ne pas sombrer dans la surexplication édificatrice pour gobeurs crédules. Mieux, subrepticement, Coraline dresse un constat cinglant de la société actuelle, donnant le rôle dominant à la mère d’un côté du miroir comme de l’autre et décalquant les dérives de la société actuelle via les comportements des parents et de l’étrange voisinage. Au point de quitter le parallèle inévitable avec les œuvres de Lewis Carroll, Coraline se pose lui-même comme un reflet à peine déformé d’une réalité quasiment fictionnelle.

Essai réussi pour Selick qui signe avec Coraline son premier projet personnel (il endosse à la fois les casquettes de réal, de scénariste et de producteur) loin de ses mentors. Entachée de quelques menues longueurs (le dénouement tarde à venir et certaines digressions s’avèrent inutiles), cette pellicule constitue au final un concentré détonnant de ce qui se fait actuellement de mieux en matière d’animations.


Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage