Critique de film

Conjuring 2 : Le Cas Enfield

"The Conjuring 2"
affiche du film

Une nouvelle histoire vraie issue des dossiers d’Ed et Lorraine Warren : l’une de leurs enquêtes les plus traumatisantes.Lorraine et Ed Warren se rendent dans le nord de Londres pour venir en aide à une mère qui élève seule ses quatre enfants dans une maison hantée par des esprits maléfiques. Il s'agira d'une de leurs enquêtes paranormales les plus terrifiantes…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Conjuring 2 - Les Maçons du cœur
Par : Seb Lecocq


La sortie du nouveau film de James Wan a énormément fait parler d’elle alors que pratiquement personne ne l’avait vu, la faute au refus du distributeur UGC de proposer le film dans ses salles (voir notre article Renvoyez la censure !). Après un premier épisode convaincant, Wan a donc lancé ce qui serait le début d’une belle franchise, les dossiers Warren permettant en effet largement de quoi mettre en chantier une importante série de films. Mais d’ici là, attardons nous un peu sur ce deuxième épisode, que l’on peut décemment considérer comme le blockbuster horrifique de cet été et qui, au vu du cas étudié, promet un sacré ride horrifique.

James Wan est un homme avisé qui n’est pas du genre à changer une recette à succès. Le résultat est donc sans surprise pour qui a vu le premier épisode et c’est là son principal défaut : une petite impression de déjà-vu qui nous tiraille de temps à autre, spécifiquement lors des quelques moments faibles du film qui, fort heureusement, ne sont pas très nombreux. Si le premier était un espèce de best-of de film d’épouvante, celui-ci se place dans la catégorie du film de possession qui, depuis quelques années, retrouve un second souffle. Le réalisateur adapte le dossier Enfield, bien connu de tous les amateurs de paranormal de par sa médiatisation, sa documentation riche et la puissance des phénomènes qui s’y sont manifestés. Mais Wan est un filou et ouvre son récit par un mini remake d’Amityville, affaire sur laquelle le couple Warren a enquêté, ce qui lui permet d’emblée de plonger le spectateur en apnée tout en introduisant le couple-vedette pour ceux qui n’auraient pas vu le premier volet. Une mise en bouche efficace qui contient en son sein tous les germes du métrage.

The Conjuring 2 est un sacré morceau de cinéma d’horreur tout autant qu’il est une vraie œuvre de James Wan. Son style empreigne chaque image de cette suite, ou plutôt de ce nouvel épisode qui peut être vu tout à fait indépendamment sans le moindre problème de compréhension. Les époux Warren font le lien entre les deux œuvres, et ils sont ici mis à l’honneur, leur relation étant finement explorée par une intrigue qui mêle d’abord parallèlement leur vie et l’affaire Enfield avant d’habilement rejoindre les deux axes scénaristiques. La relation entre Ed et Loraine est rendue touchante par le scénario, mais aussi et surtout par la composition de Vera Farmiga et Patrick Wilson, tous deux impeccables. Ils apportent beaucoup de profondeur et de véracité à ce couple tant et si bien qu’on va s’y attacher lorsque les choses vont se corser pour eux dans le feu de l’action.
Et d’action, il en est question. James Wan réalisant ses films d’horreur comme de véritables actioners en s’appuyant sur une intrigue à rebondissements, il fait de nouveau de Conjuring 2 un véritable grand huit horrifique qui offre une première heure exceptionnelle. Montée en tension, angoisse, coup de pression, travail sur les personnages et le son, mise en scène impeccable,…cette première heure est un sacré morceau de cinéma mis en chantier par un réalisateur en pleine possession de ses moyens. Prenons par exemple une scène à première vue anodine où l’on voit la famille se préparer au coucher. A la manière d’un McTiernan ou d’un Kubrick, Wan nous dévoile la topographie des lieux et l’architecture de la maison avec une souplesse et une ampleur de caméra rarement vue chez lui. Cette mise en scène maniant classicisme et modernité, utilisant champ et hors-champ, plans larges et gros plans, caméra fixe et mouvements d’appareils est tout simplement brillante. L’action et la peur sont vraiment au rendez-vous même si, plus que de peur, il est ici question de frissons et de tension, le parti pris de Wan de traiter ses séquences horrifiques comme des scènes d’actions atténuant la portée flippante de l’horreur mais accentuant la soudaineté des phénomènes présentés afin de laisser le spectateur constamment aux aguets.
La deuxième heure est quant à elle un peu moins forte, la faute à un rythme fluctuant, une redite des phénomènes et un méchant peu convaincant. Une constante dans le cinéma de Wan qui semble bien en peine de proposer des boogiemen mémorables (excepté Jigsaw, bien évidemment). Ici, Valak, un des big boss des Enfers est à peine plus effrayant qu’une figurante dans un clip de Rob Zombie, mais l’essentiel n’est pas là, le plus effrayant étant dans la suggestion.

The Conjuring 2 démontre que James Wan maîtrise son sujet et sa caméra comme personne, qu’il est en train de construire une vraie oeuvre horrifique et que, petit à petit, il est en train de façonner l’horreur et le fantastique des années 2010. On est face à un film d’horreur sous forme de montagnes russes qui alterne vrais moments de tension et phases de repos, le tout en proposant des plans et séquences qui impriment durablement la rétine et l’esprit du spectateur.


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