Critique de film

Confessions

"Kokuhaku"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 2010
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Tetsuya Nakashima
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 1h46
  • Scénariste : Kanae Minato, Tetsuya Nakashima
  • Musique : Toyohiko Kanahashi
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Takako Matsu, Yoshino Kimura, Masaki Okada
  • Récompenses : Meilleur réalisateur, Meilleur montage, Meilleur film et Meilleur aux Awards of the Japanese Academy 2011
    Meilleur film asiatique aux Hong Kong Film Awards 2011
    Meilleur film au Puchon International Fantastic Film Festival 2010
    Prix Black Dragon du Public au Udine Far East Film Festival 2011

Yuko Moriguchi a arrêté de vivre depuis que sa petite fille de quatre ans, Manami, a été retrouvée noyée dans la piscine de l’école où elle enseigne. D’après le rapport de police, il s’agirait d’une mort accidentelle. Mais l’institutrice n’est pas dupe et suspecte deux de ses jeunes élèves d’être les responsables…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Confessions - Vendetta
Par : Maureen Lepers


Après une comédie sucrée, Kamikaze Girls, qui estampillait doucement les angoisses des deux adolescentes face au monde adulte, la réalisatrice japonaise Tetsuya Nakashima creuse sensiblement sa problématique, et signe avec Confessions un drame humain léché et intransigeant qui entend disséquer les mécanismes du deuil et de la vengeance.

Le film s’ouvre sur une salle de classe bordélique. Frêle et stricte, la silhouette de l’institutrice, Yoku Moriguchi, danse dans les rangs. La jeune femme parle et cet étrange monologue, indéniable ligne narrative - l’histoire d’une mère dont la fille de quatre ans a été assassinée par deux de ses élèves et qui crie vengeance – impose d’emblée une ligne formelle, celle de la voix, on ou off, venue d’ailleurs, qui coule sur les images bruyantes de la classe comme les mots d’un conteur, et qui induira, pour chaque personnage clef, une présence à la fois au cœur et au-delà du récit. En effet, la force de Confessions tient presque exclusivement au brio de sa structure, qui substitue au drame effectif (la mort de la gamine), le drame vécu. A mesure que se succèdent les fameuses confessions (de l’institutrice mère, de l’enfant meurtrier, sa petite amie, son complice et la mère de ce dernier), Nakashima offre par le son un accès inédit à l’intériorité de ses personnages. Dans le même temps, en offrant à ces corps une voix, elle induit au sein du film un double mouvement, à la fois de retour en lui-même, et d’ouverture vers le dehors. Ce que la voix off révèle d’omniscience et d’intimité, elle le consume aussitôt et le met au service d’un ensemble plus grand, le récit. Dès lors, les personnages ne sont plus seulement acteurs de leurs propres réalités, ils en deviennent les victimes. Induites par les témoignages et aveux (au public, et non à un quelconque policier ou autre), les images sont à la fois celles d’une réalité immédiate (celle du film et du spectateur) et d’une réalité vécue, révolue donc, celle des personnages qu’ils sont condamnés à revivre, inlassablement, du fait de leur statut de narrateur et de l’importance accordée à leur voix. Plus que la vendetta qu’il s’attache à dépeindre, la perversité de Confessions tient dans cette relecture du supplice de Prométhée, dans cette boucle morbide à laquelle sont enchainés les personnages (l’exercice atteignant son paroxysme dans la confession de la petite amie), et qui fonde le nihilisme et la profonde tristesse du long métrage. Ce que signifie en définitive ce vertige formel, c’est l’impossibilité du repentir.

Une question alors : où se situent les limites d’un tel exercice ? Précisément, et paradoxalement, dans le traitement accordé aux personnages dont l’intériorité se révèle, à l’image de la forme pré-évoquée, radicale. Le risque d’une telle intransigeance de caractérisation est bien celui du grossier, du grotesque même, et c’est malheureusement un écueil que Tetsuya Nakashima n’évite pas, ou ponctuellement. La démarche ne manquait cependant pas d’intelligence : en ouvrant sur la confession de Yogu, l’institutrice, la cinéaste impose d’abord aux spectateurs un brouhaha (la classe), un ensemble dont elle s’attache à figurer la cruauté. Pour atteindre l’essence du drame, il s’agira donc de creuser. D’emblée pourtant, il y a quelque chose qui gêne dans cette image : c’est le manichéisme primaire auquel est soumise la classe, qui consacre les enfants, tous les enfants, comme monstres impitoyables, dont l’innocence ne trouve écho que dans le crime. La nuance doit donc venir des aveux, et c’est là encore une de leur force. Cependant, ce passage du global au particulier manque lui aussi cruellement de finesse, et à mesure que sont révélés les tenants et aboutissants du meurtre et ses conséquences, ce n’est pas tant l’évolution des personnages et des mécanismes de vengeance qui est mise en scène que la multiplication gratuite et sans distinction des acmés dramatiques et des effets chocs.

Ce qui condamne finalement Confessions, c’est l’absence de contrepoint, d’ouverture, de luminosité. Il n’y a pas d’ébranlement, pas de progression possible dans la gangrène puisque, comme le signale l’ouverture, tout est d’emblée pourri et tout doit disparaitre. Le mouvement de chute qu’avait supposé l’emboitement des témoignages se révèle alors caduque et condamne le film à une linéarité dramatique d’une grande pauvreté que seule vient relever le jeu sur la forme. Reste ce personnage magique d’enfant meurtrier, Shuya, dont la radicalité touche au sublime et dont l’anéantissement final révèle à la fois la vanité du monde adulte (voir la très belle scène d’abandon) mais également la vanité de son contenant cinématographique qui n’a même pas l’audace de lui proposer une ligne de progression digne de ses aspirations. Ce gosse, brillant et pervers, fauché en plein vol, est le film. Comme lui, il étouffe et s’étiole sous le poids de sa propre virtuosité.


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