Critique de film

Juillet de sang

"Cold in July"
affiche du film
  • Genre : Drame, Thriller
  • Année de production : 2014
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA, France
  • Durée : 1h49
  • Musique : Jeff Grace
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

1989. Texas. Par une douce nuit, Richard Dane abat un homme qui vient de pénétrer dans sa maison. Alors qu’il est considéré comme un héros par les habitants de sa petite ville, il est malgré lui entraîné dans un monde de corruption et de violence.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Cold in July - Total western
Par : Seb Lecocq


Jim Mickle possède ce petit quelque chose en plus qui fait la marque des grands metteurs en scène. L’amour, la passion, l’artisanat. On sent, au travers de chacun de ses plans, que celui-ci mange, boit, dort, respire cinéma. Cold In July offre une nouvelle et flagrante preuve du talent d’un metteur en scène qui peut rester humble pour s’effacer derrière ses sujets. Touche à tout du genre, il avait jusqu’ici exploré le film de vampires, le film de cannibales ou encore le polar apocalyptique avec déférence et finesse. Cette fois, il s’attaque au genre phare du grand cinéma américain : le western. Un western contemporain qui convoque toutes les figures fondatrices du genre : cow-boy fatigué, vengeance, équipée sauvage, frontière et, bien évidemment, fusillade. Je l’avais déjà dit mais je persiste et je signe : Jim Mickle est le disciple évident de John Carpenter.

Cold In July est l’histoire a priori classique d’une vengeance. L’honnête encadreur Richard Dane tue, en état de légitime défense, un cambrioleur qui s’était introduit dans sa maison. Le père de ce dernier est bien décidé à se venger. En dévoiler plus atténuerait la force du scénario car ceci occupe la première demi-heure du film, le reste suivant une voie un peu différente. Ce qui n’est guère étonnant quand on sait que le scénario est adapté d’un roman de Joe R. Lonsdale (Bubba Ho-Tep, Incident On And Off A Mountain Road). Mickle et son scénariste attitré et acteur fétiche Nick Damici, investissent l’univers de Lonsdale pour y intégrer leurs thématiques habituelles. Plus que de simples films de genre, le réalisateur, d’œuvre en œuvre, entreprend d’ausculter les maux de l’Amérique profonde.
Mélancolique et résolument noir, Cold In July possède la force des grands westerns post moderne américains à la Unforgiven ou Open Range, sauf qu’ici les voitures ont remplacé les chevaux et la fin du XXe siècle a remplacé la fin du XIXe mais l’esprit de la grande plaine est toujours bien vivace. La morale est sauve aussi car Cold In July est un grand film moral, sur le fait qu’un homme doit faire ce qu’il croit juste en toute circonstance. Le combat entre le Bien et le Mal que Mickle filme à la manière des anciens, sans aucune stylisation excessive mais avec un classicisme salvateur. Cadres serrés, sobriété, sécheresse, efficacité sont les maitres de mots de la mise en scène. La musique rappelle énormément Big John avec des rythmes synthétiques tout droit sortis des années 80. Autant d’atouts qui donnent une atmosphère intemporelle au film.
Mickle, comme Carpenter, est aussi un sacré directeur d’acteur et possède cette faculté d’iconiser ses personnages en deux plans. Malgré sa longue carrière, Sam Shepard a rarement été aussi inquiétant. Il campe un personnage shakespearien plus vrai que nature, tout en intériorisation. Don Johnson et Michael C. Hall sont au diapason, sobres, efficaces, puissants, ils habitent ce western moderne crépusculaire. La violence est bien présente, on reste dans du cinéma d’hommes, mais en aucun cas magnifiée ou traitée à la cool. La violence traumatise tout autant celui qui la subit que celui qui la donne. Les coups de feu claquent, le sang gicle, les corps tombent. La violence est sale, brutale, sèche et fait vraiment mal. Pas question de super héro ici, juste des hommes de chair et de sang avec des émotions et des dilemmes moraux à résoudre. Les conflits sont aussi physiques que moraux.

Cold In July est un western moderne crépusculaire, un film vrai qui parle avec ses poings aussi bien qu’avec son cœur. Jim Mickle s’empare d’un sujet de Joe R. Lonsdale et le fait sien. Il signe peut-être là son meilleur film ce qui n’est pas rien lorsque l’on connait la qualité de ses précédents métrages. En fin de projection, on est toujours hanté par la silhouette du grand Sam Shepard, par le chapeau de Don Jonhson et la moustache de Michael C. Hall. Un futur classique de la série B. Tout simplement.


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